Les photos, matons

Publié le 24 Mai 2007

Au commencement, tout était noir, gris et blanc de la chimie et de l’argentique ; sépia éventuellement.
Ce fut un gros pavé scientifique jeté ainsi dans la mare de l’art et de la peinture.
Cette dernière en a été impressionnée et s’en est émue assez vite en tâchant (ou avec taches) de fuir avec génie (ou connerie pontifiante) la netteté de la réalité pour l’embuer, la flouer, la tordre, la transformer, la transfigurer, l’abstraire, la sublimer ou la perdre.
De son côté, la photographie se jeta assez vite dans l’immédiat, l’instantané, l’archi-quotidien, le trivial, le populaire comme elle a su accompagner l’Histoire par ses preuves, ses clichés, ses ors et hélas, par ses mensonges.

Toutefois, la démarche du photographe n’a rien à voir avec celle du peintre, même si le but est le même dans et pour l’absolu.
Ce dernier peintre projette sur un support de son choix un modèle secrètement et âprement filtré par le spectre de son cerveau, sinon de son âme alors que le premier ou le dernier des photographes trie, organise, module avec souvent autant d’art et de grâce, c’est vrai, les malheureux photons d’un espace-temps piégé par une machine plus ou moins sophistiquée et abordable.

Puis, de la chimie argentique évanescente, compliquée et polluante, du papier de bois s’effaçant, jaunissant, se racornissant et se perdant dans un fatras rapidement ingérable, les photographes sont passés à l’ordre de l’informatique, à la rigueur des mathématiques, à l’infini perfection du pixel désormais éternel.
Grâce à la science et à la technique, le technicien, l’ingénieur s’efface alors et enfin pour laisser place à l’artiste, à l’émotion, à la beauté et à leur partage quasi universel.
Pour avoir dans ma jeunesse, malaxé des pigments de tout poil ; pour les avoir étalés avec plus ou moins de bonheur et de patience sur des peaux de tout crin ; pour avoir humé avec délices et fièvre les vapeurs des huiles de lin et des essence térébenthines ; pour m’être aussi perdu à jamais dans la lecture d’un mode d’emploi d’un appareil PN, je suis heureux de vivre maintenant dans ce temps présent.
Je ne peux en effet m’empêcher de frissonner de bonheur et de plénitude à chaque fois que je vois pixellisées sur l’écran de mon ordinateur des peintures rupestres peintes, il y a plus de vingt mille ans, par un homme qui n’était pas moins de bois comme moi, mais qui avait plus souvent mal aux dents, au cul, au pied, au ventre et au moral.

peintures

Il faut savoir de temps en temps rendre honneur à son époque même si l’âge d’or – s’il existe et si nous le méritons – est encore dans les limbes de l’imaginaire ou de la foi et si notre futur est plus erratique et plus terrifiant que jamais.
De plus, je ne suis pas de ceux qui pensent avec nostalgie (ou ringardise souvent) que le numérique est de moins bonne qualité que l’argentique ou que le microsillon a un meilleur son que le CD.
Ce n’est plus vrai aujourd’hui, nom d’un os !

J’ai, sur ce blogue, un tas de liens où vous pourrez admirer des photos de tout poil, sexe, âge et lieu. Allez voir notamment, dans la rubrique de liens « Des mots et des images »
J’ai déjà écrit dans ce blogue sur les photos ineffables de Jean Couleur qui court depuis des années après l’absolu de l’œil et de l’esprit comme l’un après sa boîte de raviolis ou l’autre contre les moulins à vents.
Je ne peux pas m’empêcher de voir en reflet à travers ses photos hallucinantes, certain tableau de grands ou de petits-maîtres de la peinture.
Du grand art quoi, je le répète.

J’ai mis aussi en lien depuis quelques jours le site de photos de Varulf où vous pourrez admirer des paysages, des couleurs et des lumières du Danemark, de Norvège, d’Angleterre, d’Ecosse et même, de Picardie (France)
Le mot « Varulf » signifie « loup-garou » en Viking et ce Danois-là, qui n’est pas, ni chien ni dogue pour autant, a deux chiens nommés Magnus et Julius qui vous feront sûrement sourire quand vous les verrez siester en rois fainéants sur le lit de leur maître ou faire les cons sur un appui de fenêtre.
N’hésitez pas à aller faire un tour chez ce Viking loup-garou et à commenter par mail, sachant qu’il connaît parfaitement son Français (je me demande encore comment, d’ailleurs…)

Les gens, les photos matons ! Regardons notre planète comme elle est belle, simple et compliquée à la fois ; admirons-là parce que ce n’est que justice et que c’est notre bonheur et notre honneur de vivants et de voyants ; aimons-là parce que nous n’avons rien d’autre de mieux sur quoi vibrer et surtout les gens, protégeons-la car comme toute beauté, elle est fragile et terrible comme nos enfants nés ou à naître.
Il en va de leur survie…

Fin de loup

 

 

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Quantiques du loup

Repost 0
Commenter cet article

Gothic inside 25/05/2007 10:24

Vu mon âge nikonique -euh, non, canonique ... j'ai eu la veine de passer du Starlet Kodak de mon enfance au numérique , non sans avoir goûté les charmes du labo photo bidouillé dans un cagibi et même du sténopé dans une boîte de biscuits... et je suis bien d'accord avec toi, gloire à Nicéphore ! et merci pour les liens, qui valent le clic !