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Martin-Lothar

Débarquons l'embarcadère

3 Avril 2009 , Rédigé par Martin-Lothar Publié dans #Le Dico


Matin et soir, je longe un fleuve méandreux né de larmes séquanaises et il m’arrive parfois d’y apercevoir sur les berges, des embarcadères garnis de bateaux ou pas.
Des embarcadères ou des débarcadères que sais-je et c’est bien mon drame car il y a longtemps que je cherche une différence « objective » entre ces deux mots.
Oui je sais, j’ai des angoisses sottes et grenues, mais je ne supporte pas qu’un signifié ait plusieurs signifiants qui s’usent au gré de raisons qui lui sont étrangères tout autant qu’à l’observateur moyen que je suis.
On va encore m’accuser de tétrapiloctomie (coupage de cheveux en quatre – merci Umberto Eco), mais tant pis. Je suis comme ça, na !

Or donc, un débarcadère fluvial aperçu d’un wagon SNCF peut en fait cacher un embarcadère sournois (et vice vertu) ce qui est sémantiquement agaçant voire métaphysiquement angoissant.
Pour les marins de toutes eaux et de tout port, à voiles, vapeur, rames, gasoil ou nucléaires, l’embarcadère est le lieu où l’on embarque et le débarcadère est le lieu où l’on débarque.
Toutefois, ce lieu devient quantique et innommable quand deux bateaux y sont accostés et que l’un embarque quand l’autre débarque.
Je ferai aussi humblement remarquer qu’un bateau, fluvial surtout, peut s’amarrer à un débarcadère (ou un embarcadère) sans que l’on n’y embarque ou débarque quoi ou qui que ce soit.
J’en rajoute dans l’interlope, la confusion et l’ambiguïté de ces mots en précisant qu’un embarcadère est toujours un artefact (comme disent les savants) une construction plus ou moins grossière servant aussi très souvent de débarcadère alors que ce dernier peut être un endroit naturel et commode pour seulement débarquer sans jamais embarquer.

Par ailleurs, en langage de chemin de fer, l’embarcadère est la gare de départ et le débarcadère la gare d’arrivée sachant qu’un train arrivé finit toujours par repartir un jour ou l’autre sinon il devient un machin inutile avachi dans un truc sans nom.
Le problème se complique dans le cas du ferry boat où le train rentre dans le bateau : L’embarcadère du bateau n’est pas le débarcadère du train et même chose à l’opposé de l’autre côté ou inversement.

Bref, on voit par là que mon problème est particulièrement délicat à s’en ronger les ongles menus.
Toutefois, les lecteurs qui me connaissent savent que je ne reste jamais sans solution devant de telles adversités et que jamais, ô grand jamais, je ne les laisserai dans l’expectative ou le désarroi.
Je propose donc de créer le mot « barcadère » et de l’insérer dans les nouvelles éditions des meilleurs dictionnaires.
Sa définition sera : « Terme de marine maritime, lacustre ou fluviale. Lieu d’accostage pour l’embarquement ou le débarquement. »
Etymologie : de l’espagnol « barcadero » formé de « barca » (bateau) et (sans doute) du latin « cadere » (chuter, tomber, échoir, arriver)
Je propose dans la foulée de supprimer sans regrets les deux mots « embarcadère » et « débarcadère » afin que les ports, les berges et les gares redeviennent des havres de paix.
Ah mais !

Illustration : Jan BRUEGHEL l’ainé (vers 1568, Bruxelles, 1625, Anvers) le grand marché aux poissons (1603) Huile sur toile (59 x 92 cm) Alte Pinakothek, Munich, Europe.

Fin de loup

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Gothic Inside 05/04/2009 17:48

C'est ce à quoi je pensais en lisant le début de ton texte : il n'y a qu'à l'appeler un barcadère ... et puis tu m'as coupé la vague sous le pied, je suis à la fois frustrée et honorée ... le poète ayant proclamé qu'"un port est un séjour charmant ", je proposerais bien un Baudelère, avec cette orthographe, pour éviter les confusions ...
" Le voilier accosta au baudelère ", c'est joli, non ?

Martin-Lothar 05/04/2009 20:52


Gothic Inside (Quel pseudo !) Quelle belle réflexion que la tienne et ton commentaire me laisse nigaud et lent (ô goéland) et pour passer du coq à l'âme, je pense que "Baudelère" est plus gothique
que romantique. (A discuter hein !) Bises


Prax 05/04/2009 09:48

Embarquer, débarquer, entrer, sortir, partir, revenir, la vie, vaine certes, c'est le mouvement, vain certes. Le barcadère, immobile, nous renvoie à notre vacuité et notre certitude d'être immobile (et dans un trou). C'est cette certitude qui amène donc la paix, selon toi.

Martin-Lothar 05/04/2009 20:42


Prax : Non, c'est un vide quantique à la fois plein et vide de promesses et de rêves. Le poète saura faire le reste et rendre son inutile à l'indispensable du lieu.


Berthoise 04/04/2009 17:06

Barcadère : c'est un peu bref, non ?

Martin-Lothar 05/04/2009 20:39


Berthoise : Ça dépend de la taille du bateau.


monsieur 03/04/2009 21:45

Oui, mais:
les marins eux-même n'usent-ils pas d'un langage volontairement sybillin pour y troubler les non-connoisseurs?
L'absurde et les rajouts scandaleux et inutiles, les détours bornés et les sériosités shadokoïdales ne sont - elles pas le plus bel apanage du langage?
Hier j'ai vu... une récitation de poésie concrète et absurde, de feu monsieur Braichet... Je me demandais si vous le connaissiez.
Bonsoir!

Martin-Lothar 05/04/2009 20:38


Monsieur : Votre colère me fait du bien. Je ne connois pas ce Braichet, mais je ne demande que ça.