Fantôme électrique

Publié le 2 Octobre 2012

Depuis quelques mois, je me suis mis à penser qu'un fantôme fantasque ou autre crétin de génie des lampes hantait le réseau électrique de ma tanière.

Le phénomène se manifestait quelque peu dans le couloir desservant les 371 pièces de mon humble mansarde, mais surtout dans la cuisine où, sans que je fasse ou demande rien de ceci, les cinq lampes LED éclairant l'évier et la table de travail s'éteignaient et se rallumaient (ou pas) à la guise de je ne sais qui de jamais invité ni d'Ève ou du vert Adam.


Ce qu'il y avait de bizarre, c'est que ces interruptions inopinées d'éclairage se produisaient chroniquement, car pendant des semaines tout marchait comme sur des roulettes russes graissées à la vodka et puis, tout d'un coup, pof, ça ne veut plus rien savoir et j'avais beau titiller frénétique l'interrupteur, voire taper sourd ma tête contre : nada de chez Vatefairefoutremonvieux SARL...


Bien évidemment, j'ai suspecté tout le monde : du plomb (que je pétais moi-même), aux douilles en passant par les ampoules, l'ampère, les fils, le Saint-Esprit, Volt, Watt, le compteur d'EDF, pour finir par l'interrupteur que finalement, je mis en examen pour le condamner illico sinon à mort, du moins à une mise en retraite anticipée, bien qu'il soit plus que trentenaire, comme tout le reste de chez moi, du reste.

Il faut dire que ces derniers jours, ça devenait vraiment agaçant ce petit jeu : en plein milieu de la vaisselle ou lors de la découpe de saucisson, de chaperon rouge ou de petit Poucet, l'éclairage — indispensable à ce genre d'opérations — manquant tout à coup, a parfois manqué de peu de me faire tout casser ou de couper un de mes petits pouces d'étrangleur de grande banlieue.


Or donc et subséquemment, hier, j'ai pris le taureau par les cornes et surtout l'interrupteur criminel (présumé innocent, comme ils disent) par le tournevis pour le démonter tout de go et même, définitivement.

Ce n'est pas sans angoisse que je fis cela, je l'avoue, car d'une part, je n'ai jamais aimé être trop au courant (même à moins de 220 volts) et d'autre part, en digne fils de l'empereur universel du bricolage, je serai toujours aussi manche que celui de ma truelle ou de mon tournevis pour effectuer de tels ouvrages, sachant quand même, que j'ai retenu de mon susdit père toutes ses leçons de jurons pas piqués des vers...

Aujourd'hui, à midi, prenant mon courage à demain et mes pieds sous le bras, je suis allé chez le Castor Rama-Fouchtra acheter un interrupteur flambant neuf et néanmoins opérationnel.

J'en ai trouvé un, fabriqué par l'excellente maison dauphinoise Legrand (pub), capable selon le vendeur, comme l'ancien, d'allumer et d'éteindre à MA VOLONTÉ, soit la lampe du plafonnier, soit les cinq susdites ampoules récalcitrantes.

Inutile de vous dire, que j'ai mis pas mal de temps à comprendre comment et où il faut brancher chacun des trois fils : tout rouge en bas, jaune devant ou marron derrière et en haut pour ne pas faire sauter toute l'Île-de-France, voire la planète Mars. En plus, il fallait un pontage...

J'y suis parvenu enfin et quand même pour constater, après avoir remis le courant (on est jamais trop prudent) que ça ne marchait toujours pas.

...

J'ai dû démonter et remonter cet interrupteur quatre ou cinq fois en changeant un ou deux fils de place pour enfin abandonner devant l'inefficacité patente de ces interventions d’essai.

...

Un peu découragé, mais toujours en colère, je me suis alors résolu à aller inspecter le réseau basse tension alimentant ces lampes de malheur sachant qu'il est en partie caché derrière les meubles de cette cuisine tout équipée (clé et casserole en main et en queue) et donc, largement inaccessible.

Je ne sais pas ce qui m'a pris alors de prendre une chaise et d'aller jeter un œil sinon une grenade offensive au-dessus des placards suspendus où j'ai découvert tout un tas de fils et de prises électriques dont une, sans doute la mère-maquerelle, qui n'était pas tout à fait bien accouplée avec son client de maquereau...

Une petite tape sur les fesses et...

Et...

...

FIAT LUX !

...

AD VITAM AETERNAM !

...

Je me suis évidemment excusé auprès du vieux et du nouvel interrupteur (il ne faut jamais mépriser ni insulter les fidèles serviteurs comme les bons outils, car toute chose à une âme, tout comme notre État Maman & Papa Limited (enfin réunis) tout-puissant, ne devrait pas négliger ou agonir de confiscations ou de vexations délétères ses contribuables, entrepreneurs ou pas, qui sont ses seuls, vrais, authentiques, vénérables et légitimes maîtres ; parce que la démocratie c’est comme l’électricité en fait : quand les fusibles ne sont plus là, le reste est à fusiller ou à recycler d'urgence).


Tout le mystère était donc dans cette fiche bien cachée et bien mal foutue, pour ne pas dire mal fichée, et l'aléa du courant venait sans aucun doute des variations de températures ou d'humidité qui, soit faisaient passer le jus, soit me mettaient dans une rogne de tous les diables.


Au magasin, j'ai aussi acheté un gros livre (je dois en avoir maintenant au moins un millier dans mes bibliothèques croulantes, mais bon) titré : « Lancez-vous » et sous-titrés : « Apprendre à faire soi-même, c'est facile » aux éditions Castorama (pub). (24,90 euros)

Une sorte de « Bricolage pour les Nuls ou autres frustrés du tournevis »...

Je le rangerai à côté des Lettres du Néant de Jean-Sol Partre (comme disait l'Autre).

Je vous le recommande ferme : c'est complet, pratique, instructif et génial in fine ! (le bouquin du Castor, pas celui de Jean-Sol hein !)

Vous y pourrez même apprendre à construire de vos mains un authentique blockhaus rose avec des étoiles vertes de gris : mon rêve !


Bon sinon, il faut que je m'occupe de l'ampoule du couloir qui elle aussi fait ce qu'elle veut (en plus de me faire chier) : je sens qu'il y a là aussi une douille à coucher.


Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Angoisses

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Commenter cet article

la Mère Castor 03/10/2012 08:23


Prenant comme une enquête policière avec en guise de conclusion : On a toujours besoin d'un castor chez soi.


(En fait, non. Le loup se suffit à lui même, pour peu qu'il accepte de grimper sur une chaise.)


 

Martin-Lothar 05/10/2012 23:48



Mère Castor : je préfère grimper sur une chèvre que sur une chaise, c'est sûr, car à par les cornes, c'est plus digeste. Bises



TG 03/10/2012 07:49


Hihihi hohoho!!

Martin-Lothar 05/10/2012 23:44



TG : si tu est gai, ris donc (comme disait qui tu sais et qui le savais de qui tu sais aussi...)