Vinification de l’ennui.

Publié le 1 Juin 2005

Classé dans la série : « Divers et d'autres saisons »

On dirait un titre de roman de l’autre pétasse…
Non, les filles, pitié pas de commentaires !
Je sais que vous l’adorez celle-là… Je sais.

Le loup s’ennuie souvent dans sa tanière.
L’ennui est cependant le meilleur ami du loup.

L’ennui se distille et c’est tout un art.
Il faut savoir distiller son ennui et les meilleurs bouilleurs de cru en la matière obtiennent un jus fabuleux.
Un nectar multi vitaminé,
Une liqueur de jouvence.

Un ennui non distillé – brut de forge - est un poison pire que l’arsenic
C’est l’ennui mortel.
Il fait chier tout le monde des vivants et après, celui des morts.
On soupire dans les chaumières et dans les cimetières…
L’ennui mortel, c’est quand on fait des choses en oubliant que l’on s’ennuie.

Il ne faut jamais oublier que l’on s’ennuie.
Et quand on s’ennuie, il faut le faire le plus profondément possible, avec force et conviction.
Sans dégoût.
La distillation commence alors.
Goutte à goutte, le petit jus sombre se répand dans la cuve sous l’alambic.


On peut le boire tout de suite, mais si c’est mal fait, il s’agit d’un tord-boyaux qui fait pas mal chier aussi mais de façon liquide et brève.

Si c’est bien fait, c’est déjà une petite boisson pétillante et goûtue à consommer le samedi soir en rentrant chez soi, bredouille,
la queue entre les jambes ou le zizi sous le bras, propre et sec et qui malheureusement sent toujours aussi bon qu’au départ.
L’impression de se faire chier tiendra alors bien jusqu’au lundi matin : ça occupe.

Le mieux c’est de faire vieillir le jus dans le bon gros tonneau de son inconsistance.

Un vieil ennui bien distillé avec un arrière-goût d’inconsistance est une splendeur.
On y ajoutera une pointe d’inutilité – ça donne un peu d’amertume mais pas trop - avant de fermer la barrique et la porte de la cave.
On pourrait y mettre aussi un soupçon de chagrin d’amour – pour le sel,
Une pincée de désespoir à suicide – mais mollo hein – pour le pimenté
Ou encore un petit cafard de vacances, pour le poivré du truc (entier ou râpé selon la saison)
Pas besoin d’ajouter de l’angoisse de la solitude, il y en a forcément suffisamment.

Laisser vieillir à l’ombre pendant plusieurs mois, voire des années.
Ne pas secouer le tonneau.

Le jour où la vie vous aura donné des dizaines de baffes en quelques minutes - Il y a des jours comme ça,
Prenez votre Graal favori (ou un verre Amora) et allez le plonger dans le tonneau à la cave.
Buvez…
Soupirez…
Et dites surtout :
« Mais qu’est-ce que je me fais chier dans ce monde de cons »
C’est la formule magique…

NB : Le « Mais qu’est-ce que je m’emmerde » est pas mal mais pas très puissant – Voir à l’usage.

Vous pouvez alors éventuellement roter.
Et aussitôt l’alambic s’emplit de nouveau.
C’est la distillation perpétuelle,
La source de cocagne.

S'emmerde qui peut

Fin de loup.

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