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Martin-Lothar

Les runes du loup-garou - Fragment n° 73

5 Janvier 2006 Publié dans #Runes

Classé dans la série : « Les runes du loup-garou »

J'ai trouvé ça au fond de ma tanière parmi les feuilles et les ossements:

Hommes, gens de poussières et de toutes façons, gens de négoces et de loisirs, gens des confins et gens d’ailleurs, ô gens de peu de poids dans la mémoire de ces lieux ; gens des vallées et des plateaux  et des plus hautes pentes de ce monde à l’échéance de nos rives ; flaireurs de signes, de semences, et confesseurs de souffles en Ouest ; suiveurs de pistes, de saisons, leveurs de campements dans le petit vent de l’aube ; ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde, ô chercheurs, ô trouveurs de raisons pour s’en aller ailleurs
Vous ne trafiquez pas d’un sel plus fort quand, au matin, dans un présage de royaume et d’eaux mortes hautement suspendues sur les fumées du monde, les tambours de l’exil éveillent aux frontières l’éternité qui baille sur les sables.

Ils m’ont appelé l’Obscur et j’habitais l’éclat.

(Alexis Léger alias Saint-John Perse, (1887-1975), Anabase I & Strophe II)

Note du loup : Voilà mon troisième Saint-Jean. Le second dans ma « trinité poétique » ; le premier étant Arthur, et le troisième… Je vous laisse chercher !

 

Bon sinon, Saint-John Perse, je crois qu’aucun poète n’a su manier la langue Française, le souffle, le verbe, mieux que lui.

ms2Ce qu’il y  de sidérants à la lecture de ses poèmes, c’est la prodigieuse tempête d’images, de lumières, de couleurs, de sensations, de saveurs, de parfums qui vous remplissent de suite le cerveau puis tout le corps.

Ce sont aussi, ces femmes toujours splendides et sensuelles et ces hommes chercheurs de tout et de rien ; ces animaux exotiques toujours impossibles même dans leur grande réalité.
Il n’y a pas besoin de voyager avec Perse : L’enfant amoureux de cartes et d’estampes pourra faire le tour du monde et visiter les îles les plus vierges assis simplement sur une caisse dans un port brumeux.
Et puis ce rythme grandiose, incessant, enivrant dans l’implacable enchaînement des vers…
Certes, ce poète n’est pas d’un abord facile : Il faut entrer dans son monde a priori obscur, ésotérique, mais une fois qu’on en a compris toutes les ficelles, tout devient lumineux, aveuglant même : « Ils m’ont appelé l’Obscur et j’habitais l’éclat »

Fin de loup

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Martin Lothar 07/01/2006 12:40

Je suis d'accord : Vents est vraiment le nec plus ultra de Perse. Ça souffle dans la cervelle ! J'aime beaucoup Amers aussi.

farf 07/01/2006 12:34

Je l'avais découvert enfant, dans les toilettes (!) de la maison familiale, en même temps que le Rimbe, et j'avais été happé par "Vents".

lewis 05/01/2006 22:42

Que Roxane ne t'ait pas collé le lien dix-huit fois de suite !

Roxane 05/01/2006 21:57

Je viens de tomber sur la note du 3 janvier du blog "A la recherche de l'absolu". Va voir, ça devrait te plaire. Je trouve ça beau et émouvant. Mais retouches il y a !!

Roxane 05/01/2006 21:52

Superbe extrait !