Tête à l’égout

Publié le 11 Février 2012

Il y a des fées d’hiver qui de fait, me plongeront toujours dans les abysses de la perplexité, telle cette mésaventure survenue un vendredi de janvier dernier à un Savoyard qui aura passé neuf heures la tête coincée dans un égout. (Voir le lien en fin de billet, mais pas tout de suite parce que je cause là)

Au-delà des causes, des circonstances insolites et du dénouement heureux de ce drame, je me demande maintenant à quoi on peut bien penser pendant neuf heures nocturnes la tête bloquée dans un égout de parking.

Ce n’est pas rien neuf heures ! On peut aller en avion à l’autre bout de la Terre, mais avoir tout ce temps, la tête en bas à ne pouvoir rien faire, ça doit être ennuyeux profond.

On ne peut pas dormir, car on doit être à l’affut du moindre bruit qui permettrait de crier au secours pour la millième fois.

On ne peut lire, ni manger ; on ne peut rien faire sinon prier ou occuper son esprit pour rester en veille.

À la limite, si on y voyait quelque chose, on pourrait détailler le contenu des lieux ; se désennuyer par un inventaire exhaustif de tous les êtres et les choses qui peuplent ce lieu à vrai dire très utile : un cafard, une clé, un bout de bois, une fourmi, un bouchon de bouteille, un papier de carambar ; et l’on inventerait alors des histoires pour chacun d’eux.

C’est vrai qu’on ne pense jamais assez aux égouts, à leurs lagans ou leur population.

Avec un peu chance, on pourrait voir passer un spéléologue fourvoyé (ça doit bien exister). On lui dirait bonjour et on taillerait une bavette en se racontant les derniers évènements du coin, on commenterait un match de foot ou encore on évoquerait l’œuvre de ce cher Marcel Proust ; ça ferait passer le temps, perdu ou pas.

Le spéléo n’avouerait jamais qu’il s’est paumé et affirmerait qu’il tente de faire sous terre le trajet d’Annecy à Rome, mais plus pour effectuer un pèlerinage souterrain qu’un record sportif. On lui souhaiterait bonne chance et bon courage et éventuellement, on lui expliquerait que Rome est dans le sens opposé à sa trajectoire d’alors. Il répondrait qu’il en a conscience, mais qu’il n’a pas assez de place pour se retourner et que l’Église catholique, tout le monde le sait bien, n’a jamais toléré que les pèlerins pérégrinent en marche arrière ; c’est un péché, véniel certes, mais un péché quand même.

N’empêche qu’une telle rencontre ferait passer facile une bonne heure et même plus, si le spéléologue est bavard. Ça serait aussi l’occasion peut-être, de savoir qui est le saint patron des spéléos, voire des égoutiers ; j’en ai toujours rêvé en bon claustrophobe et en mauvais chrétien que je suis.

Enfin libéré par un voisin matinal, on irait prendre une bonne douche sous laquelle on résumerait dans sa tête toute cette palpitante aventure qui fera une belle histoire à raconter à ses petits-enfants qui n’en croiront pas leurs oreilles d’apprendre qu’on a causé avec un authentique saint.

Parce que quelques semaines plus tard, au journal de vingt heures, on verrait notre spéléo de l’égout, béat et bientôt béatifié, assis aux côtés du Pape qui se serait coiffé, pour la photo, du casque lampé qu’un garde suisse aurait bien sûr nettoyé auparavant.

Mais bon, hélas, tout cela reste peu probable et la triste réalité est que l’on va devoir passer plusieurs mois encore, la tête dans un égout de campagne électorale ; très mal famé celui-là, ringard, vétuste, inutile, triste à pleurer et puant fétide en plus.

 

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Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Angoisses

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