Singeries picturales et peintures humaines

Publié le 15 Juin 2005

Classé dans la série : « Divers et d'autres saisons »

La Galerie d'art Bonhams organise à Londres, le lundi 20 juin 2005, la vente aux enchères de 3 tableaux datant de 1954 et peints par le chimpanzé Congo.
Cet animal appartenait à l’ethnologue Desmond Morris auteur du « singe nu ».
C’est le type qui a taillé un short à l’espèce humaine en foutant son singe à poil.
Des œuvres d’Andy Warhol y seront également proposées.

Je ne serai certainement pas à Londres le 20 juin prochain – sauf si Tony Blair me propose de devenir le ministre de l’Europe de chez ZeQueen – mais je me permets d’avoir aujourd’hui une profonde méditation sur l’art dans tous ses états.

Méditons donc.

A cet effet, je contemple sans aucun parti pris ou politique – je le jure… Non je le promets- les quatre œuvres dont photos jointes :
  • Une peinture du susdit singe Congo,
  • Une croûte de Jackson Pollock,
  • Le portrait au rouge à lèvres fluo de Marilyn Monroe par le susdit Andy Warhol,
  • Une fresque des grottes de Lascaux peinte comme il a pu par un définitivement mystérieux inconnu qui ne nous voulait que du bien.

Mais quoi t’est-ce que je vais bien pouvoir bricoler comme conneries avec ça ?

Bon déjà, prenons le truc du singe :
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Apparemment, si on ne m’avait pas dit que c’était un chimpanzé qui a peint ça, je ne l’aurai pas deviné, ni cru, ni cuit.
On a vu pire comme délire et à vrai dire, ce n’est pas laid quelque part.
En tout cas, ce n’est pas plus moche et pas plus chiant que la chose de Pollock que j’aurai sans aucun doute choisie si on m’avait demandé laquelle des deux toiles a été « peinte » par un primate primaire de chez Degrézéro de la tribu des chimpanzés.
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Ces deux machins ont été faits dans les années cinquante du non regretté et feu siècle dernier, par deux cerveaux bien distincts et séparés par au moins cinquante mille ans d’évolution et de civilisation.

Au secours Darwin !
Désolé Montaigne, Voltaire et Diderot…
Mais c’est la faute à Rousseau.

Le singe a été payé dans sa monnaie, en cacahuètes sonnantes et trébuchantes et Jackson – Pollack pas Michael – en dollars rectangulaires et froissables.
Bon, je sais, il faut bien vivre dans ce monde de brutes et lutter sans cesse contre l’ennui et la pesanteur…
Il faut parfois faire une croûte pour la gagner
Et il vaut mieux racler une couche plutôt que les fonds de tiroirs ; même si on en tient déjà une sévère.
Mais on peut se demander si l’intérêt de l’art n’est pas aussi variable que le taux d’intérêt de l’argent qui a d’ailleurs toujours été à la fois son plus obscur chevalet et son chevalier blanc.
Et ce, dans une proportion souvent inverse…

Et puis, il y a la poupée de Warhol…
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Bon, il faut dire qu’Andy a été en quelque sorte l’Oscar Wilde de la peinture – un peu dandy Andy : Une sexualité variée et mouvementée, une oeuvre douteuse, mais un brillant et efficace agitateur des salons dortoirs des familles bourgeoises et bohèmes de la cinquième avenue du monde moderne et post soixante-huitard.
Et comparé à Pollock, quitte à faire n’importe quoi, il faut reconnaître qu’il a eu au moins la grâce d’avoir de l’humour et de ne pas prendre ses « clients » pour des caddies rouillés et tordus de chez Carrefour.


Et puis, il y a la fresque de Lascaux.
Le premier blogue de l’humanité…
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Un inconnu poilu, vermineux et laid comme un pou préhistorique, raconte sa journée de merde dans un monde de froid, de faim, de douleurs, où la concurrence des carnassiers était bien plus mondiale et bien plus sanglante qu’aujourd’hui.
Un monde effrayant, sans taxes, sans impôt et sans ministre de la culture !

Il raconte quand même…

Le clavier est dur, l’écran est rugueux et le pixel très instable.
Pendant que, dans la grotte du fond, sa Marilyn(x) dodue, crasseuse et ébouriffée accouche sur une peau d’ours puante, parmi les mouches et les tiques, de son quinzième enfant mort-né.
Il ne se doutait pas que son blogue primitif et minéral serait lu des millénaires après par une bande rigolarde des singes à poil et en vacances, par de grands démocrates abstentionnistes et râleurs, armés de caméscopes zélés et troniques, de travellers chèque en blanc de l’Union et de canette de bière recyclables à merci.
Je rote donc je me cultive… Tiens Chouchou, passe-moi donc une frite et un kleenex.

Un don de l’art pour les descendants du seizième lardon.

A l’époque, l’avortement était naturel mais hélas aveugle…
L’humanité a perdu un jour au loto.
Ainsi mon pauvre Darwin, mon pauvre Coppens, l’évolution des espèces voudrait que les singes peignent le beau, l’utile et l’agréable et que les hommes ne cessent de faire des singeries moches, graves et inutiles ?

Ce n’est certainement pas un singe qui a inventé la mine anti-personnel.

Ainsi va l’art mur pour les gens bons et les porcs US béés.

Fin de loup.

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