Quantique de l’eau tiède

Publié le 23 Avril 2013

L'eau et la chaleur sont nos deux biens vitaux ; ils se tempèrent l'un l'autre. (Gaston Bachelard, l'Eau et les Rêves)


Frères humains qui avec moi vivez, en vérité je vous le dis : l’eau tiède fut la première invention majeure de l’homo sapiens sapionce.

Parce qu’il a bien fallu l’inventer un jour celle-là.


Nous ne connaitrons jamais le nom de son génial découvreur, mais nous avons toutes les raisons de croire qu’il (ou qu’elle) est né (e) et mort (e) dans des temps où l’on n’avait encore aucune idée de la future et lointaine Antiquité, voire même de la préhistoire pour ne pas dire de la protohistoire. C'est vous signifier que ce truc est ancien et que les inventeurs du feu et du fil à couper le beurre, par exemple, sont beaucoup plus proches de nous, pauvres smartphonés que nous sommes, qu’eux-mêmes pourraient l’être de ce savant astucieux et à jamais inconnu.

Que l’on soit né de la dernière pluie ou pas, rien n’est plus facile de trouver l’eau froide et l’eau chaude qui jaillissent d’ailleurs à foison sur notre patatoïde de planète et somme toute, ce n’est pas vraiment une « invention » au sens technique, scientifique ou « grand pas en avant pour l’humanité » du terme.

Par contre, trouver le moyen de réchauffer une eau froide ou de refroidir une eau chaude quand on n’est seulement qu’un primaire homo erectus des familles ou un Australopithèque de base même pas foutu d’allumer un feu (qui n’existe donc pas encore) ou d’ouvrir un frigo ou d’aller consulter Wikipedia, c’est vraiment méritoire et digne de notre reconnaissance et de notre admiration éternelles

Mais il ne s’agit là que des inventions de l’eau chaude et de l’eau froide, sachant que celle de l’eau tiède demanda sans aucun doute à son jeune primate de pionnier encore plus de trésors d’imagination et surtout, une sagesse quantique hallucinante.

Car il n’a rien de plus « quantique » que l’eau tiède et je n’hésite pas à l’affirmer, son découvreur fut Nobel et bien le premier physicien quantique de tout l’univers, voire de plus grand si c’est pensable.

En effet, si les concepts de « froid » ou de « chaleur » peuvent être facilement définis et mesurés avec des outils mathématiques, chimiques et physiques à la portée du premier collégien ipodé venu, la notion de « tiédeur » est une autre paire de manches ou d’océans, dans la mesure où elle implique d’emblée d’intégrer des « ordres, des états, des qualités, des propriétés, des spécificités et des valeurs » que la toute jeune physique quantique, le nec plus ultra de toutes les sciences, peine encore à définir, sinon à cerner.

En vérité, une eau tiède n’est pas un simple mélange d’eau froide et d’eau chaude et hop, au bain les enfants, c’est la valeur stable, probable ou pas, diffuse de « chaud-froid quantique » que l’eau acquerra. En d’autres termes (et même thermes), une eau tiède ne peut pas se refroidir comme elle ne peut pas se réchauffer sans devenir irréversiblement soit, une eau froide, soit une eau chaude ; et une eau refroidie ou réchauffée n’a jamais été une eau tiède au départ, dans la mesure où la tiédeur est d’un ordre permanent, constant, improbable ou pas ; c’est une union, une superposition quantique d’eau chaude et d’eau froide.

Bref, une eau tiède est à la fois une eau chaude ET une eau froide sans qu’il soit permis de déterminer sa part de chaleur ou de froid.


La physique classique proposerait de déterminer la température idéale de l’eau tiède à 50 °C de chez Celsius, sachant que l’eau gèle à 0 °C et qu’elle boue à 100 °C selon l’équation splendide et néanmoins suivante : 


T = (100 – 0)/2

(Où T est la température de la tiédeur idéale).

Un physicien relativiste tel le grand Albert (Einstein, pas de Monaco) critiquerait cette théorie classique en arguant sans aucun doute, que la glace solide (même dans le pastis) comme la vapeur gazeuse restent de l’eau (non liquide) et que dès lors, il est envisageable de dépasser les bornes toutes relatives de 0 et de 100 et quoi qu’il en soit, il vous dirait de reprendre le problème à zéro après avoir pris votre bain et mis votre pyjama, bande de cancres las.

La physique quantique écarte toutes ces notions poussiéreuses de températures des corps, d’espace, de temps et de la matière dans tous ses états dans la mesure (ou non-mesure) où elle nie parfois la matérialité des particules qui, pour elle, ne sont pas autre chose que des paquets d’ondes plus ou moins étendus dans la tiédeur de leur propre probabilité.

Ainsi, comme le monoxyde dihydrique (H2O) est soluble dans l’eau — tel le poisson de Breton (le poète André, pas le ministre Thierry) dans toute mare aux canards (ou sans) – la proportion d’eau chaude et d’eau froide dans votre baignoire ne pourra jamais être déterminée objectivement : soit l’eau sera chaude, soit elle sera froide, sachant que la tiédeur est du domaine de la mesure, de l’observation.

Bref, seul l’expérimentateur (le baigneur) pourra déterminer si l’eau est tiède ou pas tiède, et ce, sans la moindre corrélation avec l’excitation des particules ondulatoires de l’hydrogène ou de l’oxygène.

Je vous propose une expérience probante :

Procurez-vous un poisson vivant ;

Kidnappez deux quidams de corpulences très différentes (vous avez bien deux voisins de palier dont la masse graisseuse de l’un frise le double de celle de l’autre) ;

Allez au bord du fleuve ou de la rivière de votre patelin (s’il n’y en a pas, protestez auprès du député-maire ou du sénateur et attendez qu’il fasse quelque chose à ce sujet – cette expérience n’a rien d’urgent non plus hein – ou mieux, prenez-les pour cobayes, si vous n’avez pas de voisin de palier) ;

Mesurez la température de l’eau qui en cette saison ne devrait pas dépasser 10 °C ;

Jetez ferme et en même temps les trois corps dans l’eau ;

Attendez une bonne heure avant de les repêcher et ;

Demandez-leur enfin si l’eau était tiède ou non.

Vous constaterez alors qu’aucun des trois ne sera tenté de vous répondre une ânerie dans la mesure où :


1.     Le poisson n’est plus là depuis longtemps (en fait, vous ferez semblant de le repêcher dans le souci freudien de protéger à la fois votre ego refoulé de génial scientifique et de pêcheur nul) ;

2.     Vos deux voisins de palier seront morts d’hypothermie ou/et de noyade depuis un paquet/quanton de temps aussi.

 

Bref, vous resterez à jamais dans l’incertitude quantique de la tiédeur tant de l’eau fluviale de votre commune que de celles des douches de la prison régionale, espace certain dans lequel vous serez confiné un certain temps, notamment pour pêche illégale.

CQFD.

J’espère vous avoir convaincus de la grandeur de l’invention de l’eau tiède et que dorénavant, pour commenter toute inévitable pitrerie crasse osée de nos jours par absolument tous nos cabots de politi-chiens de Panurge, vous ne direz plus jamais, en souvenir du grand inconnu inventeur de l’eau tiède : « Ben, encore un qui n’a pas inventé l’eau froide chaude tiède » – (rayer les mentions inutiles).

Je propose enfin de dresser une statue à cet anonyme inventeur inconnu de l’eau tiède et je pense que la place de la source du Par qui coule de beaux jours à faire couler une eau à 82 °C dans notre belle, antique et auvergnate ville de Chaudes-Aigues (1-5) serait le lieu idéal, sinon quantique, pour une telle érection.


Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Quantiques du loup

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STV. 24/04/2013 14:38


"Attention, c'est très très tiède !"

Martin-Lothar 24/04/2013 20:34



STV : tu n'as rien compris (mais je me suis sans doute exprimé trop tiédement...)