Martin Lothar (depuis 2005)

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Le musée du loup

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Mardi 21 mars 2006 2 21 /03 /Mars /2006 20:56

Ça commence comme ça, avec la main droite sur le clavier : Pim pim pim, pim…
C’est timide, hésitant, incertain.

C’est l’heure du goûter et l’enfant, à la fenêtre de la cuisine regarde en chantonnant le jardin se noyer sous une puissante giboulée de Mars.
Derrière lui, la grand-mère finit de beurrer une large tartine de pain noble ; elle y étalera bientôt la confiture de groseilles qui embaume sur la table, non loin du verre de lait chaud fumant.
Elle jette un œil en souriant sur le gamin qui se tortille d’impatience.
Elle sait bien ce qu’il attend : Il fixe anxieusement à travers le carreau le petit moulin de bois et de carton qui fut déposé le matin même dans la rigole au pied de la haie de troènes qui orne la cour.

La petite mélodie du clavier poursuit son thème, mais cette fois-ci de façon plus sûre, plus nette : Pim, pim, pim…

De grosses gouttes frappent le haut de la fenêtre et commencent leur glissade erratique le long des carreaux.
A la voix aigue de l’enfant se mêle bientôt celle de la grand-mère : Plus grave, plus sourde…

Sur le clavier, la main gauche effleure les touches de basses œuvres s’en mêlent en suivant, en accompagnant, en ombrant délicatement la jeune fugue qui s’étire :
Pim, pim, pom, pom, pim, pim pim, pom…

Dans la cour, la rigole se remplit bientôt et le flux parvient enfin à l’aube du moulin qui frémit.
La grand-mère dépose la tartine fine prête près de verre de lait et s’approche de la fenêtre car le grand moment arrive !
Alors que les voix chantonnantes de la femme et de l’enfant se mêlent tendrement, la roue du petit moulin commence sa révolution entraînant inexorablement toute une mécanique fragile et malhabile de rotules, de mandrins, de courroies et d’autres pièces multicolores.

Sur le clavier, le thème reprend une troisième fois, mais cette fois-ci, sans crainte, avec une vigueur indéniable, une fierté et un entrain irrésistibles.
Les aigus éclatent dans l’air comme des bulles ; les médiums, d’un seul coeur, leur emboîtent le pas ; puis viennent les basses qui, fermant la marche, balancent avec une précision feutrée la course de la plus belle et la plus universelle vibration harmonique jamais composée.

La roue du moulin tourne sous la pluie en vibrant d’allégresse ; la grand-mère et l’enfant éclate d’un même rire ravi.

Sur le clavier, la fugue se termine enfin dans la résonance d’un soupir d’archange
La beauté idéale et tant espérée est seulement esquissée…
Il va falloir attaquer avec ardeur la deuxième voie de la Montagne d’or…

Tel est l’aria des variations Goldberg composées en 1741 par Jean-Sébastien Bach (1685-1750) interprétées par le pianiste canadien Glenn Gould (1932-1982)
Cet aria sera décliné en trente variations qui à mon avis constituent une synthèse sublime de l’art de ce compositeur.

 

jsbach

 

Jean-Sébastien Bach (source Wikipédia)

 

Serait-il  puéril de penser que Bach est à la musique ce que Platon est à la Philosophie ou Thalès, Archimède, voire Einstein sont aux sciences ?
Il a tout mis en lumière et en ordre et nous offre une transcription musicale, rigoureuse, mécanique, algébrique ou géométrique de toutes les vibrations et harmonies les plus fondamentales de l’univers.
Cette œuvre doit son nom à un élève de Bach, Johann Gottlieb Goldberg (Montagne d’or) claveciniste du comte Keyserlingk qui, insomniaque, avait commandé une pièce à ces musiciens pour le distraire la nuit.
Bach composa alors ces trente variations formant ainsi la quatrième et dernière partie de sa Klavierübung (« exercices pour clavier »).

 

glenngould

 

Glenn Gould enfant (source Wikipédia)

 

Le pianiste génial, Glenn Gould, consacra une grande partie de sa vie à étudier les variations et en fit trois enregistrements où on l’entend chantonner en jouant.
Son jeu est le plus clair et le plus précis qui soit : Il est analytique, c'est-à-dire tout ce qu’il faut d’intelligence pour une œuvre de synthèse telles ces variations.
Cette œuvre semblait être pour Gould le pivot de toute la musique occidentale et c’est vrai que dans certaines variations, on sent poindre les Mozart, Beethoven, Schubert, Chopin ou Liszt ; ce dernier ayant transcrit pour piano ces variations composées à l’origine pour le clavecin.

Ah j’oubliais : JSB est né le 21 mars 1685, il  eut un ancêtre meunier et le mot allemand « Bach » signifie « ruisseau »

Fin de loup


Commentaire - Voir les 12 autres commentaires
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Commentaires

note de musqieu monsieur le loup !
Commentaire n°1 posté par Enn' le 21/03/2006 à 21h01
ennairam signifie "écrire dans le désordre"...
*soupir*
Commentaire n°2 posté par myrtille le 21/03/2006 à 21h12
je l'écoute en te lisant ...
merci
Commentaire n°3 posté par petiterenarde le 21/03/2006 à 21h17
Très belle note en effet, ceci sans oublier la chute déclinée en TROIS coïncidences. Notre Martin rayonne -que dis-je ?- explose de talent. C'est le printemps !
Commentaire n°4 posté par Bluemoon le 21/03/2006 à 21h40
Je suis sous le charme : on l'entend quand on te lit...
Commentaire n°5 posté par Roxane le 21/03/2006 à 23h33
"Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau.........Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur"
Commentaire n°6 posté par Doudou Janis le 22/03/2006 à 14h42
Une note un peu Bach-lée, moi je trouve. ;)
Commentaire n°7 posté par STV. le 22/03/2006 à 14h51
Si quelqu'un peut me résumer la note, elle est bien trop longue !
Commentaire n°8 posté par lewis le 22/03/2006 à 19h32
Gottlieb, c'est celui qui a écrit Idées Noires...
Zut, j'ai gaffé...
Quel manque de culture...
Commentaire n°9 posté par laouenanig le 22/03/2006 à 21h19
Inutile : tu n'as pas le son !
D'ailleurs, tu ne lis que les comm's !
Commentaire n°10 posté par Roxane le 23/03/2006 à 08h51
En défaisant tes cartons, tu trouves de jolies choses oubliées, tu les remets en lumière, c'est une bonne idée.
Commentaire n°11 posté par Berthoise le 15/03/2009 à 07h47
Je suis toujours remué à entendre les Variations. Je les aie toujours entendues, c'est la musique préférée de mon père. Il la joue tout le temps, à l'orgue et au piano.
Commentaire n°12 posté par monsieur le 05/07/2009 à 17h34
Monsieur : Vous avez un père musicien amateur de Bach ; vous êtes un bel artiste graphique ; de vos blogues, on ne peut que penser que vous êtes aussi un vrai poète. De quoi vous plaigniez-vous en fait ?
Elle est pas belle la vie ?
Réponse de Martin-Lothar le 05/07/2009 à 20h26
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