Martin Lothar (depuis 2005)

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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /Jan /2009 18:35
Le mot allemand « Schadenfreude » n’a aucun équivalent en Français ni dans bien d’autres langues.
C’est une des particularités de la langue allemande, à l’instar du Grec ancien, de « fabriquer » des mots à partir d’autres pour créer de véritables « logogrammes » qui deviennent alors plus de véritables petits « paquets » conceptuels voire philosophiques, scientifiques, théologiques que des « mots » ou des expressions.
 
Schadenfreude est l’assemblage des mots « Shaden » (Dommage, nuisance, peine, malheur) et « Freude » (Joie, plaisir, bonheur) et littéralement, il peut se traduire par « Joie du malheur - des autres »
 
Mais en fait c’est beaucoup plus compliqué, plus quantique et plus signifiant que le mot français « sadisme » par exemple.
Il n’y a pas dans le « Schadenfreude » de méchanceté, ni de revanche ou de vengeance quelconque : C’est un « sentiment » qui peut envahir à tout moment et à n’importe quel propos les meilleurs, les plus purs et les plus gentils parmi nous.
Il n’y a pas non plus forcément de « cynisme », d’égoïsme ou de jemenfoutisme dans le « Schadenfreude » : C’est une sensation à la fois plus intellectuelle que psychique ou caractérielle et plus instinctive (de survie) que politique ou morale.

Le « Schadenfreude » est finalement une sorte de cocktail de toutes ces attitudes, mais qui reste profondément refoulé en nous-même : Le « Schadenfreude » est muet, personnel, secret, intime.

Quand il est, par impossible, sonore, verbal, le « Schadenfreude » reste pourtant profondément blotti dans la tanière de notre âme et si l’on s’écrie « Ah les pauvres gens ! » à l’endroit des victimes en apprenant une tragédie quelconque (tremblement de terre, naufrage, guerre, attentat) au fond de nous, s’illumine une petite flamme d’allégresse à la pensée du « heureusement que je n’y étais pas ! » ou encore l’on dirait « c’est dommage pour lui » tout en pensant « c’est bien fait » (ou l’inverse)
 
On peut avoir aussi un coup de « Schadenfreude » quand un personnage que l’on admire beaucoup (et que l’on jalouse donc) subit quelques malheurs : Ainsi le prince Harry a récemment « schadenfreuder » le cœur de bien de ses pipoles groupies (qui rassurez-vous sont toujours prêtes à l’épouser hein !)
Ainsi, ce brave Mr Obama à la place duquel beaucoup de gens « n’aimeraient pas être » et qui schadenfreudent pour lui encore, en attendant d’être carrément voire joyeusement déçus.
 
Le « Schadenfreude » a donc un mouvement de balance très rapide de la pitié à la haine ou de la compassion à la déception et de la passion vers l’indifférence la plus totale en long en large et en travers (et vice vertu)
« Heureusement que je n’y étais pas, mais combien j’aurais voulu en réchapper pour en parler et pour enfin être « intéressant » médiatique au moins une fois dans ma vie ; pour avoir enfin quelque chose à raconter aux autres ! »
 
Je ne sais pourquoi, mais cet inavouable « Schadenfreude » est bien à la mode en ce moment, je trouve… Une épidémie ? Un signe de notre époque ?

Fin de loup

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