Grandeur et civilisation de la tarte au maroilles

Publié le 31 Mai 2009

Frères humains qui avec moi vivez, en vérité je vous le dis, le maroilles est un fromage impérial, de haute civilisation, de fière culture et in fine, divin parmi les dieux et tous leurs trucs bons à boire et à manger.
Le Maroilles (ou Marolles) éponyme de cet aliment sacré est un village situé en notre bonne terre de Thiérache, c’est-à-dire dans le Nord de la France, dans la Picardie et la Lotharingie occidentale, au sud des Flandres flamandes, françaises ou belges.
C’est un pays paysan plat, voire un plat pays, rude, gras, gris, bocageux, marécageux, plus humide tu meurs et éternellement plat comme un authentique et indispensable plateau de fromage.
Ici, les seules montagnes sont des nuages d’horizon et même de plein ciel, gros, grands, contrastés, sans fin et pleins de pluies, de brumes et d’océans ; ici, les seules promesses de hauteurs sont les noirs terrils du vieux Lille ou les boulettes d’Avesnes (deux autres fromages de légende et de mythe)

Le mot « Maroilles » (ou Marolles) surgit en dégorgements, en larges et profondes nappes phréatiques ou en sources de multiples marais, marécages, mares ou étangs, larmes alchimiques d’un vieux quaternaire limoneux et oublieux de ses glaciers préhistoriques et de ses toundras morfondues : C’est un sol gorgé d’eau, de limon et de minéraux qui se boursouffle sans fin en de grosses mottes d’une terre herbeuse et riche à foison dont les vaches de toute race, cueillent patientes, l’herbe grasse qui y pousse profuse et tendre, loin des trains trop humains et modernes qui manquent toujours à passer, avant de la baratter, géniales, en un lait d’harmonie et d’Olympe.

Le fromage de Maroilles est une chose ronde à pâte molle et donc fort recommandée pour passer les colères de Monsieur Stérol.
Sa chair jaune pâle murit dans une croute ocre orangée et comme tous les fromages « mous » elle a tendance après plusieurs jours prisonnière, à vouloir rentrer chez elle le plus vite possible en un fleuve inexorable, épais et surtout, odorant.
Car avant sa saveur étonnante, la plus grande caractéristique du maroilles est son odeur : Epouvantable pour les uns, insupportable pour les autres, redoutable pour tout le monde, mais reconnaissable, inimitable et appréciée par les vrais connaisseurs (en culotte courte ou pas)
C’est vrai que le maroilles est un fromage qui pue la chaussette faisandée, pourrie, déliquescente, cadavéreuse.
A tel point que votre frigo en est nettoyé de ses bactéries, champignons, microbes, algues et autres virus en quelques minutes à faire pâlir Madame Javel !
Je ne vous conseille pas de voyager avec un maroilles (au lait cru surtout) dans des pays de male bouffe : Après plusieurs heures, à la douane, ce fromage n’en pouvant plus de liberté vous enverrait illico, presto, manu militari et à perpette dans la plus basse geôle de Guantanamo ou pire si ça existe.
Le maroilles est un être terroriste et quantique, je vous le dis.

Cela étant, c’est vachement bon hein ! Et ça se mange comme tous les autres fromages, sur du bon pain, au déjeuner, au dîner et si vous voulez être un vrai « Ch’ti » très tôt le matin avec le café (au lait ou pas), le genièvre ou le calva.
Le maroilles est le meilleur des dentifrices aussi, en fait !
Il faut enfin le dire : Le maroilles se sublime en tarte.
Pour les cancres las, ipodés et gominés que se branlent comme des porcs subventionnés au fond de la blogosphère, je précise que « la tarte » est non seulement une baffe de légende, méritée ou pas, mais aussi une sorte de pizza du Nord de l’Europe.
C’est une pâte, brisée, feuilletée ou fourbue, de farine de beurre, d’eau et de sel que l'on fait cuire dans un four et sur laquelle, on dépose auparavant, des fruits, des légumes, de la viande ou du fromage.
En vérité, le maroilles en tarte se transcende ; il se sublime ; il explose ; il fait son big-bang à lui !
La tarte au maroilles est une sorte d’Hiroshima culinaire.
Si vous commandez ce plat dans un restaurant, vous le sentirez venir au moins une demie heure avant le serveur. Toute la salle et les cents mètres carrés des environs seront imprégnés de son odeur pendant plus de six mois.
Les mouches (à merde ou pas) les moustiques, et les guêpes rendront tout de go leur tablier pour aller à tire-d’aile se syndiquer de rage dans les pires des sectes sociales.
Je vous aurai prévenus hein !

Mais une fois que vous aurez cette tarte devant vous, fumante, crépitant de senteurs et de saveurs divines, vous vous mettrez à chanter : « Non, rien, de rien, non je ne regrette rien »
Et en sortant de l’auberge, en vérité, je vous le dis, vous serez un autre être, d’une autre race, d’une autre espèce à jamais immortelle pour des siècles et des siècles, ah mais !

Le maroilles, en tarte ou en pain, peut se déguster de préférence avec un vin rouge épais, corsé, tannique, robuste et rude : Un vieux bourgogne des familles, un bordeaux de luxe, une côte rôtie du Rhône ou un merlot languedocien et dur à cuire.

Frères humains qui avec moi vivez, en vérité je vous le dis, gloire éternelle au maroilles et à sa tarte ou pas.

Illustrations : Source Wikipedia

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Divers et d'autres saisons

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Commenter cet article

Nils 03/06/2009 14:39

Miammm, ca me donne l'eau à la bouche !

Martin-Lothar 04/06/2009 21:47


Nils : Hélas, je ne pense que tu trouves du vrai maroille (au lait cru) en Allemagne, mais bon, la prochaine fois que tu viens à Paris...


les2chefs 03/06/2009 05:49

Mum sa m'a l'air exellent,je vais m'empresser de faire cette recette

Martin-Lothar 04/06/2009 21:41


Les2Chefs : Bon appétit alors !


werewolf 02/06/2009 20:58

Et l'goyère ed'Valenciennes ?

Martin-Lothar 02/06/2009 22:08


Werewolf : Min fiu, je ne connais pas tous les fromages non plus et je ne parle pas "coulamment" le Rouchis !


monsieur 01/06/2009 11:29

Le nord, que je n'ai jamais vu, est une vraie contrée exotique,la vraie patrie du surréalisme, des endroits plats à en perdre la raison, et M. Bruegel (un peut plus au Nord)

Martin-Lothar 02/06/2009 21:59


Monsieur : Je connais bien la montagne, mais les les plaines infinies où je suis né, c'est comme un océan ou un désert. Une belle expérience qu'il faut avoir aussi avant de sombrer dans le trou
qu'on trouvera.


Berthoise 01/06/2009 09:19

Le Maroilles soit, c'est bon, ça pue, c'est tout un poème. Mais, le Neufchâtel, du Neufchâtel avec un fruit, as-tu déjà goûté un vrai Neufchâtel ?

Martin-Lothar 02/06/2009 21:54


Berthoise : Non, connais pas, mais si ça pue aussi, je serai mangeur !


Saturnin+Abadie 31/05/2009 23:18

Il n'y a rien au nord de l'Adour. Elle traverse la ville sainte de Bagnères de Bigorre et se perd dans le bout du monde.

Martin-Lothar 02/06/2009 21:53


Saturnin : Je vais bientôt parler de pas mal de fleuves et rivières hein ! Il en va de notre survie...


Prax 31/05/2009 20:01

Je découvre qu'en fait il y a des gens au nord de l'Adour qui font du fromage avec du lait de vache. C'est assez incroyable cet esprit saint de Pentecôte qui déboule dans mon assiette.

Martin-Lothar 31/05/2009 20:11


Prax : C'est vrai qu'au nord de l'Adour (fleuve sacré dont je reparlerai sur ce blogue, d'ailleurs) il y a pas mal de latitude !


Largentula 31/05/2009 17:57

la pâte sablée est également recommandée...
Mais pour l'accompagner, exceptionnellement, point de vin, mais de la bière que diable ! (bière belge ou du nord et aucunement de la chtourloute !)

Martin-Lothar 31/05/2009 20:09


Lagentula : Ah ! Une parole de vrai Ch'ti ! Une bonne bière de Ch'nord sur la tarte au maroilles, c'est vrai que c'est toujours le petit Jésus en culotte de velours !


anton 31/05/2009 17:57

Moi, je dis qu'il n'est pas aussi bon que celui que j'ai rapporté de ?...j'ai oublié d'ou !

Martin-Lothar 31/05/2009 20:07


Anton, mon grand frère adoré : Mais j'en ai déjà parlé de ton héroïque, inoubliable et fameux reblochon ! Tu le sais bien !


MlleBeulemans 31/05/2009 17:43

Marolles (Les Marolles), on peut aussi s'y promener à Bruxelles, et c'est là que l'on retrouvera l'accent tellement imité que l'on appelle à tort "l'accent belge".
La preuve:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marolles_(Bruxelles)

Martin-Lothar 31/05/2009 20:05


Mlle Beulemans : Oui, j'avais appris que Maroilles était un quartier turbulent de Bruxelles. Un lieu de marécage du reste et de colonisation française. Passionnant ! 


stephanie 31/05/2009 16:54

j' ai bien rigolé en lisant cet article surtout le passage d' une douane avec un maroille .Il n' y a que du vrai dans cet article .
Vive le maroille

Martin-Lothar 31/05/2009 19:54


Stéphanie : Merci. Tout ce que j'écris est fait pour faire rigoler en fait (et réfléchir un peu quand même hein !) C'est un manuel de survie... (Bises)