Quantique de la charité

Publié le 30 Mai 2012

BruegelHiverPatineurOiseau.jpgFrères humains qui avec moi vivez, en vérité, je vous le dis, voici la plus ancienne fable du monde :


Par un froid et humide matin de printemps, un oisillon tombe de son nid poussé par une fratrie trop nombreuse. Bien que sa chute soit amortie par une verte mousse et une petite neige, il se casse une patte et se met bientôt à appeler au secours, transi, endolori et affolé. Passe une vache qui prise de pitié, n’a pas d’autre idée que de lâcher une bouse sur notre oiseau pensant ainsi le réchauffer et le dissimuler d’éventuels carnivores.

Une fois son œuvre faite, le ruminant s’en va vers d’autres pâtis sans trop s’inquiéter du résultat de sa compassion.

Hélas, l’excrément est trop profus et notre oisillon s’en trouve bientôt étouffé, mais parvenant quand même à sortir son bec, il crie de nouveau à l’aide tant qu’il peut.

Un renard arrive ; il saisit délicatement l’oiseau par le bec le sauvant ainsi de l’ensevelissement fatal puis, sans plus attendre, le croque et l’avale tout entier.

La morale de cette histoire est ainsi : ce n’est pas toujours par nuisance qu’on te fout dans la merde comme ce n’est parfois pas pour ton bien que l’on t’en sort.  

 

Note du loup : Cette fable a pour sujet « la charité » qui est une des trois vertus dites « théologales ou cardinales » avec « la Foi » et « l’Espérance » sachant que ces trois « gestes » (attitudes ?) étaient cultivés bien avant que toute genèse, verset, sourate, philosophie, dogme, constitution ou loi aient été écrites, voire imaginées (et je ne vous parle pas de leurs décrets pontificaux ou préfectoraux d’application).

La Charité — qui a pour étymologie le latin « carus » (cher) est bien la seule de ces trois vertus à concerner, sinon à impliquer « l’Autre » (la société, le reste du monde).

Notons l’ambiguïté du mot français « cher » qui signifie à la fois « aimé » et « qui coûte des sous, voire des ponts ».

Dans la Charité, il y a donc de vrais morceaux d’amour, mais aussi d’intérêt, de prévoyance, de calcul, de pari, des valeurs enfin, ce qui fait pour moi tout son intérêt « quantique ».

Être charitable en effet, c’est prendre en charge, supporter, partager et cela m’irait bien dans la mesure où il s’agit de ma seule liberté, de ma seule volonté, de ma seule « responsabilité » d’assumer cette charge.

Nous ne sommes charitables qu’avec les personnes, les êtres que nous connaissons et que nous apprécions au moins un peu ou prou.

Il n’y a plus de charité quand nous sommes obligés de partager ou quand on se sent obligé de partager avec des gens à jamais inconnus dont certains parfois, seront toujours prêts à vous mépriser (et vous cracher dessus — même pire) pour d’obscures raisons qui vous dépasseront à jamais ou de vastes débats auxquels vous n’avez jamais le temps de participer, perdus comme vous étiez sur votre propre galère.

Ce n’est plus du partage alors, c’est de la confiscation pure et simple et parfois — de plus en plus souvent maintenant — une sorte d’esclavage…

La charité est un concept et une vertu d’humaniste ; j’en suis moins sûr pour ce qui concerne les festifs et divers « humanitaires » qui nous gouvernent ou pas, mais qui ont les moyens (plus ou moins brutaux) de nous rendre charitables (ou autres mots).

Il existe des polices et des milices d’État comme il y a des polices et des milices religieuses, ma bonne d’âme…

Où sont la Liberté et la Fraternité dans tout ça ?

L’Égalité, sans véritable charité, n’a plus rien à voir avec nos lois communes : elle est alors perdue dans un incendie, un bûcher, une bataille rangée, un massacre, sur un échafaud ou dans une salle de torture ; pour ne pas dire dans une fosse commune et in fine égale ; elle est perdue et retrouvée dans un charnier.

Je précise aux cancres las franchouillards qui, bientôt, vont encore s’astiquer dans l’isoloir on ne sait plus quoi avec on ne sait plus qui, que la vache n’est pas à gauche, pas plus que le renard (le loup ou la belette) ne sont à droite sur la photo de la fable.

Ils sont (point barre)

Quant à l’oisillon, pauvre victime, tout le monde pleurera sur son sort. Sauf ses parents qui ne savent pas compter et qui s’en foutent comme du prochain œuf qu’ils pondront d’instinct et sans plaisir aucun. Et on ne peut leur reprocher, car ce ne sont que des Hommes, pas des bêtes.


Frères humains qui avec moi vivez, notre humanité va bientôt connaître de grands bouleversements : il ne s’agit ni d’une fausse vraie révolution (et vice vertu) ni d’un grand soir d’effondrement ou d’autres fins du monde, mais d’une profonde mutation qu’elle n’aura jamais connue et qu’à vrai dire, nos ancêtres ont préparée sans toujours la rêver. Le pire comme le meilleur est devant nous : cela dépendra de notre Foi, de notre Espérance et surtout, de notre véritable Charité. Je vous aurai prévenus…

Restons quantiques quoi qu’il en soit et bon courage pour des cierges et des siècles, ah, mais !

 

Illustration : Bruegel l’Ancien (1525-1569) Paysage d’hiver avec patineurs et piège à oiseaux, 1565, huile sur toile (37 x 55,5 cm) Musées Royaux des Beaux-Arts, Brussels, Europe. 

 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Quantiques du loup

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werewolf 01/06/2012 20:01


Des bienfaits, il ne faut point abouser !

Martin-Lothar 02/06/2012 00:55



Werewolf : tu me prends pour une bouse, c'est ça hein ?