Chronique du premier virophage

Publié le 2 Septembre 2008


La prédation est une loi naturelle fondamentale qui concerne toutes les espèces vivantes, du dictateur fou à la bactérie en passant par l’ornithorynque et le scléroderme vulgaire

Elle est hélas aussi implacable et aussi irréfragable que la gravité universelle qui, quelque part, est aussi une sorte de prédation.
Dura lex, sed lex.
Sur l’échelle bondée du vivant, tout péquin est donc à la fois proie et prédateur, soit-il un loup éradiqué des pâtures ovines ou un misérable vers de terre engloutie par la paisible vache distraite un moment par le passage d’un TGV.
Il y a avait jusqu’à maintenant qu’une seule exception à cette règle et paradoxalement de taille : Le minuscules virus de tout poil et de tout bois qui, il faut humblement l’avouer, restera longtemps, sinon à jamais, le véritable archi prédateur de cette planète.
Les virus étaient sans aucun doute dans la première « soupe organique » et certains pensent même qu’ils furent à l’origine de toute vie sinon les catalyseurs de première classe.
En tout état de cause, ils sont quantiques en diable comme en bon dieu pour engendrer comme pour détruire.
Cela étant, on peut se poser la question de savoir s’ils sont vraiment des êtres vivants et quoi qu’il en soit, il faut reconnaître qu’ils sont le plus souvent inoffensifs dans le mesure où la très grande majorité de leur très grand nombre se contente d’une vie indolente de sieste et de farniente.
Les virus hyperactifs par contre, sèment la terreur et la mort dans les pâtis, les bergeries ou dans les arrières salles des boîtes de nuit interlopes et non protégées tel le plus tristement célèbre d’entre eux : Sa majesté des horreurs de l’amour, l’abominable VIH, Saigneur de SIDA.

Or donc, pour se débarrasser d’un prédateur, il faut soit lui retirer toute proie pour le faire crever de faim, soit lui mettre son propre (ou sale) prédateur dans ses draps sales ou propres.

Retirer au virus toute cellule à bouffer dans notre organisme n’est évidemment pas une solution facile d’emblée (en l’état de nos connaissances)
Par contre, lui mettre sur le dos un autre virus programmé pour bouffer son semblable (un virophage) est une idée particulièrement séduisante qui vient d’ailleurs d’être réalisée récemment par le Professeur Didier Raoult, de l’Université de Marseille (CF l’article de Futura Sciences en lien au bas de ce billet)

Oui, il fallait y penser : Si l’homme est un loup pour l’homme, le virus sait aussi être un salopard cannibale de sa propre espèce et de la pire dans la foulée.
Toutefois, je vous le dis, le vaccin « virophage » n’est pas encore pour demain, car avant (ces rails), il conviendra de régler quelques petits problèmes du genre : Se débarrasser du prédateur repu ou l’empêcher, au sortir de sa sieste digestive, d’aller fouiller dans les placards ou le frigo de notre organisme pour continuer de se bâfrer de quelques unes de nos chères, indispensables et croustillantes cellules (je sais, il faut que tout le monde vive, même les petites bêtes utiles, mais bon)
On veut un virophage, pas un anthropophage, hein !
On me répondra qu’il suffira de lui envoyer un autre viro-terminator, mais on tomberait vite alors dans la médecine à mouvement et piqûre perpétuels…

Le virophage en panacée est une belle idée, mais pas pour bientôt, c’est sûr, hélas…

Le mot « virus » vient du Latin « virus » et signifiait « suc, jus, humeur; venin, poison; mauvaise odeur, puanteur, infection » et il n’aurait qu’un très lointain cousinage avec l’adjectif « viril » qui lui vient de « vir » (homme, mâle) sachant que leur ancêtre commun de la nuit des temps devait se nommer également « vir » (force, vigueur)

Illustration : Jan Sanders van Hemessen (1500-1556) le Chirurgien (1555) Huile sur toile (100 x 141 cm) Musée du Prado, Madrid.

Lien Futura-Sciences


Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Nature & sciences

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Richard 05/09/2008 23:18

Quelqu'un qui enfile l'ornithorynque et le scléroderme vulgaire sur la même ligne est forcément génial.

Martin-Lothar 11/09/2008 20:35


Richard : Pour le scléroderme, c'est un peu plus délicat quand même hein !


Prax 04/09/2008 08:42

alors viril parce que puanteur, mauvaise odeur, infection ! Non, il doit y avoir une autre étymologie (en basque c'est beauté, force, intelligence,, ...)

Martin-Lothar 05/09/2008 19:51


Prax : Tu as oublié "orgueil" non ?