Carte à rendre

Publié le 12 Mars 2008

Je romps ma courte pause bloguienne pour publier ce soir comme promis ma « rédaction » d’un texte sur un thème « en carte postale » proposé par MonsieurMonsieur alias le cartophile dans sa note-là.

Le thème :
Texte de la carte : "Amélioration ; mais digestion toujours difficile et grande lassitude. Amitiés."
Signature : Auber (?)
Destinataire : Docteur Cénas à Saint Etienne.
Provenance de la carte : Besançon.
Date : 1906.

Avertissement
Les personnes sensibles sont priées de bien vouloir se préparer psychiquement à lire la fin de cette nouvelle.
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Arthur Cénas naquit à Saint-Étienne en 1864 en rejeton d’une longue lignée de médecins. Passionné de sciences naturelles et de botanique, il arpenta de fond en comble le Forez et l’Ardèche durant toute son enfance et son adolescence dans des courses aussi agréables qu’instructives en ces matières.
N’échappant pas à la tradition familiale, il fit à Lyon de brillantes études de médecines et de pharmacie pour enfin, une même semaine de 1889, soutenir les deux thèses avec un très grand succès.

En 1890, à la stupeur de son père, il renonça à la belle carrière académique qui lui était promise pour s’engager en tant que médecin dans un régiment d’infanterie coloniale avec lequel il s’embarqua pour la Cochinchine.
S’ennuyant bien vite dans une caserne souvent vide, il effectua alors des périples scientifiques dans les campagnes et les jungles les plus profondes du pays afin d’y recenser puis d’étudier les traditions médicales indigènes.
Cette première expérience exotique l’emballa à un tel point qu’il quitta bientôt l’armée pour entamer un tour du monde qui durera plus de quinze ans et qui lui permettra de découvrir et de collecter les pratiques médicales et pharmaceutiques d’un nombre impressionnant de peuples et de traditions souvent les plus reculés et les plus primitifs qui fussent.

Il revint à Saint-Étienne en 1905 chargé de près de dix malles bourrées de notes, de dessins, d’échantillons, de mixtures, d’onguents, d’herbes ou de poudres, bref une pharmacopée souvent la plus inconnue sinon la plus incongrue du monde.
Il rouvrit le cabinet de médecin de famille de son père et se résolut dès lors à partager le reste de sa vie entre cette paisible activité et la compilation des informations collectées durant toutes ses années de voyage.

Un soir de mars 1906, le gérant de l’hôtel des Postes l’appela afin qu’il vienne examiner d’urgence un client fort mal en point.
Le docteur Cérès se rendit donc au chevet de Charles Auber, un représentant de commerce de Besançon en séjour d’affaire à Saint-Étienne et qui souffrait d’atroces migraines et surtout d’une paralysie quasi-totale de tous ses membres.
Cet Auber lui expliqua qu’il avait hérité de sa mère d’une maladie chronique parfaitement inconnue de la science actuelle et qui depuis sa plus tendre enfance l’affectait environ tous les mois et pour plusieurs jours voire une semaine entière de ces symptômes douloureux et toujours très handicapants.
Arthur Cénas administra à Charles Aubert un banal médicament propre à soulager la douleur pour la nuit et lui promit de revenir le lendemain pour un examen plus complet.
En fait, ce médecin s’était souvenu qu’il avait rapporté dans ses malles une recette et même un pot entier d’un remède confectionné par un noble sorcier amazonien et qui était susceptible selon ses mentions, de palier les effets d’un mal présentant de telles manifestations.

Le matin suivant, il parcouru rapidement ses notes concernant ce produit, son utilisation et son administration et sans trop s’attarder sur la composition, il en retrouva le flacon et retourna à l’hôtel.
Il ne fallut que moins d’un quart d’heure pour que Charles Auber soit complètement libéré des douleurs et des engourdissements après qu’il eut avalé le dixième à peine d’une cuiller à café de cette mixture primitive.
Arthur Cénas fut lui-même ébahi d’un tel résultat au point qu’il eut d’abord quelques difficultés à modérer l’enthousiasme et les manifestions de reconnaissance de son patient.
Enfin, ils convinrent tous les deux de se revoir dans trois jours afin de faire le point sur cette guérison - miraculeuse, aux dires de Charles Auber.

Ce dernier sonna évidemment au cabinet de Cénas dès les premières heures du quatrième jour et il devait y rester jusqu’au soir en n’ayant de cesse de proposer au médecin toute sa fortune pour l’achat de ce précieux remède ou de sa recette.
De guerre lasse mais et très embarrassé, le docteur Cénas accepta enfin de lui céder gratuitement le pot et de ne lui révéler seulement que les grandes lignes de la recette : Outre du miel et des aromates banals, ce médicament était essentiellement constitué d’un hachis de testicules entières prélevées de son vivant sur un enfant au bord extrême de la puberté…
Auber verdit (1) jusqu’au glauque en entendant ces précisions, mais dès le lendemain, il rentra tout de même à Besançon en emportant son horrible mixture.

Comme promis à son sauveur stéphanois, Auber le tint informé de l’évolution de sa maladie et Cénas reçut six mois plus tard cette carte postale – la première et la dernière – ce qui signifiait que les crises s’espaçaient de plus en plus.
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Arthur Cénas lut enfin en mars 1921 une lettre de la veuve d’Auber (née Roidague, of course) (2) qui l’informait du récent décès accidentel de son mari qu’on estimait complètement guéri de sa maladie héréditaire depuis près de quinze ans.
Depuis longtemps toutefois, Cénas avait brûlé la recette de ce remède incroyable afin que nul ne sache qu’en plus des gonades « vivantes » du jeune garçon, elle exigeait pour une parfaite efficacité qu’on y mélange aussi un hachis de ses deux yeux et de sa langue entière, prélevés dans les mêmes conditions… (3)

Note :
(1)    Les amateurs d’opéra apprécieront ou pas ce jeu de mots somme toute, involontaire.
(2)    Ce calembour fut par contre prémédité…
(3)  Avant que vous ne vomissiez sur votre clavier, je précise que cette histoire et ces personnages sont entièrement fictifs – de même évidemment que la recette du remède dont la tentative de confection serait par conséquent une pure perte de temps.


Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Bloguerie

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Commenter cet article

Je Rêve 13/03/2008 22:47

La plus gore, indéniablement, mais l'important c'est que le remède soit efficace, tout de même n'est-ce pas !

la Mère Castor 13/03/2008 09:55

Rien ne vaut les bons remèdes naturels, c'est bien connu. Quel talent et quel art de la chute !

Prax 13/03/2008 08:50

Vive les trucs chimiques, 0% naturels, complètement synthétiques.

Still 12/03/2008 23:03

Encore une avancée de la médecine compromise par le scrupule de son "inventeur".... Quoique parfois, v°ache folle, C°reutzfeld-J°acob...S°ida..

anita 12/03/2008 22:30

Auber, ce glauque homme congénital...
Quant à Cenas, il semble avoir été un as de la chimie...organique.

monsieurmonsieur 12/03/2008 21:36

C'est beau la médecine.

Alf 12/03/2008 20:34

Hannibal Lecter se serait délecté !