La dernière valse de l’empereur

Publié le 28 Janvier 2014

 

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Il y a 1200 ans, un 28 janvier 814, mourait à l’âge de 72 ans et à Aix-la-Chapelle (Aachen ou Oche) un certain Charles, fils de Berthe de Laon qui avait de grands pieds et du bref Pépin, petit grand roi des grands et anciens Francs.

Ce Carolus, né en 742, mais on ne sait pas très bien où, est plus connu en Francie Occidentale (la France, quoi) sous le pseudo de Charlemagne, qui signifie « Charles le Grand » et il fut le dernier vrai roi des Francs et le dernier vrai empereur d’Occident.

Quelques mois avant sa mort en effet, cet homme franc, en dépit de toutes les lois franques du genre et selon les lois romaines, catholiques et apostoliques, légua son empire et son royaume à son fils aîné, Louis Ier le Pieux ou le Débonnaire, à charge pour lui de se démerder comme il pourra avec les autres enfants, petits-enfants, neveux et autres cousins de leur francitude et de ses deux.

Bon, aujourd’hui, en 2014, nous subissons encore quelque peu les effets de ce maudit testament qui aura occupé, remué, ravagé, fait, défait et refait toute l’Europe, l’Occident et le monde entier pendant au moins douze siècles, car ce n’est pas vraiment fini.

Il faut dire aussi que ce 28 janvier 814, le Loulou premier a tout hérité de son père, sauf de son intelligence, de son caractère et autre sagacité de toute trempe qui lui auraient sans doute permis de mâter les mâtins de tout poil qui lui sont de suite tombés sur le râble, à commencer par ses propres fils : Lothar (ou Lothaire), Louis et Pépin & Cie qui finiront par déchirer l’empire et le partager à Verdun, pas encore dans des tranchées, mais dans un traité.

Il commit aussi la grosse erreur de laisser le Pape faire ce qu’il voulait sans le surveiller étroitement. Le pontificat (chef de la religion) était à Rome un des trois « attributs » de l’Empereur, avec le principat (chef du Sénat) et le généralat (imperator, chef des armées). Le christianisme sépara le pontife et l’empereur qui ne pouvaient ainsi que devenir les pires amis comme les meilleurs ennemis ou du moins, d’éternels rivaux en tout comme en rien et surtout en n’importe quoi.

Et comme devait le penser un autre empereur nommé Napoléon : le Pape, tu l’enfermes et tu le bâillonnes après ton couronnement, sinon t’es foutu.

Après les fils, le Saint-Père, notre Louis 1er eut droit de plus à l’esprit taquin des Vikings qui commençaient déjà sérieusement et brutalement à vouloir aller revoir leur Normandie, ce pays qui ne leur avait pas encore donné la vie.

Précisons quand même que ces Normands en quête de plages de débarquement venaient peu ou prou rendre au fils franc la monnaie d’une pièce que son Charlemagne de père avait violemment et tragiquement misée et jouée quelques années plus tôt, en Saxe. Car ces Vikings étaient majoritairement des Saxons ou les fils de ceux qui furent obligés de fuir leur pays, la Germanie du Nord et de s’allier ou se mêler aux Scandinaves pour ne pas se convertir ou se placer sous la coupe de l’Empereur et de son Pape.

Bref, comme disait Pépin, le papa du grand Charles, quand tu mets un Saxon à la porte du nord, il revient illico par la fenêtre de l’Ouest pour te faire la guerre pendant cent ans, voire plus.

Cerise [ou bonnet rouge] sur le gâteau de l’enterrement impérial, en 814 et après, ce brave Louis se fit aussi jeter grave par les Bretons qui, dans la certitude de leur celtitude ont toujours détesté les Romains, les Francs, les Français, fussent-ils impériaux, royaux ou républicains.       

Il n’est en vérité pas facile de devenir empereur et encore moins évident de le rester et d’ailleurs, c’est ce que devait penser, huit cents ans plus tôt, un 28 janvier de l’an 14, un certain et auguste Octave, le premier empereur d’Occident, qui, alors à quelque mois de sa mort (19 août de l’an 14), regardait partir vers la Germanie ses légions menées par Germanicus en se disant qu’il aurait sans doute dû nommer ce jeune général comme successeur, plutôt que [ce sale con de] Tibère.

Enfin, ce 28 janvier 2014, exactement 1200 ans après sa mort, j’aurai quand même une particulière petite pensée émue pour cette brute de Charlemagne, car par une de ses filles et par ma mère, il est un de mes plus illustres ancêtres et si bon sang ne saurait mentir, ni oublier, il doit tout pardonner pour des cierges et des siècles, ah mais.      

On t’aime Charlemagne, reste avec nous.

 

 

Illustration : Albrecht DÜRER (1471-1528, Nuremberg) L’empereur Charlemagne (1512) huile sur bois (188 x 87,6 cm) Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg, Europe. (Remarquez les blasons : l'aigle germanique et les fleurs de lys françaises).

 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Histoires d'Histoire, #Dürer

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Commenter cet article

Tippie 12/10/2014 15:11

J'aime l'histoire de FRANCE. Ce beau pays. et j'espère que la race FRANCAISE ,LA VRAIE( non au métissages ça donne des bâtards) restera.