De l’origine de l’ « aïe ! » au lit ou ailleurs

Publié le 18 Février 2014

Les dictionnaires sont partagés sur l’étymologie de l’interjection « aïe » et du reste, bon nombre d’entre eux ne se sont même pas donnés du mal pour en proposer une.

Ceux qui ont ferraillé sur le sujet se divisent en deux clans irréductibles : les « onomatopistes » et les « aidistes ».

Les premiers ne jurent que par l’interjection, le cri de douleur que vous criez spontané après par exemple, avoir tenté de tuer la mouche posée sur votre main (gauche ou droite, ne soyons pas sectaire) en la frappant sauvage avec une masse d’armes médiévale garnie de clous chauffés au rouge.

Peu importe alors le sort et le hurlement poussé par l’insupportable diptère, car vous avez évidemment très mal à votre main et vous hurlez l’« aïe » des familles qui, si vous êtes encore conscient, sera suivi de toute une bordée haddockienne de jurons dont le lexique dépendra tant de votre éducation que de votre culture en la matière.

Vous pousserez éventuellement un autre « aïe » quand vous aurez ressenti peu après une autre épouvantable douleur affectant le bras ayant tenu les quelques vingt kilos de ladite masse moyenâgeuse que vous aurez du reste laissée tomber sur le pied nu de votre voisine de table si ce n’est le vôtre.

Les étymologistes onomatopistes-archaïques  de l’« aïe » ne voient aucune autre racine de ce mot que dans ce cri primal, pour ne pas dire primaire en refusant toute distinction entre l’inné et l’acquis.

C’est pourtant cet « acquis » qui leur est le plus souvent envoyé dans la figure, telle une antique masse d’armes, par leurs ennemis intimes, les contre-onomatopistes qui se divisent eux-mêmes en deux tendances ne se causant plus : les onomatopistes-évolutionnistes (ou interjectionnistes) et les « aidistes ».

Les interjectionnistes considèrent en effet que l’interjection « aïe » est un élément culturel acquis par mimétisme dès son plus jeune âge par l’enfant qui est incapable de la produire d’instinct ou « ex nihilo ».

Étant moi-même un farouche « aidiste », je ne rentrerai pas dans ce débat d’onomatopistes vulgaires qui n’a pas lieu d’être dans la mesure où je suis persuadé que le mot « aïe » provient de l’ancien français « aiie » (aide) venant lui-même d’un vocable roman non identifié (sans doute l’« ayuda » espagnol ?)

Or donc et subséquemment, « aïe ! » signifie « aidez-moi » ou « au secours », ou encore « SOS » et il serait la contraction de « à aiie » (à l’aide).

J’ai lu quelque part que le cri de guerre que les soldats normands poussaient au début du combat était « Dex aïe » (Dieu aidez-nous) sachant qu’à la fin de la bataille, beaucoup d’entre eux ne hurlaient plus qu’« aïe ! » ; dieu étant allé se coucher de bonne heure.

Je laisse mes lecteurs préférer l’une ou l’autre de ces origines en espérant qu’ils auront au moins appris de ce billet qu’il vaut mieux chasser les mouches avec une tapette en plastique achetée quelques euros au bazar du coin plutôt qu’avec un authentique fléau d’armes en ferraille qui ne se fabrique plus et qu’il serait malhonnête de voler dans un musée ; il est sûr que c’est moins chevaleresque, mais du coup les mouches ne rigoleront plus.

 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Le Dico

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Tripoda 18/02/2014 21:27


Je reconnais dans l'hypothèse interjectionniste un cas de mème tel que le définissait Dawkins dans son ouvrage majeur que j'ai eu la flemme de lire, "le gène égoïste": un comportement ne
résultant ni de l'hérédité, ni de l'apprentissage, transmis par l'imitation. Il était grand temps qu'on me présente un exemple de ce qu'est stricto sensu un mème, vu que les Internet en
ont fait tout autre chose (la liste de leurs conquêtes est longue). Merci!

Martin-Lothar 19/02/2014 23:07



Tripoda : sur le "même" j'ai un autre cas très curieux et beaucoup plus sérieux et qui vous intéressera sans aucun doute. Ça concerne les loups et j'en ferai un billet dès que possible.