Même la mort m’attendra, Enzo

Publié le 8 Avril 2009

L’Aquila, Italie, le 7 avril 2009 - Une quasi-centenaire, Maria d’Antuono, 98 ans, a été retrouvée vivante hier en début de matinée et a pu être dégagée des décombres trente heures après le séisme. La vieille dame a affirmé qu’elle avait «fait du crochet» en attendant les secours.

Tiens, je me suis assoupie et ma lampe est éteinte maintenant : Il n’y plus d’électricité. Où sont les allumettes et la bougie ? Ah là !

Doux Jésus, le portrait de Giuseppe est tombé. Par terre, cassé !

Et tout le reste dérangé, cette poussière, cette odeur, ce calme !

Je vous parie que c’est encore un de leurs tremblements de terre, ça.

Comme quoi, notre bonne vieille terre est encore bien vivante hein ! Ce n’est pas comme tous ces fadas qui s’agitent dessus, maintenant, comme des zombies !

Ils ne savent pas vivre ces gens là, je vous le dis !

Bon, la porte est bloquée ; je suis prisonnière ; je vais attendre alors.

J’espère que le San Duomo n’a pas trop souffert et que la statue de San Giovanni est intacte.

J’ai mis un cierge encore hier. J’ai bon espoir.

On verra hein !

Bon, où est mon tricot ? Ah là…

Reprenons…

Voilà qu’on cogne à ma porte maintenant ! Mais ils vont la casser ces voyous !

Qui voilà ?

Ah, mais c’est le jeune Enzo Cabrizzo ! Comme il est beau dans son uniforme de pompier. Ah celui-là, môme, il était mignon à craquer. Un putto d’amour !

Enzo, c’est toi ? Comment va ta grand-mère Antonia ?

Et ses varices ?

A l’hôpital ? Mais pourquoi faire mon petit ? Si je dois aller quelque part, c’est à l’église réconforter San Giovanni hein !

Et puis attends un peu, je n’ai pas fini ce rang de tricot.

Tiens puisque tu es debout et que tu ne fais rien, cherche mes pantoufles et raccroche le portrait de Giuseppe, s’il te plait.

Et ne salis pas ton bel uniforme !

Pour ta peine, il doit rester un fond de Chianti dans le buffet, là.

Même la mort m’a bien attendue hein !

Le tricot c’est sacré !

Ah peste Enzo, tu m’as fait rater une maille !

 

 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Le manuel de survie

Repost 0
Commenter cet article

la Mère Castor 17/04/2009 11:52

Drôle que tu me parles d'Ulysse, invité d'honneur avec son sac de vents et ses marins curieux dans ma dernière prestation (le vilain mot !) Si Pénélope était vieille, que dire D'Ulysse, après une guerre interminable et un si long voyage !

Martin-Lothar 24/04/2009 21:24


Mère Castor : Ah Ulysse et Pénélope, ils ne nous quitteront jamais ces deux là (et c'est tant mieux)


la Mère Castor 16/04/2009 14:22

je le savais bien que le tricot avait des vertus inconnues, mourir avant la fin de son rang, pas question. (le fil, la pelote, la vie, tout ça, j'en ai fait un début de spectacle de conte, avec ma grand mère et ses aiguilles en guest star)

Martin-Lothar 16/04/2009 21:26


Mère Castor : Et si l'on réfléchit un peu, om est en droit de se demander quel âge avait Pénélope au retour d'Ulysse !


Tippie 12/04/2009 23:38

Et après, elle est partie "en camping" (façon Berlusconi) avec ses copines?


Très bon, en effet, mon Loup.
Des bises.

Martin-Lothar 15/04/2009 21:12


Tippie : Elle est allé à la caserne courir les jeunes pompiers sans aucun doute.


Berthoise 10/04/2009 21:54

Tricoter est un gage de longévité.

Martin-Lothar 15/04/2009 21:11


Berthoise : Sans doute, à vrai dire je n'ai jamais essayé (Ma Môman ne l'aurait jamais permis)


Gothic inside 08/04/2009 20:10

Vraiment excellent, ce texte ! tu as l'air en pleine forme , Le Leu !

Martin-Lothar 15/04/2009 21:10


Gothic Inside (Quel pseudo !) : Merci. C'est mon âme qui est en forme en ce moment, parce que le reste...


Prax 08/04/2009 15:28

D'homme à homme : c'est bien écrit.

Martin-Lothar 15/04/2009 21:09


Prax : Merci, je sais un peu tricoter les mots, c'est vrai.