Quantique du dernier sauvage

Publié le 8 Juin 2008


Frères humains qui avec moi vivez, regardez bien cette photo et surtout, regardez-là longtemps.
L’agence brésilienne FUNAI « Fundação Nacional do Índio » (qui est le bureau indien de là-bas) a publié récemment sur son site une série de photos aériennes montrant de vrais indigènes de chez eux qui étaient jusqu’alors inconnus au bataillon.

Outre le fait que le monde entier de Neuilly (9-2) à Saint-Denis (9-3) sait désormais qu’il reste sur cette planète de vrais sauvages humains, primitifs, rustiques et authentiques, isolés de toute civilisation et société depuis la nuit des temps et même avant, on peut s’interroger sur cette digression de cette agence brésilienne dans sa sacro-sainte discrétion à propos de ses ouailles indigènes préférées.

En fait en Amazonie, il y a trois sortes de sauvages :
Les semi sauvages qui prennent de la modernité tous les vices et tous les microbes et qui muséifient des traditions qu’ils ne pensent qu’à oublier ou monnayer.
Les sauvages officiels qui ont connu par leur pères ou grand-pères notre glorieuse civilisation et qui ont cru bon de la fuir à tout prix.
Enfin ces êtres nus et primitifs de la photo qui ne sont connus de personne ni même de quiconque et qui n’ont sans doute aucune idée de ce que peut être un visage pâle, l’Euro 2008 de foot, le festival de Cannes, Roland Garros ou le CAC 40.
Leur vie se résume et se suffit à un quotidien sylvestre et primaire et ils se foutent du sort des êtres ou des choses dont ils n’ont pas la moindre idée et certainement, le dernier des rêves.
Bref, voilà de vrais et authentiques sauvages comme on n’en verra plus de sitôt ni de Cîteaux.

A l’orée de cette jungle primaire où vivent et meurent de tels êtres primitifs, il y a aussi trois sortes d’autres hommes :
L’humanitaire ;
L’humaniste ;
Et le salopard.

L’humanitaire en voyant cette photo ne souffrira pas une seconde de plus de se faire parachuter dans ce villages indigne de l’Homme digne et moderne afin de soigner les dents de ces pauvres gens ; les vacciner contre la rage, le SIDA et l’amiante ; leur faire découvrir les joies et le goûts de la nourriture lyophilisée ; de leur apprendre à construire une tour de 300 mètres et à se servir d’un téléphone mobile (au cas où)
L’humanitaire voudra tout savoir de long en large de ces bœufs primitifs, mais néanmoins humains, afin de leur tailler sur mesure s’il le faut, des slips ou des caleçons adaptés à leur taille pour enfin cacher leur impudique nudité qui risquerait de choquer grave dur nos gamins obèses et innocents assis à se goinfrer devant les télés de toutes nos belles cités fleuries et culturelles.
L’humanitaire agira ainsi en science et en conscience et se couchera le soir, heureux d’avoir pu remettre de l’ordre sur cette planète et surtout d’avoir permis à des êtres humains de se sentir bien au-dessus des bêtes immondes et crasseuses qu’ils chassaient, mangeaient et vénéraient de leur primitive bêtise dans leur décor natal et némoral.

L’humaniste ne fera rien de tout cela : Il prendra note de la présence de ces gens et jaugera au mieux leur condition et leur bonheur.
L’humaniste se retiendra de prendre contact avec eux, même s’il brûle de le faire : Il ne sait que trop en fait comment ils vivent et pourquoi ils ne veulent pas mourir.
L’humaniste voudrait bien connaître leur langue, leurs traditions, leurs dieux, leurs rites, leur Histoire comme leurs histoires, mais l’humaniste sait trop qu’une telle connaissance, une telle science exterminerait immanquablement ce peuple sans coup férir (et sans faire rire, du coup)
L’humaniste pleurera de son ignorance de cette humanité, mais ne cédera jamais à ces tentations d’inhumanité.

Enfin il y a les salopards conscients ou inconscients ; il y a ces jean-foutre de merde qui feront tout en bonne ou mauvaise conscience pour se faire valoir, pour s’enrichir à tout prix fut-ce à celui du bonheur, du malheur et de la paix des autres, de ces sauvages comme de nous autres d’ailleurs : Ils tueront et massacreront tant qu’ils peuvent et parfois sans le savoir pour avoir leur nom à la une d’une revue à la mode ou pour garnir profusément un compte en banque.
Ces salopards cherchent l’inédit, la rareté, l’invisible, l'impossible, la fortune : Ils seront ethnologues refoulés ; ils seront journalistes, photographes, maquisards ou écrivains mal famés ; ils seront trafiquants de peaux ou d’os ; ils seront chercheurs d’or ou de diamants ; ils seront prospecteurs de gaz ou de pétrole.
Ils utiliseront tous les moyens pour trouver ce qu’il leur faut et dégommeront sans pitié tous ceux qui s’opposeront à leur ignoble quête.
S’ils trouvent ces indiens de la photos, ils n’hésiteront pas à les torturer, à les supplicier ; ils violeraient même leurs enfants sous leurs yeux pour connaître d’eux enfin des secrets qu’ils n’ont pas toujours.
Ce sont « les salopards » dont on peut croiser parfois certains spécimens fun et médiatiques en diable au buffet d’un cocktail dînatoire parisien ou sur un plateau de télé.

Frères humains qui avec moi vivez, regardez bien cette photo et surtout, regardez-là longtemps, le plus longtemps possible et ne pensez rien de ce qui ne doit pas être pensé ou commis.
Tout ce que vous avez à faire en toute humanité est de savoir que de tels gens existent encore sur cette planète, mais qu’ils sont de jour en jour de plus en plus cernés et menacés par la bêtise, par notre bêtise.
N’armez donc pas la main ou l’esprit de leurs assassins par votre admiration ou votre appétit de savoir, de vous distraire ou de jouir.
En vérité je vous le dis : Foutons la paix à ces sauvages ; ignorons-les ; méprisons-les s’il le faut et ainsi protégeons-les et aimons-les de toute notre discrète, civilisée et lointaine force.
Car enfin je vous le dis, s’ils sont les premiers comme les derniers des hommes, par leur savoir de survie, ils sont aussi peut-être la prochaine humanité.

Site du FUNAI

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Quantiques du loup

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Enn' 15/06/2008 09:42

j'ai bien fait de venir

Martin-Lothar 17/06/2008 21:06


Enn, : Tu peux revenir aussi hein ! Bises


Daniel Paillé 12/06/2008 13:38

Bravo le loup!

Martin-Lothar 12/06/2008 20:45


Daniel : Merci l'Américain du Nord.


Richard G 11/06/2008 21:53

Merveilleux post d'utilité publique supranationale. Merci Martin.

Martin-Lothar 12/06/2008 20:44


Richard : Merci. Utile, mais vain, j'en ai peur.


Didier Goux 11/06/2008 12:04

Superbe billet, rien à ajouter.

Martin-Lothar 12/06/2008 20:42


Didier : Merci. Rien à retrancher non plus, pour ma part.


Berthoise 11/06/2008 07:03

Pourquoi cet article me donne-t-il envie de pleurer ?

Martin-Lothar 12/06/2008 20:42


Berthoise : Parce qu'il vaut mieux pour tout le monde de ne pas en rire.


Alf 11/06/2008 07:00

Superbe villa dans cadre unique à vendre.

Martin-Lothar 12/06/2008 20:41


Alf : Ils doivent savoir cuisiner les chats, c'est sûr.


Michel 09/06/2008 11:51

rectification: pas de 'l' après soc :
www.latinreporters.com/bresilsoc14052007.html

Michel 09/06/2008 11:46

Pourquoi sauvages ?
Ces gens qui attendent silencieusement de devenir chrétien à ce que dit benoitement le XVI° du nom !
C'est l'alinéa 5 : www.latinreporters.com/bresilsocl14052007.html

Martin-Lothar 10/06/2008 20:51


Michel : Pour moi sauvage est loin d'être une insulte hein !


Prax 09/06/2008 10:00

Herbert : sur un terrain de rugby, les arcs ne sont pas autorisés.

Martin-Lothar 10/06/2008 20:51


Prax : Ouf, j'ai eu chaud...


abricot 09/06/2008 09:15

Un coin sympa ! Ils ont de bons hôtels là-bas ?

Martin-Lothar 10/06/2008 20:50


Abricot : Sûrement, mais il faut apporter sa nourriture (ton propre corps, c'est très bien) Pense à ton mode de cuisson idéal. Le chef cuistôt te fera sans doute une dernière fleur...


Herbert le Khan des plaines paludéennes. 09/06/2008 00:45

Je n'ai jamais douté qu'il reste de vrais sauvages primitifs...

Comme tout le monde il m'est arrivé de regarder du rugby sur France 2.

Martin-Lothar 10/06/2008 20:48


Herbert le Tigre : Bienvenu félin en pyjama. Fait gaffe à ce que tu dis du rugby, parce que Prax risque d'ameuter les pistoleros basques hein !


Saturnin Abadie 09/06/2008 00:35

Hélas, ils sont cernés de partout et au rythme où va la déforestation, ils auront bientôt un maquedonald juste à côté de chez eux. C'est foutu je vous dis... J'espère au moins que le photographe s'est pris une flèche, empoisonnée si possible.
Tristes tropiques.......

Martin-Lothar 10/06/2008 20:46


Saturnin : Encore une fois ces photos vont sans doute leur sauver la vie, mais triste tropique, c'est toujours vrai


Mlle Moi 08/06/2008 23:43

Mouais, les survoler en hélico si bas et les mitrailler de photos, c'est suffisamment dommageable comme ça, alors ce serait cool de s'arrêter là.

Grmmmpf.

Martin-Lothar 10/06/2008 20:45


Mlle Moi : Ils ont eu la trouille ou la rage de leur vie, c'est sûr. Mais le FUNAI s'est engagé à ne jamais les contacter et seulement, les surveiller (Va savoir maintenant...)


Mllebeulemans 08/06/2008 19:51

Salopard de photographe!

Martin-Lothar 10/06/2008 20:43


Mlle Beulemans : C'es tun photographe du FUNAI en fait et le fait qu'ils aient publié ces photos a du leur fendre le coeur, mais c'est plus par un souci protection de ces indiens qu'ils l'ont fait,
car j'ai l'impression que les salopards s'en mettent à coeur joie en ce moment !


la Mère Castor 08/06/2008 19:41

Si tu pouvais dire vrai, si on pouvait revenir en arrière.
Merci pour ce beau billet, et chut, laissons les tranquilles.

Martin-Lothar 10/06/2008 20:41


Mère Castor : Oui, chut. Revenir en arrière OK (je pense qu'on va y être bientôt un peu forcés du reste) mais trop loin quand même hein !