Dimanche 29 mai 2005
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19:06
J'ai voté !
Ah la la !
Quelle aventure !
Finalement je n'y suis pas allé en bermuda ni pieds nus.
J'ai retrouvé ma carte d'électeur : elle était à sa place.
Ainsi que ma carte d'identité.
Et le catalogue de la Redoute Automne Hiver 2003.
Par contre je n'ai pas encore retrouvé ALRTP de Marcel P.
J'ai donc emporté le catalogue de la Redoute ci-dessus déjà mentionné pour lire et me détendre dans l'isoloir.
Avant de prendre un décision.
J'arrive au bureau de vote.
Je pensai arriver dans un désert, genre Sahara, mais je me retrouve dans un Carrefour un jour de solde de la foire aux vins.
La foule.
Hurlante
Agitée
Mais pas de caddies.
Des gosses partout même sous les bureaux de votes.
Ils jouent à cache-cache
Est-ce bien légal tout cela mais bon.
Je m'en fout
Une queue par possible à chaque bureau de votre (trois)
Des queues donc dans tous les sens.
Une vrai partouze républicaine.
Je m'approche de la table d'entrée pour prendre une enveloppe.
Bousculade
Quinze personnes m'ont précédées.
On solde les enveloppes et les bulletins ?
Je sors mon portefeuille pour prendre les cartes de truc et de machin.
Dans le geste, j'extirpe mon bulletin "Zut..." qui tombe par terre.
Et disparaît sous le bureau.
Une petite main le ramasse rapidement et regarde...
Le gosse veut sortir de sous la table pour montrer mon Zut à son père
Il se cogne grave la tête.
Hurlement
Le gosse en pleurs se lève en brandissant mon Zut
Son père le lui arrache des mains.
Il va y avoir un mauvais quart-d'heure...
Où t'as trouvé ça ?
Le gosse se retourne vers la foule interloquée et inspecte les suspects.
Finalement il désigne une dame devant moi...
Ouf !
Mais on se croirait chez Outreau.
C'est à vous ce papier Madame ?
Je sens monter le malaise le scandale, le lynchage d'une innocente...
Je prends le partir de fuir.
Je suis un lâche.
J'ai honte.
Au passage et sans trop regarder je saisis une enveloppe et un bulletin.
Je ne vois pas si c'est un oui ou un non.
Un non ou un oui - Pour ne pas influencer le jury.
On verra dans la queue...
Je me rue vers l'isoloir et en même temps je glisse le bulletin dans l'enveloppe.
Aucun isoloir n'est libre.
C'est la folie ce référendum.
Ils ont peut-être tous appris récemment qu'il n'y avait pas de second tour...
Je prends la première queue venue - si 'j'ose dire.
Mais c'est la plus longue.
Il y a des jours où ça ne fait pas plaisir ce genre d'opportunité.
Coup
d'oeil (et de bol) - zeugme - la queue est celle du bureau 10 et moi je
suis titulaire à vie du bureau 9 où il n'y a personne.
Je saute vers l'urne funèbre n° 9 et tend mes cartes et mon enveloppe avec un sourire non dissimulé.
Le préposé prends les cartes et me rend l'enveloppe.
Il donne une carte à sa collègue et annonce mon matricule républicain.
Une troisième préposée compulse alors l'inquiétant registre des citoyens happy fellows.
Là-bas, le procès Outreau-Zut semble s'être terminé.
Mon Zut a dû partir dans une poubelle.
Ma carrière politique est finie.
Aux ordures.
Soudain, j'entends crier mon nom.
On hurle au loup.
Je frémis...
Puis on m'invite à insérer mon bulletin - ce que je fais sans attendre.
C'est rigolo de voter quand même...
Je vois tomber mon enveloppe à travers les parois glassnosk de l'urne.
Non sans une petite érection.
Alors là, je m'aperçois que je n'ai pas regardé quel bulletin j'avais mis trop rapidement dans l'enveloppe.
Maudit gosse !
Petit con !
Bon vas je te pardonne...
La fête est finie...
Je repars la tête basse, honteux, déçu, vidé.
Je ne saurai jamais ce que j'ai voté !
Je n'aurai même pas profité de la nostalgie d'un retour à l'école primaire.
Une fois de plus, je ne sais pas ma poésie...
Finis les touche-pipi...
Adieu Eric.
Je n'irai pas ce soir au Champs casser des vitrines et jouer du trombone.
Et il n'y pas de second tour dimanche prochain.
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire dimanche prochain ?
Fin de loup.
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Samedi 28 mai 2005
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19:21
Résumé des épisodes précédents - Voir plus bas : Je vais aller voter demain mais je ne sais pas quoi.
L'angoisse monte soudainement.
Le scrutin est maintenant à une poignée d'heures.
Allez hein, deux poignées et basta.
Comme je l'avais ourdi, j'ai préparé mon bulletin à moi avec écrit en gros :
Zut
A tout hasard si vraiment je ne me décide pas d'ici l'isoloir.
Faut-il que je rajoute un point d'exclamation ?
Zut !
Ou
alors trois petits points : j'aime bien les trois petits points, c'est
comme les trois petits cochons, les trois mousquetaires, les trois
mâts, les trois capitaines... Basta.
Oui, les trois petits points
c'est plus énigmatique : ça fait celui qui a réfléchi dans l'ombre et
qui éventuellement étendra sa main vengeresse si les autres ont voté
des conneries.
Zut...
Ou alors je mets autre chose.
J'ai écarté le merde d'emblée.
C'est trop français ringard.
Ou alors : " Je vous nique tous"
Oui mais bon après il faudra assumer... si je suis un vrai démocrate comme j'aime me l'entendre dire.
Et il y en a qui puent des pieds et d'ailleurs et d'autres qui sont complètement vérolés.
Non "Zut" c'est pas mal.
Bon d'accord, c'est un peu vieillot.
Mais bon, je ne suis plus un gosse.
Ceci étant, il va falloir que je retrouve ma carte d'électeur.
On est pas sorti de l'auberge Martin !
Parce que les bureaux de vote c'est comme les boîtes de nuit : on y rentre pas sans tatouage.
Bon c'est plus silencieux que les boites de nuit c'est sûr.
Et puis on n'a pas le droit ni de fumer ni de boire et encore moins de danser.
Oh tiens, j'aimerais bien danser avec les loups dans un bureau de vote, complètement à poil - le pied !
Où ai-je foutu cette carte ?
Remarquez je pourrais y aller avec ma carte d'identité.
Mais je ne sais pas où elle est celle-là non plus.
Non,
non, je ne suis pas un sans papier : de la paperasse c'est pas ce qui
manque chez moi : ça pousse comme le chiendent et j'ai la mauvaise
habitude de tout mélanger régulièrement dans un souci débile d'ordre et
de propreté.
C'est le genre de truc que je mets en marque page dans un bouquin çà.
Je regarde dans le Rimbaud mais non.
Que lisais-je à la dernière élection ?
Le catalogue de la Redoute peut-être.
Ce qui m'intéresse à la redoute c'est la rubrique slips et caleçons.
Il y en a de pas mal.
Mais il faut que je retrouve ce catalogue que j'ai certainement jeté dans une crise panique quelconque.
Sans avoir commandé de quelconque slip d'ailleurs.
Je ne commande jamais rien finalement.
Je suis sûr que demain pour aller voter je partirai en oubliant mon bulletin Zut.
On verra.
Fin de loup.
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Samedi 28 mai 2005
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14:33
Bon c'est pour tout ça (voir épisode 1, plus bas)
Mais qu'est-ce que je vais pouvoir voter demain?
Je suis dans la merde.
D'autant
que mon Nounours - qui regarde tout ce que je fais - vient de me dire
qu'en fait dans un référendum, il n'y a pas de second tour...
Donc les sondages finalement je m'en branle.
Je m'enfonce encore plus dans la chose.
Bravo l'Europe, on ne peut rigoler qu'une fois et il n'y a pas de roue de secours !
Mais l'autre dimanche qu'est-ce que je vais pourvoir bien faire ?
Donner un bain au nounours ?
ça dure pas longtemps...
Bon bref, c'est oui ou c'est non ?
Et si je votais Zut (comme Arthur - Arthur Rimbaud, pas Arthur Martin)
Il n'y a pas de bulletin de ce type mais mais je vais en faire un pour moi tout seul. Na !
Je verrai bien...
Tiens
j'irai à pied et en bermuda s'il fait beau (j'ai des mollets superbes,
j'en suis très fier et de très beau pieds aussi mais je ne peux quand
même pas y aller pieds nus...
Pourquoi pas ?
J'adore marcher pieds nus - on en reparlera...
Sur
le chemin de l'école - le bureau de vote est dans une école primaire -
c'est le pied (nu) d'ailleurs parce que j'adore les écoles primaires et
les votes c'est la seule possibilité pour moi d'y retourner sans
risquer de me faire engueuler par ce que je n'ai pas appris ma poésie.
La poésie à l'époque c'était pas mon truc
ça a bien changé : ça a quand même de bons côtés de vieillir.
Mes
trucs c'étaient Donald - non plutôt les maths, la balle au prisonnier
et le touche-pipi dans les chiottes avec mon pote Eric.
Il est mort le pauvre Eric...
La moto...
Une horreur, un carnage...
A faire vomir un vrai loup.
Un si beau gosse, joyeux, sympa et cancre comme jamais je n'en ai rencontré.
Il ne me touchera plus jamais le zizi...
On en reparlera d'Eric.
Bon, sur le chemin des écoliers, je réfléchirai (ça fait au mois une borne)
Et puis dimanche soir, quelque soit le résultat, j'irai sur les champs avec le trombone de mon grand-père et je ferai la fête...
Surtout si c'est le parti des Zut qui a gagné - mais là, vraiment aucune chance...
Il y a aura plein de Oui et de Non en liesse comme moi.
Un français c'est vraiment con.
On gueulera tous en choeur : "On a gagné, on est les champions"
On cassera tout.
Et peut-être que je jouerai au touche-pipi avec un CRS
On verra bien lundi.
Fin de loup.
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Samedi 28 mai 2005
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10:05
Demain 28 mai 2005, il faut aller voter au premier tour du référendum.
Les
vrais loups ne votent pas mais les loups-garous sont obligés d'être
démocrates - sinon ils ne seront jamais dans l'annuaire de Sciences-Po.
Il y a donc un référendum demain.
Il faut voter oui ou non à la question qui sera posée.
Je ne sais pas ce qu'il faudra voter au second tour... Ni au troisième d'ailleurs.
Cette
question est écrite sur un papier qui se trouvera (théoriquement) à
l'entrée du bureau de vote mais que j'ai déjà reçu par la poste avec le
texte de la nouvelle constitution européenne dont l'adoption est
justement l'objet du référendum ci-dessus mentionné (ouf)
Question préliminaire : Ai-je lu cette constitution objet du référendum ci-dessus mentionné ?
Réponse
préliminaire : Oui Monsieur le Commissaire européen, j'ai commencé à
lire mais ça c'est passé un peu comme à la recherche du temps perdu de
chez Marcel P. et je ne suis pas arrivé jusqu'au cinquième article -
Désolé mais j'ai eu une très grosse envie de faire caca et comme je
suis un peu constipé ces temps-ci, il vaut mieux pallier l'urgence de
toute les opportunités.
Pour Marcel P, je m'endors depuis dix ans à
la moitié de la première page... Il faut dire qu'il parle de sommeil
dès les premières phrases. C'est de sa faute quoi !
Je ne suis jamais arrivé jusqu'à la madeleine... Embouteillage...
Mais j'y arriverai je le jure.
Non je le promet seulement...
Puis après, je n'ai pas retrouvé le texte parce que chez moi c'est un peu le foutoir.
Remarquez,
j'aurai pu emporter le texte pour le lire tout en faisant caca mais
non, j'ai un trop grand sens de la démocratie et puis imaginez que je
n'ai plus de PQ...
Hein !
Bon !
Et alors ?
J'ai fais caca et ça fait du bien.
Non, je demandais ce que tu pensais de la constitution...
Ah bon !
Une
constitution qu'elle soit européenne ou planétaire c'est un peu comme
la déclaration des droits de l'homme et du loup : ça ne mange pas de
pain mais ça a le mérite d'exister.
C'est aussi un peu comme les
paragraphes écrits en tout petit sur le mode d'emploi de ton four à
micro-ondes où l'on te recommande - un peu fermement d'ailleurs - de ne
pas sécher ton caniche nain dans l'appareil sous peine de devoir le
nettoyer plus vite que prévu.
Le four, pas le caniche parce que le caniche est déjà brossé pour l'éternité.
Tu voteras oui alors ?
Oh
là Monseigneur le Commissaire européen, comme vous y allez ! Les
sondages disent non et comme je suis très con et très moyen comme
français, je vais réfléchir sachant que si je ne suis pas de l'avis des
sondages je ne serai jamais dans l'annuaire de Sciences-Po et je ne
serai jamais invité à Roland Garros ou au festival de Cannes. Alors là
mon pote tout doux STP !
Alors vous voterez non..
Non mais il
est con celui-là. Il est commissaire européen et il ne comprend rien au
français : Je me déciderai au dernier moment dans l'isoloir.
Mais avant de partir j'irai sur les sites de l'IFOP et de Science-Po.
Bon, de toute façon vous irez voter ?
Oui
Oui ? Vous allez voter oui ?
Non
! mais j'irai voter... et tiens, j'emporterai Marcel P. et j'en lirai
un morceau - mais pas la première page - dans l'isoloir et dans un
isoloir pas loin de tout le monde, un jour de référendum, ça présente
quelques dangers de lire Marcel P. : Mais j'ai toujours eu le goût du
risque et du scandale...
Suivez le loup.
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