Quantique de l’hippocampe et d’autres chevaux

Publié le 25 Juin 2012

ArcimboldoWater.jpgFrères humains et d’autres espèces qui avec moi vivez, en vérité, je vous le dis : l’hippocampe est marin ; l’hippocampe est primordial ; l’hippocampe est monstrueux ; l’hippocampe est sacré ; l’hippocampe est cervical ; l’hippocampe est un chevalier de l’éternité enfin.

 

Au début, l’hippocampe, comme son nom (« hippos » cheval, « Kampès », poisson marin) l’indique, fut un animal marin (comme à peu près tous nos ancêtres, singe ou pas) et d’ailleurs, il le reste encore aujourd’hui, bien qu’à l’instar de ces congénères maritimes, il décampe de son milieu liquide à vitesse V (v comme vite et comme vide).

C’est du reste, un poisson très étrange : il ressemble à une pièce d’échec cuirassée, à un cheval en armure avec une queue tentaculaire avec laquelle il s’amarre en se marrant aux algues entre deux marées pour faire la sieste ou autres choses indispensables.

Il a un long museau et au bout une bouche dotée d’un os qui lui permet d’aspirer facile, toutes les bestioles crues et tassées passant par là, par malheur et par mégarde (comme disait le grand Zeugme). Car l’hippocampe est aussi un aspirateur idéal, sinon un génial inspirateur.

C’est aussi un grand original, dans la mesure où il nage à la verticale poussé lentement, très lentement (il n’y a pas le feu à l’océan non plus, hein !) par de discrètes nageoires dorsales.

Moi qui suis aussi un vieux loup de mer, j’ai essayé de nager droit comme un « i » tel l’hippocampe et je peux vous dire que ce n’est facile du tout et plutôt mauvais pour la santé, même avec des palmes ou des skis tiré par plusieurs centaines d’hippocampes chevaux marins vapeur.

Notre hippo des banlieues abyssales est un excellent père de famille, dans la mesure où le c’est le mâle qui couve dans une poche ventrale et quasi marsupiale, les centaines d’œufs que la femelle lui aura balancés avant d’aller à la pêche aux crevettes ou draguer les requins-marteau, scie, enclume ou autres bricoleurs musclés, dentés et salés.


L’hippocampe est surtout une énigme sur le fond pélagique comme sur la forme vague ; c’est une éternelle question ; il est le sphinx des eaux avec sa forme de point d’interrogation en suspension dans le bouillon primordial des vastitudes océanes.

Il doit surement se demander lui-même quelle question il pose par son existence au reste de la création, car l’hippocampe est mythique et il est mythique parce qu’il est aussi une partie du cerveau humain jouant un rôle essentiel dans la mémoire des hommes et de l’Homme et donc dans l’existence des dieux et de tout le Tralala consécutif et universel.


Car toute genèse n’est qu’imagination et mémoire humaine et tout mythe n’est que la transcription des rêves, des cauchemars, des destins, des faits, des gestes, des peurs, des illusions, des histoires, des actes manqués ou non, des ivresses, des dits et des non-dits, des espoirs comme des désespoirs de nos pères, de nos prédécesseurs, de nos ancêtres. Le mythe, comme l’hippocampe, est une éternelle question à jamais sans réponse que la vie nous pose à chaque instant du fond de la nuit des temps et d’autres espaces infinis.


Car l’hippocampe mythique est une créature de Poséidon (alias Neptune, pour les Jules et les Césars), fils de Cronos, le Temps (alias Saturne, pour les Virgile et les Ovide) et de Rhéa, la Matière, et il est aussi frère ainé de Zeus (alias Jupiter, pour les Sénèque, les Plaute ou les Juvénal) et d’autres remarquables et antiques olympiens.

On ne compte plus la descendance de Poséidon : une antique cohorte de demi-dieux, de héros et de créatures légendaires de tous sexes, poil et horizons qui firent de grandes choses comme bien des conneries (Thésée, Atlas, Orion, Charybde – sans Scylla, Protée, Pélias, Polyphème ou Pégase, par exemple)

Il faut dire aussi que ce dieu est celui de l’élément « Eau » ; c’est le dieu des mers, des océans, des sources, des fleuves et de tout ce qu’ils contiennent et qui les agite, ce qui n’est pas rien, c’est sûr.

Mais ce que l’on sait moins souvent, c’est que notre divin Nepto (pour les intimes) est aussi le dieu des chevaux, de tout crin, de tous sabots, de toute robe, et de tout élément ; il est le divin général en chef de toutes les cavaleries possibles et imaginables ; Poséidon est le maître des chevaux terrestres, maritimes, d’air et de feu et c’est pourquoi l’hippocampe, ou cheval de mer — ancêtres des purs-sangs, des ânes, des mulets et d’autres drôles zèbres d’équidés — est sa meilleure création, voire sa plus noble conquête.

D’ailleurs Poséidon allez [allait ? Comme dirait Al Fonce] souvent perdre son temps (et son père) en boite ou à la plage en prenant son fabuleux gros cube de char tiré par des milliers d’hippocampes et autres tritons ou naïades – on a le luxe que l’on peut, on vit ou on ne vit pas avec son temps, mais tout le monde n’est pas le fils du Temps et le dieu des mers, des chevaux et des sources.


Or donc et subséquemment, frères humains ou pas, en vérité je vous le dis : l’hippocampe est mythique, chevalin et utile pour des cierges et des siècles, ah, mais !

On t’aime l’hippocampe, reste avec nous.


Sauras-tu trouver l’hippocampe qui se cache dans le portrait "empoissonné" et en illustration ?


Illustration : Giuseppe ARCIMBOLDO (1526-1593) L’Eau, 1566, huile sur bois, (67 x 51 cm), Kunsthistorisches Museum, Vienne, Europe.

 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Bestiaire

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daniel 26/06/2012 03:21


Je finis toujours par trouver l'hippocampe...

Martin-Lothar 26/06/2012 23:37



Daniel : parce que tu es un LG mon pote. Tiens, à propos...



la Mère Castor 25/06/2012 21:33


Oui ! Sur la tête, à droite, au dessus du petit phoque gris. (il a aussi un petit air de clé de sol...)

Martin-Lothar 26/06/2012 23:35



Mère Castor : Bravo ! Une clé de sol, certes, mais au fond des mers, seules les baleines sont vraiment musicales. Non ?