Sociologie de la merguez mobile , volante et numérique

Publié le 11 Juin 2005

Classé dans la série : « Les colères du loup-garou »

Notre monde fabuleux et technologique invente tous les jours de nouvelles catégories de citoyens.
Je voudrais aujourd’hui vous causer de l’une d’entre elles :
Les possesseurs d’un téléphone mobile en terrain public…

Il y en a parmi eux qui, dès que la sonnerie stupide et bruyante de leur engin retentit, s’arrêtent au garde à vous, sur place – ici et maintenant - pour dégainer et ce, évidemment en plein milieu du passage – un trottoir des plus étroits - où ils restent stoïquement à causer pendant que cinquante mille pèlerins se contorsionnent pour passer où ils peuvent en tâchant de ne pas gêner la toujours très philosophique conversation.
- T’es où ?
- Moi je suis dans la rue…
- Y’a du monde… C’est pas croyable… Ces gens…
- Bon, je ne sais plus ce que je voulais te dire…
- Mais c’est pas urgent…
- Etc.

Il y en a même un qui, un jour, coincé au téléphone dans l’entrée du magasin où je devais pénétrer, m’a jeté un regard de mitrailleuse et a annoncé à son fil qu’il raccrochait et qu’il allait le rappeler parce que quelqu’un le gênait, présentement.
Le fâcheux quidam que je suis, s’en est toujours voulu d’avoir si stupidement interrompu une communication entre deux êtres humains – c’est si rare.

Il y a quelques jours en rentrant du boulot, je m’installe à Auber sur un strapontin du premier heureux air venu.
Je suis bientôt imité par une énorme cabine téléphonique mobile, un type d’au moins cent cinquante kilos, qui le truc sur l’oreille met évidemment un quart d’heure pour s’asseoir en jonglant avec son cartable, après avoir laissé claquer trois fois le strapontin sur la paroi et tout le bruit et ondes telluriques consécutif.
Bref, il s’assoit enfin, en m’écrasant un tout petit peu, juste un petit peu.
Pardon d’exister Monseigneur…

Moi, j’avais entrepris de lire un article d’informatique dans le très intéressant, astucieux, précieux et spirituel magazine « AvosMacs » sur la façon de relier deux ordinateurs par câble firewire.

Lui, il réglait au téléphone les préparatifs de la barbecue partie de dimanche prochain avec son état-major : sa femme, dite « Chouchou » et ce, évidemment, d’une voix puissante, sonore, affairée et très nerveuse.

Tout le wagon a eu droit au menu et n’a d’ailleurs pas regretté de ne pas être invité à la fête vu le caractère du maître de maison et l’ambiance pressentie dans ce ménage modèle et festif.
Les merguez ont dû voler bas ce dimanche-là !

Grosso modo la lecture de l’article a donné ça :
- Relier les deux ordinateurs à l’aide d’un câble firewire.
- Faut pas oublier de racheter du charbon de bois…
- Ouvrir les panneaux de configuration de réseau des deux appareils.
- Et des merguez… Plein de merguez et des chipolatas
- Créer une nouvelle configuration nommée « firewire »
- Et du pinard, t’as pensé au pinard ?
- Dans l’onglet, choisir le port « firewire »
- Du rosé, achète du rosé, merde !
- A la rubrique partage, cocher « partage de fichiers »
- Parce que le pif de Maurice, il me donne la chiasse.
- Pour chaque poste, sélectionner la configuration Ipv4…
- Faut pas l’inviter Maurice d’ailleurs, il est trop con…
- Cocher « utilisation de DHCP »…
- Et puis te lance pas dans tes tartes à la noix…
- Entrer l’adresse IP 10.10….
- On va en bouffer pendant quinze jours de tes cochonneries brûlées…
- Etablir la connexion par la recherche de réseau…
- Il a fait ses devoirs l’autre petit con ?
- Voilà, vos ordinateurs communiqueront désormais…
- Bon qu’est-ce que tu fous ? j’arrive à Rueil, tu viens me chercher oui ou merde !

En rentrant chez moi, j’ai examiné l’ordinateur pour savoir s’il y avait un port merguez…
Mais non.
Les macs ne sont plus ce qu’ils étaient…

Bon, moi j’en ai un de mobile et ça me rappelle que je ne sais plus où je l’ai mis celui-là.
Je ne suis pas près de manger.
Bon appétit.

Fin de loup.

Publié dans #Angoisses

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