Les mille et une voies du loup 2/2

Publié le 17 Janvier 2007

Pour aller dans la cité des hommes, le loup « emprunte » (mais il les rend toujours, hein) mille et une voies de noms différents :

Au sortir de ma tanière, par la voie d’une trouée des fourrés, une passe débouche sur un layon qui s’élargit en sente puis en sentier.

La « voie » française vient tout droit de la « via » latine qui a traversé tous les pays et toutes les langues.
Le mot « layon » est un terme de chasse ou de vénerie désignant une voie tracée par le chasseur toute droite dans les taillis, un peu comme celle de Madame Sanglier, née Mademoiselle « Laie ».
La « sente » et le « sentier » sont des mots d’origine obscure : Via le Latin « semitarius » (sentier, chemin) d’aucuns affirment qu’un Arabe « samata » serait dans le coup. D’autres disent aussi qu’il serait parent du mot « chantier » que l’on trouvait dans le Dauphiné sous le nom de « chentier » fils de « champ », mais bon !

Le sentier croise une piste qui au sortir de la jungle dit s’appeler désormais chemin, route, autoroute, rocade et viaduc.

La « piste » arrive toute droite du Latin « pistus » (battu, foulé, frayé).
Le mot « chemin » qui est sans doute un des mots les plus utilisés par notre bonne langue française vient des Celtes de l’Est  avec leur « kymri » ou  « cam » (un pas, aller, marcher) qui l’ont traîné dans toute l’Europe de l’Espagne (camino) à l’Italie (cammino) en passant par la Bretagne (kamm) le Pays de Galle (cam) jusqu’à l’Irlande ou autre Grand Ouest (ceim)
La « route » (comme la rue) serait elle aussi celtique venant de « rid, rit, ryt ou rod » (chemin, voie, route) et a produit le mot anglais « road »
La rocade vient curieusement du terme d’échec « roquer » qui est un déplacement stratégique du roi pendant ce jeu.
Le « viaduc » qui est à la fois pont et chaussée est construit de « via » (Voir plus haut) et du verbe latin « ducere » (conduite, mener). Ce verbe a d’ailleurs donné « duc, archiduc, duché, conduire, conducteur et autre duce en chef »

La route s’orne d’arbres et de lumières ; et devient avenue royale ou princière pour entrer dans la cité où elle croise aussitôt un boulevard.

Le terme « avenue » est romain (ad venir : Qui va vers...) et il a longtemps été le frère de « avenir » pour de nombreux courtisans ou autres « Rubempré »
Quant au « boulevard » qui n’est autre qu’une large voie faisant tout le tour de la cité, il est militaire en diable car il vient de l’Allemand « Bollwerk » (défense, fortification, rempart) et est composé de « werk » (ouvrage) et « bollen » (lancer des boulets ou autres missiles plus ou moins mortels sur la gueule des étrangers de tout poil)
D’ailleurs, une série de boulevards (dits des Maréchaux) font le tour complet de Paris et portent le nom de Maréchaux français de tous les temps.
C’est surtout le terre-plein où étaient les remparts ou les bastions des villes qui, une fois ruinés, laissèrent le champ libre aux citadins pour  se balader en faisant le tour de leur ville.
Sur ces boulevards que souvent se dressaient aussi les « barricades » mystérieuses ou pas (1)
Il y a cependant encore dispute sur l’origine de ce mot : Les uns y voient un composé de « bouler » (tourner, rouler) et de « weg » (chemin) bref, un chemin de ronde quand d’autres, notamment Voltaire, y verraient une place de verdure (verte) où l’on jouait aux boules !

Passé le boulevard, l’avenue traverse bientôt le cours, puis le mail et se disperse alors en plusieurs rues bordées de contre-allées ombrageuses dont la chaussée est souvent pavée.

Le « cours » est un lieu de promenade en dehors ou en périphérie d’une ville et il vient de « courir » sans en être essoufflé d’ailleurs. Le cours de Vincennes et de Hyde Park à Londres sont très fameux.
Le « mail » n’a rien à voir avec l’Internet hein ! Il vient du maillet servant à jouer à ce jeu (du mail) qui est l’ancêtre du croquet et plus loin, le descendant du Latin « malleus » (marteau) Je ne sais pas s’il fallait être un peu frappé aussi pour jouer à ça, mais de nos jours, on trouve plus fréquemment des marteau-piqueurs sur le mail.
Les mots « rue » et « ruelle » ont la même étymologie que la route (voir l’épisode 1).
Je ne m’étendrai pas sur « l’allée », mais je me poserai un cul à même la « chaussée » qui n’a rien à voire avec la chaux, mais avec les chausses qui étaient à la fois des chaussures, des chaussettes et le cas échéant une culotte.
On foulait des pieds (avec ses chausses) la surface pour la tasser et l’aplanir et lui permettre d’accueillir le pavement ou autre revêtement.

Bien que l’on rencontre souvent la « maréchaussée » sur la chaussée, ces deux mots n’ont aucun cousinage : Le premier vient du mot allemand « mariskalk » de « marah » (cheval) et « scalc » (serviteur ou soignant). Le Celtique a aussi « march » (cheval) qui est passé sans doute au Latin « marescalcus » le maréchal-ferrant qui était un domestique à l’origine.
Ce mot « maréchal » est alors monté en grade : Il passa de maréchal des logis (l’équivalent du sergent dans la Gendarmerie et le train des équipages – ou « tringlots ») à maréchal de camp puis à Maréchal de France qui parfois « pète un » plomb sur les boulevards de l’Histoire.
Il a donné aussi le mot « marshal » qui est une sorte de super sheriff étasuniens à pétards et à dada.
Je précise qu’en France le maréchalat est un titre et non un grade et qu’un simple soldat peut devenir maréchal de France à six étoiles (pas au Michelin hein !) sans être général comme un simple prêtre peut se voir cardinal (et pape) sans être évêque d’aucun bled, même « in partibus »
D’accords, c’est rare, mais les voies du saigneur comme du Seigneur sont impénétrables !

Certaines rues et ruelles se révèlent des impasses quand d’autres se restreignent en galerie, passage, couloir, coursive, venelle, promenoir, déambulatoire, traverse, traboule ou charmille.

La galerie est là où on  gâlait ; où l’on badaudait et se régalait dans les échoppes ou autres estaminets à l’abri des intempéries ; un peu comme les passages parisiens qui relient encore les « grands boulevards » (Passage Richelieu ou du Havre).
La « venelle » serait une déformation de « ruelle » bien qu’une légende bourguignonne l’attribuerait à une rivière du coin.
La « traboule » est lyonnaise en diable bien sûr et ce mot est formé du latin « trans » (à travers) et du tudesque gaulois « bouler » (rouler, tourner)
La « charmille » désigne toute allée bordée de végétaux que ce soit charmant des charmes ou pas.

Voilà, j’ai dû oublier bien des voies que le loup pourrait emprunter pour aller regarder vivre ou passer ce curieux peuple des humains.
Vous devez en connaître d’autres hein !
Alors n’hésitez pas à me les signaler par commentaire !

(1) Les « barricades mystérieuses » est le titre d’une courte et sublime pièce de clavecin composée par François Couperin (J’en reparlerai)

Fin de loup

 

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Le Dico

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laparhasard 18/01/2007 19:35

Petit mot comtois pour désigner une ruelle...Mais tous ces chemins mênent-ils au bon endroits?

kingleon 18/01/2007 14:11

Ma boite à fils s'est mise à bégayer...

kingleon 18/01/2007 14:06

Ce brave loup aurait-il peur de terminer dans un cul-de-sac ?

kingleon 18/01/2007 14:06

Ce brave loup aurait-il peur de terminer dans un cul-de-sac ?

kingleon 18/01/2007 14:05

Ce brave loup aurait-il peur de terminer dans un cul-de-sac ?

Pierre-Jean 18/01/2007 06:43

Mon petit loup n'oublie pas ton haut-de-chausses pour aller au turbin.

pierre 18/01/2007 00:21

Tu adorerais la "Nouvelle Histoire de la Langue Française", de Jacques Chaurand (Seuil) C'est absolument génial, parfois technique, mais toujours d'une rare finesse !

melusine 17/01/2007 23:33

il manque comme dans tout les "formulaires" sur internetla "montée"dans une autre pieuse viej'habitais"montée" de l'oratoireà six fours.......les plages.....OUF....

anita 17/01/2007 21:09

Au numéro pair, impasse et manque!