Personnage — Auguste Langlois — À rebours — Joris-Karl Huysmans

Publié le 12 Février 2012

Auguste Langlois est un ouvrier cartonnier que Jean Floressas des Esseintes, personnage principal du roman « À rebours », (Chapitre VI), rencontre un jour rue de Rivoli.

« Un galopin d’environ seize ans,  un enfant pâlot et futé, tentant même qu’une fille. Il suçait péniblement une cigarette dont le papier crevait, percé par les buches pointues du caporal […] il avait perdu sa mère et possédait un père qui le battait comme plâtre »

Des Esseintes emmènera ce pauvre jeune homme chez « madame Laure » et lui paiera trois mois dans cet « institut de beautés » où il apprendra à se « dessaler » et à tempérer voluptueux sa « jeunesse bouillonnante » dans un luxe inouï, qu’il ne soupçonnait même pas et qui se gravera forcément dans sa mémoire…

Attention, ce n’est pas par charité ou socialisme citoyen que notre des Esseintes offre tout cela à ce jeune prolétaire : c’est en fait pour le pervertir grave.

Des Esseintes fait un incroyable pari, une épouvantable expérience : habituer ce gosse pendant trois mois au paradis le plus sirupeux et lui couper enfin « les rentes » pour que désormais, il fasse tout (voler, voire tuer) pour continuer la fête.

Des Esseintes espère ainsi lire un jour dans le journal le procès, la déchéance, la condamnation, l’emprisonnement, voire la décapitation du jeune Auguste Langlois.

Oui, c’est terrifiant.

Les lecteurs d’ « À rebours » n’en sauront cependant pas plus d’Auguste Langlois, sinon qu’il sera qualifié de « Judas » par des Esseintes lui-même, qui, un soir, devant sa cheminée d’exil et de banlieue ; ayant tout abandonné de la société, aura renoncé même à la lecture des journaux et à leur gazette judiciaire et dans la foulée, à connaître le sort de l’adolescent et donc, le résultat de son ignoble pari…

Quelle morale tirer de ce curieux et court chapitre (un brin bâclé, c’est vrai) de cet étonnant roman ?

À vrai dire, je n’en sais rien, mais à la décharge de notre des Esseintes, je conviendrais sans doute qu’il aura agi par authentique « sadisme », « par sport » prenant ainsi, à rebours, toute l’hypocrisie de la société qu’il fuit et ce, peut-être, à l’inverse, de tant de gens qui, par intérêt, conviction, calcul politique, maffieux ou autre, manipulent encore de nos jours, une jeunesse plus que paumée et ductile à jamais.

Les dictateurs sont tout autant pédagogues que sacrificateurs (et vice vertu) et les enfants perdus des jeunesses hitlériennes, soviétiques et autres plus contemporaines en sauront toujours quelque chose, hélas…

 

Le lecteur d’ « À rebours » ne connaîtra donc rien du destin de ce brave Auguste Langlois, même s’il s’interroge encore sur le martyre de ce pauvre Guy Môquet.

De qui enfin ces enfants ont-ils été les victimes ?

 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Runes

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Letizia 17/03/2014 23:04


Ho sempre pensato che questo era uno degli episodi più inquietanti e più della letteratura.  Lord Henry Wotton - nel Dorian Gray - ha una missione pedagogica più nobile e disinteressta.
Perfino la cattiveria di Stavrogin nei Demoni sembra meno arbitraria.

Martin-Lothar 23/03/2014 20:23



Letizia : Merci beaucoup pour ce commentaire très intéressant.