Chroniques de la danse de saint-Guy

Publié le 13 Juin 2008

Pluie de saint-Guy, C'est tout l'an qui rit (Proverbe français)
Tiens hier c’était la saint-Guy.
Il est une expression française attribuant à un quidam le geste incongrue de la « danse de saint-Guy »
Pour des raisons qui échappent à priori à la raison, le susdit quidam semblera en effet pris d’une folie soudaine à se tortiller grave ; à se trémousser frénétiquement ; à contorsionner son corps dans tous les sens articulés ou non ; il saute sur place ou dans tous les sens ; il se dandine ; il se tord ; il sautille tout azimut ; il bondit même ; bref, quelque musique inaudible au spectateur atterré semble le faire danser d’une façon la plus sotte et la plus grenue qui soit.

Bon, le plus souvent notre danseur n’aura fait que se cogner grave un orteil tout nu dans une kalachnikov qui traînait par terre et le ballet dramatique s’achèvera par une jolie poupée autour du membre rougi et tuméfié et un sermon raisonneur de notre part sur la grande vertu de ranger ses outils à leur place après chaque usage ; laquelle vertu, comme chacun le saura enfin, devant être intégrée profond par tout le monde, y compris par l’insurgé enragé, le terroriste frappé dingue ou l’anarchiste génocide.
En fait trop d’assassins se blessent inutilement en ne rangeant pas leur chambre, voilà.

Cela étant, il ne s’agissait en aucun cas de la vraie « danse de saint-Guy » qui n’est en fait que le stigmate d’une maladie fort ancienne, rare, orpheline, neurologique et génétique en diable que l’on nomma la « chorée de Sydenham » pour les enfants ou « chorée de Huntington » pour les adultes.
Le mot « chorée » vient du Grec « choros » (danse) et « Sydenham » et « Huntington » sont les noms des médecins ayant étudié les premiers ces maladies et qui les ont ainsi sorties des flammes de la Sainte Inquisition.
Car en vérité je vous le dis les gens, la danse macabre de saint-Guy envoya plus d’un malheureux au pal, aux lions, au pilori ou au bûcher.
En effet, ces supplices étaient en quelques sortes d’une part une délivrance tant pour les malades qui dansaient dans des transes irrépressibles, épuisantes jusqu’à une mort naturelle inexorable et épouvantable, que pour les autres d’autres part, qui étaient soit accablés de supporter une telle folie dingue agitant leur proche soit contents de trouver enfin un idéal et gras bouc émissaire atteint d’une tremblote qui n’était que possession et manifestation satanique en diable en corps et en âme.
Bref, on le brûle ce danseur démoniaque et on retourne aux champs ou aux chants, tranquilles et purifiés.
C’est ainsi que plus d’un Guy de tout poil et de tout sexe anima avec ses ballets frénétiques le peuple maudits des sorciers et des sorcières et ce dans toute l’Europe et depuis la nuit des temps.
L’expression « danse de saint-Guy » existe en effet dans toutes les langues européennes et particulièrement en Anglais, en Italien et en Allemand car c’est en Angleterre, en Italie et en Allemagne que certains cas dégénérèrent en une folie collective, un délire insurrectionnel ou une sorte de carnaval qui fut parfois réprimé dans le sang par une armée toute entière.
Du reste, la maladie traversa l’Atlantique car on dit que certaines des célèbres sorcières américaines de Salem étaient atteintes de la maladie d’Huntington et que la Canada connut aussi de tels « spectacles »
 Pour les spécialistes, c’est le gène « IT15 » qui serait la maître de ballet (et de balais) de nos saints Guy et ils pensent que seule la génétique peut permettre d’éradiquer ce terrible mal qui se manifeste par à-coups et curieusement par épidémie.

Saint Vite (en latin Vitus) ou saint Guy, saint Guido, originaire de Sicile, provoqua des guérisons miraculeuses et mourut en martyr vers 303, à Rome, sous l'empereur Dioclétien.
Saint Guy, qui est l’un des quatorze saints thaumaturges (guérisseurs), fut le protecteur des épileptiques et des malades de chorée. Ses reliques furent transférées de Saint-Denis (France, 9-3) en Saxe et en Westphalie d’où quelques os furent envoyés à Prague dans la cathédrale qui porte encore son nom.
La légende de ce saint fut sans doute l’agrégation d’autres histoires ancestrales et mythes de toute l’Europe car tout ce qui touche à l’épilepsie, la transe, la tremblote ou la chorée a marqué les imaginations et les superstitions de tous les temps. 
Par ailleurs, le nom de la plante « le gui » vient du Latin « viscum » par le francique *wîhsila ou la racine indo-européenne « *wid- »  qui aura sans doute donné aussi le prénom germanique « Wido » qui se transforma en « Vitus » puis en Vite et enfin en « Gui » et « Guy »      
Sachant que le gui (la plante parasite des arbres) fut sacré pour les druides gaulois et que le ci-dessus « Wid- » plus ou moins celte signifierait « bois ou forêt » ; sachant que le fruit du gui était réputé soigner l’épilepsie ; sachant que le Sylvain, le Satyre ou le Faune (de Faunus, fils du Grand Pan) était un être assez bizarre qui se promenait « en dansant » dans la vaste forêt qui couvrit toute l’Europe du mont Lycos en Arcadie à la Laponie en passant par Rome, ville fondée par des siens cousins, etc. etc. etc.
La saint-Guy est célébrée le 12 juin maintenant, mais elle le fut longtemps le 15 juin soit quelques jours avant le 20 juin, premier jour du solstice et avant le 24 juin, la Saint-Jean Baptiste.
Sachant que Jean le Baptiste (comme Jean l’évangéliste) est gardien d’un solstice comme le fut Janus le dieu romain et que ledit Janus (Jean) aurait été le Dieu des Dieu, la divin Chaos (alias Pan) etc. etc. etc.
Sachant que le Baptiste fut décapité à la suite d’une danse d’une certaine Salomé…
Sachant qu’une vieille tradition germanique organisait des « nodfyr » au solstice d’été (Un genre de feux de la Saint-Jean quoi !) où il fallait sauter par le dessus des feux et la fumée ou « danser » sur des braises ardentes afin de se purifier et se protéger des fièvres et autres folies dansantes ou pas…

Bon, je vous laisse-là car j’ai un cours de tecktonic et de rap.

Note : Ce billet fort long et chiant est quelque peu synthétisé par mon très hermétique iCul d’hier auquel les lecteurs pressés pourront se rapporter.

Illustration : Michael Wolgemut (1434-1519)  Danse macabre (1493) Gravure sur bois.

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Divers et d'autres saisons

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Commenter cet article

Alf 15/06/2008 21:46

J'aurais plutôt crû qu'il s'agissait de l'ergotisme très fréquent au moyen-âge et dû à l'ergot du seigle.
Un plat de champignons mon petit loup ?

Martin-Lothar 17/06/2008 21:08


Alf : Je suppose que parfois, il y a eu un mélange des deux dans certains carnavals fous


werewolf 15/06/2008 08:14

chorée du nord ou chorée du sud?

Martin-Lothar 17/06/2008 21:06


Werewolf : Je l'attendais celle-là (et j'ai parié avec moi que c'est toi qui la ferais !)


Daniel Paillé 15/06/2008 05:11

Le fou dansant?
Tu savais que près de chez moi il y a une ville qui porte le nom de Huntington?....

Martin-Lothar 17/06/2008 21:05


Daniel : Ça vient sans doute de ce médecin ?


Prax 14/06/2008 22:31

Entre une érudition et un synthèse mes pieds balancent (en rythme)

Martin-Lothar 17/06/2008 21:04


Prax : Je connais ta danse préférée à toi hein !


Mllebeulemans 14/06/2008 19:43

Et sur M6 le vendredi
C'est Bones qui rit
Si vous n'aimez pas les os, tant pis
Elle, elle les lit
Ah là là hi!!!!

Martin-Lothar 17/06/2008 21:03


Mlle Beulemans : Je n'ai plus de télé...


la Mère Castor 14/06/2008 11:29

A propos de tektonik, un dessin de Gä le talentueux sur Rue89 : http://www.rue89.com/un-ga-pas-de-filles/tektonik-decidement-on-ne-comprend-rien-aux-jeunes
Tout ça fait penser aux danses qui"guérissent", les danses des Gnawas au Maroc, la tarentelle en Italie, qui vient de "tarentule" et soignait les gens en les faisant danser.
Tes articles sont toujours passionnant. merci.

Martin-Lothar 17/06/2008 21:02


Mère Castor : Merci. Oui la danse est bonne pour tous finalement