Cordes fuguées

Publié le 22 Octobre 2005

 

La mort m’étant impossible à vivre, voici la stèle de tous les possibles ; ma trace sur une pierre d’éternité. Il en va de ma survie :

Des cordes fuguent dans nos coursives.

Structure le christ qui se consume
Et renifle en bas.

Les lièvres voltigent au crépuscule.

Le conteur accumule les prismes
Que le géographe camoufle largement ;
Sur la lagune, l’idiot capitule
Et l’amour est vulnérable.

L’éternel trafique à l’entracte.

Egorge l’explorateur qui s’affaire
Et tremble dans la grange.

Il y a de bas tilleuls
Que le gymnaste glace
Et des guetteurs qui jaillissent.

Tolère le négrier qui s’arme
Et piaffe dans l’arsenal.

L’hévéa est ambiant
Et  j’attends sérieusement.

Les scouts se devinent à temps.

Ecoute le peuple qui s’étrangle
Et trébuche au pressoir.

Il y a des empires divins
Que les noceurs écartèlent
Et des mondes qui procèdent.

Désire l’océan qui jacasse
Et récidive en cercle.

Les évêques se sacrifient en février.

Il y a des argiles débraillées
Que la parabole accuse
Et le peintre qui sonne.

Le gymnaste pacifie la sagesse
Que le philosophe griffe à l’usage ;
Au loin, l’orchestre s'endort
Et j’éponge.

En ce moment, des indochinois s’abritent.

 

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Quantiques du loup

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Amarante 22/10/2005 23:50

Pour ma part, je serais très intéressée de savoir comment tu travailles sur de tels morceaux. Mais je comprendrais aussi que tu préfères garder le secret professionnel. Pour préserver une image de poète inspiré peut-être, plutôt que de donner celle d'un poète artisan...Bises à toi, le Loup.

martinlothar 22/10/2005 19:25

Encore un fois : le Manuel de Survie, on aime ou on n'aime pas, mais dans les deux cas, il ne faut pas trop se demander pourquoi (je pense). Ceci étant, je suis très intéressé par les commentaires et les réactions sur ce "truc" qui est finalement, très important pour moi (sans que je sache vraiment pourquoi). Merci donc pour ce beau commentaire. Bises.

Amarante 22/10/2005 15:43

Ta note du 16 octobre m'avait déjà fort intriguée (et laissée muette, d'ailleurs). Aujourd'hui, je viens de lire toute la série... Je reste sous le choc ! Et j'admire. J'aime la musique des mots, les images et les couleurs. J'aime que le sens résiste. Que la tentative d'interprétation nous renvoie à nous-mêmes. Que tes images en suggèrent d'autres.Et j'aime ton prologue. J'aime l'idée que ta survie dépende de ces mots gravés (même si la stèle est virtuelle). Une inscription, pour moi (et c'est l'épigraphiste qui parle en moi en cet instant), est à la fois éternelle et fragile. Elle est multiple et changeante comme la pierre qui la supporte. Elle nécessite, comme tes mots, un constant travail de déchiffrement, que le temps ne cesse de remettre en question.Bref : continue de graver, il reste si peu de lapicides de nos jours ! Et merci...