De l'Allemagne, ce mauvais département de l'État français

Publié le 4 Mai 2013

DurerChevalierMortDiableJ'ai lu l'autre jour dans la presse pas pressée que l'État français avait déclaré la der des ders guerres à l'Allemagne et que les armées enfin réunies de Vercingétorix, de Jeanne d'Arc, de Bayard, de Napoléon, de Pétain, de de Gaulle et d'Hollande (le président, pas le pays), après avoir pacifié le Mali et le reste de l'Afrique afghane, s'apprêtaient à traverser notre fleuve alsacien du Rhin pour aller foutre une nouvelle fois une raclée mémorable à ces frivoles et arrogants Fridolins.

Une des causes de la légitime fureur française serait l'indigne et racailleuse impéritie avec laquelle Angela Merkel, cette garce de cheftaine teutonne (qui, de plus est étrangère et même pas énarque) gère les finances, les budgets et d'une manière générale l'économie de ce fier et noble département français outre-rhénan qu'est l'Allemagne.

Mais le casus belli le plus criant est que ces salopards de Boches achèteraient et vendraient leur pain noir quotidien, leurs saucisses, leurs patates et leurs Mercedes en utilisant illégalement notre sonnante et trébuchante monnaie germanopratine et néanmoins francilienne qu'est l'euro et ce, en totale et méprisante ignorance des circulaires de Bercy ou de la Banque de France.

C'est vrai qu'il y a de quoi s'insurger face à un tel comportement antipatriotique et qu'une expédition punitive, sanglante, inflexible, attilesque s'impose désormais aux courageux allocataires français de bonne volonté, de grasses matinées et de tous papiers.

 

Cela étant, si cette guerre est légitime, elle n'en est pas moins moderne et risque donc de coûter d'ultimes ponts à la poignée de contribuables vivotant encore en France et je ne pense pas que pour faire passer cette pilule de survie, il faille la justifier par des arguments financiers, budgétaires ou monétaires, sachant qu'au moins quatre-vingt-dix pour cent des Français ne comprennent rien à l'économie pour autant qu'ils sachent ce que c'est. Du reste, la plupart de ceux qui en ont quelques notions considèrent que cette jeune et chiante matière a été inventée par des étrangers, ennemis de la France et ce, bien des plombes, des lustres, des siècles et des bals gratos après l'invention du minitel ou de la CSG.

Par ailleurs, la patrie de Depardieu, de Zidane, de Noah et de Cahu-ZAC se glorifie nuit et jour de n'avoir pas compté en son sein des pères fondateurs de l'économie politique et sociale sachant que le feu bayonnais bâillonné Frédérique Bastiat et son jet-acolyte Alexis de Tocqueville ne sont que les vils traîtres que toute nation digne de son étendard sifflé et de son échafaud subventionné se doit de produire — pas trop souvent quand même hein — pour faire couper immédiatement la parole à leur improbable thuriféraire lors de n'importe quel faux débat économique, télévisé ou pas.

 

En vérité, je pense que pour justifier ce massacre méthodique de ces affreux Schleus, éborgneurs de chatons et broyeurs de bébés prolétaires, il faut invoquer la sacro-sainte exception culturelle française et revendiquer dès lors l'annexion et l'administration de toutes les villes allemandes portant un nom français. Il faut commencer par la capitale Berlin dont les tudesques et sots indigènes font rimer le nom avec berline et non pas câlin comme tout honnête poète rappeur de banlieue fleurie et enfumée se doit de le faire.

Nous pouvons ainsi nous emparer facile de Hanovre, de Brême, de Cologne, de Coblence, de Cassel, d'Hambourg, de Copenhague, de Strasbourg, de Prague, de Moscou, de Barcelone, de Rome, de Londres, de Varsovie, de la Nouvelle-Orléans et évidemment, de Munique, de la Bavière et de ses châteaux plagiaires honteux de Versailles et enfin, de l'entreprise BMW que l'on nationalisera derechef et avec les sous des autres pour la sauver de la faillite où ces Allemands souillons et imprévoyants l'entrainent chaque jour.

 

En tant que futur empereur d'Oxydant, j'exhorte les généraux français à se croiser pour prendre également Aix-la-Chapelle où les Boches séquestrent depuis l'an 40 voire plus, la dépouille à barbe fleurie et la couronne de Charlemagne, mon ancêtre et le premier empereur des Français qui, comme le sait tout bon écolier français, embrigadé, intoxiqué et délavé à jamais de l'éponge cérébrale, fut aussi le premier des ministres de notre Mammouth-Titanic National et donc, l'impérial prédécesseur du bolcho-camarado-nazo-citoyen Vincent Peillon

Et puis comme ça, avec la Chapelle, Aix-les-Bains et Aix-en-Provence, la France comptera trois Aix, à l'instar, au moins, de ses cinq derniers glorieux et inutiles présidents.

 

Je pense donc que nos braves poilus de demain au contraire de ceux de quatorze ou de soixante-huit seront plus motivés pour aller se faire massacrer et/ou sodomiser par la carotte d'un si cool dessein culturel plutôt que par le bâton d'ignobles et toujours obscures équations mathématiques.

C'est du moins la Grèce que je leur souhaite, ou pas, sachant qu'il est intolérable pour bon nombre de crétins franchouillards — et non des moindres — de réaliser que de nos jours, un citoyen vit plus heureux, responsable et libre en Allemagne qu'un dieu ne le fit jamais en France *.

 

On t'aime l'Allemagne ; reste avec nous.

 

* Note : « Vivre comme Dieu en France » est un dicton allemand.

 

Illustration : Albrecht DÜRER (1471-1528), né et mort à Nuremberg (!) Le chevalier, son chien, la mort et le diable, (1513) Gravure, 245 x 188 mm, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe. Europe.

 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Angoisses, #Dürer

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guy 18/12/2014 14:50

"éborgneurs de chatons et broyeurs de bébés prolétaires" j'adore, quelle verve dans ces lignes, j'ai passé un très bon moment à vous lire aujourd'hui :-)