Carnet de jungle — Dans la foule des ermites

Publié le 7 Septembre 2010

Les foules se massent là où les masses se défoulent (Martin Lothar, juin 2005)
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Nous sommes tous des ermites.
Moi aussi.
Dans les temps d’antan, il y avait beaucoup d’ermites faisant on ne sait trop quoi et vivant on ne sait trop comment dans leur retraite sauvage et silencieuse, dans d’impossibles déserts loin des foules et de tout, à l’abandon d’eux-mêmes et des dieux parfois.
De nos jours, nous ne savons plus « ermiter » comme il faut, sauf en foules festives et bruyantes, en masses sans labeur ni saveur, sans queue ni tête, en cortèges vengeurs d’on ne sait trop qui, revendicatifs d’on ne sait plus quoi et pseudo citoyens de mes deux.
En fait, nous n’avons plus aucune notion ni de l’individu (nous-mêmes) ni du grand peuple des Autres.
La patrie est passée à la trappe à ordures, la nation n’est plus qu’une station de métro et l’Etat, cette bouffonnerie bureaucrate n’est plus qu’un diable impuissant à tirer par la queue.
La liberté est soldée à mini-prix, la fraternité trahie au premier centime, les lois sont chiées à tous vents démagogiques et l’inénarrable égalité perfusée à tout va entre deux antidépresseurs.
Nous sommes désormais des ermites en troupe, syndiqués, urbanisés, motorisés, ipodisés, mondialisés, panurgiens, hallucinés, ayant la solitude en horreur et bêlant, klaxonnant, haut-parlant, buzzant, hypocrites et égoïstes pour faire semblant de tenter de sauver une démocratie (gouvernement du peuple) qui n’existe plus depuis des cierges et des siècles pour la remplacer jour après jour par une bordélique ochlocratie (gouvernement de la foule — des médiats damnés et des sondages douteux), dévastatrice, irresponsable, idiote, malpropre, incohérente, haineuse, barbare, meurtrière, génocidaire enfin.
Nous sommes désormais des ermites seuls en masse, des adorateurs zélés de notre sacro-saint et incontournable Grand Nombril à pancarte et merguez obligées.


Que le Grand Pan nous grille au plus vite, ça ne sera que miel pour les abeilles.

Illustration : Hieronymus Bosch (Vers 1450-1516) Triptyque des saints ermites, vers 1505, huile sur toile (86 x 50 cm central,  86 x 29 cm, panneaux) Palais des Doges, Venise, Europe.


Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Angoisses

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werewolf 08/09/2010 10:01


la mise en bière du trappiste, en quelque sorte..


Martin-Lothar 11/09/2010 19:53



Werewolf : Oui; Je vais en parler bientôt de la bière de trappe... (ouille mon crâne)