La langue des Martiens

Publié le 22 Février 2011

BoschJardinDelicesDetail.jpgNotre belle langue française comporte certaines expressions qui laissent rêveur, voire insomniaque fourbu par exemple « dormir sur ses deux oreilles » qui signifie avoir un sommeil tranquille, profond, béat à ronfler comme une locomotive diésel ou autre vapocraqueur des familles.
Bon, je ne sais pas si un jour ou une nuit, vous avez tenté comme moi de dormir sur vos deux oreilles, mais je peux vous dire que ce n’est pas très évident.
Nous autres Homo sapiens sapionce avons en effet les oreilles de chaque côté de la tête et du reste, nous partageons cette étrange disposition avec bon nombre d’autres bestioles pétantes bayant sur notre bonne vieille patate de Terre.
Ainsi, il faut se prendre la tête toute la nuit pour arriver à comprendre enfin au petit matin, que la meilleure solution pour « dormir sur ses deux oreilles » soit de se casser la tête en deux pour que chacune de nos oreilles repose enfin sur l’oreiller ou le travers sain de porc ou pas.
Certes, un tel casse-tête est définitif, mais vous n’aurez plus jamais mal au crâne à vous poser de telles questions à la noix ; vous ne souffrirez plus jamais d’insomnie et vous ne salirez plus jamais votre très beau et trop court pyjama rose à Babar bleus que votre vieille tante vous offrit pour votre quarantième anniversaire.
Il faut savoir ce qu’on veut dans la vie hein ?

Autre exemple quelque peu ahurissant aussi et qui est dans sa signification l’exact opposé du premier : « ne dormir que d’un seul oeil »
En général et même en caporal, nous dormons les deux yeux fermés et sauf pochade poignante d’un oeil par un jeune et odieux beur noir ou pas, un tel sommeil cyclopéen est digne d’un héros homérique.
Ayant testé pour vous, je n’ai jamais réussi à m’endormir en fermant un seul oeil, car le ridicule senti de la situation m’a toujours fait éclater de rire jusqu’à la sonnerie matutinale de mon trop cruel et pervers réveil-matin que je hais.

Enfin, autre expression française à dormir debout : « prendre ses jambes à son cou » qui veut dire s’enfuir à toutes jambes (autour du cou ou pas)
On constate d’emblée, sans expérience précise, que ce truc-là ne tient pas non plus debout et que même, c’est franchement casse-gueule grave.
Éventuellement, un lama en lévitation pourrait s’enfuir en prenant ses jambes à son cou plus par souci d’aérodynamique que de perfection spirituelle, mais osons affirmer que peu de lamas parlent français ; mis à part Serge et Alain (le Lama Delon qui viendra nous servir à boire ou pas), qui du reste sont tous deux plus boudeurs que bouddhiques ?

Bref, ces trois expressions franchouillardes ne sont ni catholiques, ni orthodoxes, ni raisonnables, ni réalistes et pour tout dire, je pense ferme qu’elles ont été inventées par des gens difformes, informes, dégénérés, mutants voire pas humains et pour être catégorique : par des extraterrestres, par des Martiens enfin !
Frères humains, en vérité je vous le dis : les Martiens sont parmi nous et ils parlent parfaitement français.
Dès lors, mes soupçons se portent d’emblée sur les quarante petits hommes verts de l’Académie française qui ont sous leur habit et leur bicorne, une fausse peau humaine revêtant leur vrai corps d’extraterrestre comportant deux oreilles sur un même côté, un seul oeil à la Caïn tombal, et deux jambes inutiles, car tout le monde sait que les Martiens ne sont que des baudruches verdâtres plus légères que l’air.
La coupole du quai Conti n’est en fait qu’une soucoupe volante.
CQFD
Je vous aurai prévenus.

Illustration : Jérôme BOSCH (Vers 1450-1516) Détail du triptyque du jardin des délices (1500) Huile sur bois, Musée du Prado, Madrid, Europe

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Le Dico

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Commenter cet article

Mandolino 28/02/2011 17:14


Il fut un temps, on se lisait puis je suis parti de l'atmosphère blog.
Un plaisir de te retrouver ici !

Une petite phrase de par chez moi : à pied de chaussettes !

A tantôt,
Signé Mandolino ... autrefois Doux Otage est Porno Chic !


Martin-Lothar 06/03/2011 19:20



Mandolino : je suis très heureux de te relire et de te savoir vivant. J'aimais beaucoup tes textes chics, pornos, interlopes et stylés and so, and so. Le retour ? Dis-moi oui (et surtout où) A+



Tippie 25/02/2011 20:22


Que penses-tu donc de:
Avoir du coeur au ventre
Avoir un petit velo dans la tete ?

Si ces martiens parlent si bien francais, on ne peut pas vraiment dire qu'ils se mettent dans la peau du personnage...


Martin-Lothar 06/03/2011 19:15



Tippie : je ne pense plus. J'aime. Bises



sirenemelusine 23/02/2011 22:14


à la fin du XVIIe siècle Furetière écrivait que prendre ses jambes à son cou se disait, au début de son siècle, "prendre ses jambes sur son col" (notez le 'sur') et signifiait "se résoudre à partir
pour quelque message ou quelque voyage".

Il s'agissait donc simplement des préparatifs à un déplacement qui outre quelques menus objets nécessaires au voyage, nécessitait, bien sûr, d'emporter aussi ses jambes.
Et comme le sac des bagages était souvent porté en bandoulière ou à l'aide d'une sangle passant derrière le cou, il fallait aussi "prendre ses jambes sur son col".

:)))

coucou le loup !!!!


Martin-Lothar 24/02/2011 21:55



Sirène : bravo pour ces précisions érudites. Oui, quand on s'en va, il ne faut jamais oublier ses jambes ; elles peuvent toujours donner un coup de main. Bises



la Mère Castor 23/02/2011 11:25


ça serait amusant à dessiner, un cyclope avec les deux oreilles du même côté (oui, mais lequel ? à gauche pour les gauchers, à droite pour les droitiers, ou inversement ?) et les jambes accrochées
au cou. Vous êtes, cher loup, dans mon thème du mois, qui est le Cyclope.


Martin-Lothar 23/02/2011 20:46



Mère Castor : Faire du tape à l'oeil aux cyclopes, c'est ce qu'on appelle l'amour aveugle sans doute hein ? Bises



TG 22/02/2011 22:58


"J'en ai les bras qui me tombent des cuisses… "(ah ah, vous la connaissiez pas celle là!)


Martin-Lothar 23/02/2011 20:30



TG : non je ne la connaissais pas celle-là. Mais je la note. C'est le pied. Merci.