Mardi 22 juillet 2008
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Pour icelles et iceux qui ne connaissent pas mes contes des spectres, je précise qu'il s'agit de nouvelles relatant les petites
histoires de petites gens filant dans les dédales de la grande Histoire.
Ce sont des textes intéressants (ou pas) qu'il convient de lire calmement, en les sirotant et surtout, en se gardant de commencer par la fin où apparaît la clé, la révélation de l'histoire :
sachez jouir de votre plaisir de lire.
Vous trouverez tous les autres spectres par un lien dans la colonne de gauche, tout en haut.
Vingt-sixième spectre (le taggueur)
Ainsi agit la nature où, parmi les forces les plus fortes, se trouve la sympathie universelle qui gouverne les actions à distances. (Umberto Eco, l'île du jour
d'avant)
Le vieux Cornélius était un con, mais en fait je lui dois une longue vie.
C’était sans doute l’homme le plus riche et le plus désagréable de la ville qui, reclus dans une énorme bâtisse, passait la moitié de son temps à faire suer une poignée de domestiques et l’autre
part à insulter et conspuer les gens qui avaient le malheur de passer sous ses fenêtres.
Il se plaignait de tout et de tout le monde et il harcelait les magistrats et les gendarmes en faisant des procès et des scandales à tout vent et pour les motifs les plus futiles ou les plus
consternants.
S’il fut marié et veuf un nombre incalculable de fois ce fut pour épuiser ses toujours très jeunes épouses avec son caractère de chien et des mœurs de cochon insatiable et pervers, mais Cornélius
n’eut qu’un fils unique, Maxime, qui du reste devint mon meilleur ami.
Mes ennuis avec Cornélius commencèrent le jour de mes vingt ans à l’aube devant sa maison où j’étais avec mon pote Jules en train de dessouler en riant et en chantant à tue-tête les pires des
paillardises.
Nous avions fêté cet anniversaire le jour précédant et toute la nuit en nous vautrant à baiser, à plaisanter et à boire dans tous les bordels et tavernes de la ville.
Nous étions sur le point de changer d’endroit pour aller cuver plus discrètement quand nous fûmes aspergés soudain par le contenu d’un pot de chambre que ce con de Cornélius nous balança ensuite
du haut d’une terrasse avec toute une bordée d’injures.
En d’autres circonstances, nous aurions sans doute déguerpi sans demander notre reste, mais ce matin-là, nous sentant très humiliés par l’infâme pissat de ce vieux machin aigri, nous répondîmes
de toutes nos forces à son jet et ses insultes par ce que nous connaissions de plus vulgaire et de plus offensant comme mots et comme gestes.
Cette engueulade dura bien près d’une demi-heure et nous partîmes enfin non sans avoir tenté de lapider le méchant râleur de tout ce que nous pouvions ramasser dans la rue.
Bien décidés à nous venger encore, nous sommes revenus les nuits suivantes pour déranger et provoquer le vieux qui cependant n’osa jamais descendre ou qui se refusa encore d’envoyer ses gens pour
en découdre et il continua inlassablement de répondre furieux à toutes nos invectives et à toutes nos injures.
Ce petit manège dura plusieurs mois où une fois par semaine au moins nous n’hésitions pas à renouveler le scandale jusqu’à nous en lasser pour ourdir enfin contre Cornélius de nouveaux
désagréments.
Ce fut Jules qui eu l’idée des graffitis obscènes et insultants à graver au fer ou au couteau sur le mur de façade principale de la maison de Cornélius.
Pendant des semaines et des semaines, nous nous sommes relayés pour presque chaque nuit rajouter une inscription en profitant d’un moment où nous savions que Cornélius était soit occupé à honorer
les fesses de sa dernière épouse, soit à se saouler dans sa cave et à force, la large façade en fut couverte ce qui le jour ravissait toute une foule de badauds hilares.
Autant nos écrits et nos signes étaient faciles à marquer au plus vite ; autant il était difficile de les effacer et nous savions que le vieux devait en baver de rage !
Un soir d’août enfin, nous décidâmes d’aller inscrire un ultime message pour ensuite laisser tomber Cornélius que nous jugions bien assez puni comme ça, mais hélas pour nous cette dernière fois
fut une fois de trop car le vieux nous tendit un piège qui devait sceller notre destin.
Alors que nous étions à pied d’œuvre et que je pissais contre un mur en face, une ombre surgit d’un coin de la maison et se précipita sur ce pauvre Jules qui était en train de graver la pire de
nos insanités.
Il y eut un grand cri et voyant alors que mon ami commençait à se prendre une raclée magistrale, je me précipitai pour lui porter secours et en m’approchant de l’agresseur, je reconnus tout de
suite le fils de Cornélius, Maxime, que je n’avais pas vu depuis des années.
Depuis qu’il fut soldat de carrière, Maxime ne revint jamais voir son père qu’il n’aima pas trop à vrai dire, et ma surprise fut grande de le revoir ainsi corriger mon pote Jules qui était déjà à
terre inconscient et sanglant avant même que j’intervienne.
J’apprendrai plus tard que ce Maxime, fils unique, en manque d’argent pour l’avoir trop dépensé en jeux, en beuveries et en sauteries, était revenu demander crédit à son père qui n’a pas manqué
en échange de lui demander le petit service de le débarrasser à jamais de nous et de nos gamineries.
Je sautai sur Maxime et le pris à bras le corps, mais d’un mouvement brusque, il se dégagea en me donnant un coup de coude dans la poitrine ; Je revins à la charge ; j’esquivai une nouvelle
attaque puis reprenant tout mon appui, je lui envoyai en pleine figure un coup de poing si violent qu’il décolla presque du sol pour aller se cogner l’arrière du crâne contre le mur et
s’effondrer enfin.
Je restai plusieurs minutes, haletant et abasourdi à contempler dans l’ombre les deux corps inertes de l’ami et de l’ennemi.
Je compris « hic et nunc » par intuition que s’en était fini de ma douce vie de fils de famille, de mon existence de garçon comblé, frivole et insouciant et qu’en moins d’une seconde mon destin
avait basculé dans l’horreur et le déshonneur.
Je constatai en effet trop rapidement que si Jules respirait encore, ce fou de Maxime était sinon déjà mort du moins à l’agonie et sur ce moment, j’ai paniqué comme jamais plus je ne le referai
de ma vie ou de ma mort.
La peur est bien les plus étrange et le plus ambiguë des ressentiments : Que l’on soit proie ou que l’on soit prédateur, elle vous épargne comme elle vous blesse ; elle vous trompe comme elle
vous guide et elle vous perd comme elle vous sauve.
Ce soir-là, cette foutue frayeur m‘avait saisi tout mon esprit et tout mon corps à m’en croire damné à jamais, mais je ne savais pas encore qu’elle m’avait déjà en fait éloigné du néant et de
tout pendant de longues années.
Je ramassai Jules et je le portai jusqu’à chez lui puis, je me précipitai chez moi où je réveillai mon père pour lui confesser tout le drame.
Cet homme, puissant, riche et intelligent que j’allais voir pour la dernière fois, me pardonna dans la seconde même un crime dont il aura dû sans aucun doute avoir du mal à se débarrasser de la
honte et de l’opprobre et il me conseilla de m’exiler dans une de nos villas située à quelques deux jours de marche de la ville en attendant que les choses s’apaisent dans le calme, la diplomatie
et pour le mieux du monde et de ses honnêtes gens.
J’adorais mon père qui me le rendait bien et c’est en pleurant qu’il me vit partir pour toujours vers mon étrange destin et c’est en chialant toutes les larmes de mon corps que je l’abandonnai
sans le savoir à l’épouvantable sort qui sera le sien.
J’étais reclus en ermite désolé et rongé depuis plus d’un mois dans cette maison de campagne quand un envoyé de mon père m’informa de la suite des évènements.
Bonne nouvelle, Jules était indemne et Maxime était plus vivant que jamais !
Mauvaise nouvelle : Ce Maxime avait perdu un œil de mon coup de poing et il jurait pas vaux et par monts à qui voulait l’entendre qu’il me retrouverait pour me tuer même s’il devait passer tout
le reste de sa vie à me traquer !
Ce messager me donna en outre de l’argent et des messages de ma famille m’enjoignant de gagner au plus vite la capitale où nous comptions de très bonnes relations et où je devrais me terrer en
attendant que Maxime se lasse éventuellement de sa quête de vengeance.
Cet envoyé me révéla enfin que mon chasseur n’était à quelques heures de ma planque que je devais fuir sur le champ !
Bien que rassuré sur l’état de mon pote Jules et aussi quelque peu sur celui de Maxime, une nouvelle peur me mit alors à la croisée des chemins : Pour rejoindre cette grande ville refuge, je
n’avais que deux routes aussi pénibles et dangereuses l’une que l’autre.
A l’Ouest le premier chemin s’enfonçait dans une forêt impénétrable bourrée d’impasses, de fauves et de brigands ; à l’Est, le second s’embourbait dans un marécage infâme qui était l’épouvante du
plus ancien des anciens de la contrée depuis la nuit des temps.
Je me suis dit alors que Maxime en excellent chasseur et visiteur du coin qu’il était, devait connaître cette forêt comme sa poche et qu’il pouvait tout autant redouter ce marigot du diable qui
devenait ainsi mon premier choix voire mon dernier salut.
Je partis donc incontinent et à pied vers l’Est, poussé par une panique de survie et porteur d’une simple besace pleine de bien des espoirs sinon de certitudes…
Monsieur le Scribe de ce Labyrinthe, avez-vous jamais mis les pieds dans un marécage ? Un vrai, un pur, un dur, un marécage primaire, pétri ; confit ; pourri d’eau, de terre, de gaz et du feu en
colle de tout ce qui vit ; bouge ; remue ; rampe ; grésille ; frétille ; plonge ; pousse ; pique ; suce ; croque ; avale ; enfonce ; chie ; rote ou meurt sur cette planète ?
Monsieur le Scribe de ce Labyrinthe, savez-vous que le marécage est le nid de nombreuses vies tout comme il est l’enfer et la tombe de bien d’autres, de tant d’autres ?
Monsieur le Scribe de ce Labyrinthe, savez-vous qu’un marécage qui n’a aucun chemin permis ni construit est bien le dernier chemin à prendre et que moi, pauvre de moi, je l’ai pris et même
emprunté sans rien dire à personne ?
Oui, je l’ai pris !
Je l’ai pris ce chemin du marécage et en moins d’une heure j’étais les deux pieds dans un piège qui m’aspirait tout le corps par un trou étouffant de sables mouvants.
Je ne pus rien faire sinon constater que j’étais happé par les tréfonds de la mort et de la gravitation.
Je ne pouvais m’accrocher à rien ; Je ne pouvais me reposer sur quoi que ce soit de consistant ou de salvateur : Je m’enfonçais inexorablement, petit à petit, de seconde en seconde,
inéluctablement…
Alors, j’ai crié ; j’ai rugis ; j’ai prié ; j’ai pleuré, mais seules les bestioles, toutes les bestioles les plus répugnantes de cet enfer sont venu m’entourer non pas pour me secourir, mais
naturellement pour festiner en aubaine de toutes mes chairs, de tous mes poils, de tout mon sang et de tous mes os.
Et j’ai continué à hurler et à maudire et quand j’ai eu de la merde au niveau de la poitrine, j’ai appelé mon père ; j’ai appelé ma mère ; j’ai appelé mon pote Jules ; j’ai même appelé
Maxime.
Oui j’ai même appelé Maxime pour qu’il me sorte de là !
« Maxime ! »
« Maxime ! Viens ! »
« Maxime, pardonne-moi ! Sors-moi de là, je t’en supplie ! »
« Maxime ! »
…
Et Maxime est arrivé.
Il avait un bandeau noir sur l’œil gauche ; il était couvert de sueur et de poussière ; il avait les jambes en sang et il ricanait bêtement.
Et moi, je m’enfonçais.
Il s’est agenouillé non loin devant moi toujours en souriant en sarcasmes et il m’a regardé m’engouffrer.
J’ai dit : « Maxime, sors-moi de là, s’il te plait »
Mais Maxime a continué à ricaner sans rien dire.
J’ai dit : « Maxime, sors-moi de là, je t’en supplie »
Mais il riait toujours.
Le soir tombait ; je coulais ; les moustiques vrombissaient de leur putain de musique ; Maxime riait et j’avais de la boue jusqu’au menton.
Alors j’ai crié en tendant vers lui un main : « Maxime ! »
Maxime m’a pris la main et il m’a sorti de là.
Nous sommes bien restés une heure tels deux cons, à nous regarder, face à face ; à nous demander lequel bouffera l’autre le premier.
Nous sommes bien restés une heure sur ce lopin marécageux à remuer en silence le pourquoi du comment sans nous entretuer et à sans doute pressentir le pire du pire qui de toute façon doit arriver
un jour.
Alors, Maxime s’est levé et il m’a dit : « Viens, nous réglerons tout ça chez nous »
Je me suis mis debout et je l’ai suivi des heures comme le dernier des esclaves jusqu’à ce que nous puissions nous coucher enfin sur une terre saine pour dormir.
Ce n’est pas la claire fraicheur de la rosée qui nous réveilla ce matin-là, mais une odeur suffocante de souffre et de brûlé.
Nous avons marché longtemps ensuite sous une pluie de cendre et Maxime paria pour un nouvel incendie de forêt qui égrenaient trop souvent nos étés.
Au pied d’une colline, nous nous accordâmes pour traverser un bout de cette maudite forêt afin de rejoindre la grande route qui nous ramènerait plus rapidement et plus sûrement chez nous pour
enfin nous expliquer en tout honneur.
Ce parcours de traverse fut pénible car souvent, toutes sortes des bêtes de toute taille folles de panique courraient de partout vers nulle part, fuyant un invisible danger.
Parvenus sur la grande route, nous rencontrâmes bientôt une nombreuse foule en déshérence.
Il y avait là de tout avec tout sur les bras, sur le dos ou sur les épaules : Des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants des chiens, des chevaux, des ânes, tous aussi hagards les uns que
les autres.
Ils nous dirent que ce n’était plus la peine de retourner chez nous.
Ils nous dirent que chez nous, il n’y avait plus personne de vivant ou de mort.
Ils nous dirent de venir avec eux.
Ils nous dirent qu’il ne restait plus rien de notre bonne ville de Pompéi.
Cornélius était un vieux con, mais je lui dois une longue vie.
Martin Lothar, le 22 juillet 2008.
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« Les premiers qui s'éloignent du bord avertissent que la glace plie sous eux, qu'elle s'enfonce,
qu'ils marchent dans l'eau jusqu'aux genoux ; et bientôt on entend ce frêle appui se fendre avec des craquements effroyables qui se prolongent au loin comme dans une débâcle » (Philippe de SÉGUR
(1780-1873) Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812)
En vérité je vous le dis, certains de nos bons savants nous prédisent aujourd’hui que le pôle nord perdra toute sa glace au milieu de cet été de l’an de grâce 2008 pour la première fois depuis
des millénaires.
C’est la débâcle, l’universelle débâcle !
Je vous affirme toutefois que sans glaçon au pôle, il ne faut pas pour autant en faire tout un pastis, mais réfléchir et travailler pour voir plus loin que ces mauvaises nouvelles qui n’en sont
peut-être pas.
A vrai dire, une telle débâcle d’été comme le prochain embâcle d’hiver ne seront ni les premières ni les dernières.
Notre bonne vieille planète, âgée de quelques cinq milliards d’années en a vu d’autres et des plus vertes, des moins mûres, des toutes aussi fumeuses et surtout des plus glacées.
Il fut un temps en effet où elle n’était qu’une énorme boule de neige (bâclée et embâclée) tournant bêtement dans la vastitude de notre système planétaire autour d’un soleil point encore
pubère.
Il fut un autre temps où elle n’était que chaos fumeux enfumé par les volcans et les météorites de tous les diables.
Il fut une époque où la vie naquit on ne sait encore trop comment ni trop pourquoi et où elle se propagea dans des conditions les plus extrêmes et les plus obscures sous le doux nom
d’archaebactérie
En ces temps, la terre n’était que d’eau et les dieux étaient des fumeurs noirs qui s’ennuyaient graves en s’admirant nuit et jour dans une glace primaire, dans un étrange miroir en abîme voire
en abysse.
Les mots « débâcle » et « embâcle » ont pour cœur le mot « bâcle » qui a pour racine le latin « baculum » (bâton)
D’autres penchent pour un emprunt au mot néerlandais. « bakkelen » (geler superficiellement, coller, attacher )
Une bâcle était un bout de bois ou une grosse poutre servant à fermer une porte et le verbe « bâcler » est un synonyme de « fermer » « boucler » ou encore « empêcher » mais c’est aussi un
homonyme du « bâcler » au sens de finir à la hâte un travail ou une œuvre.
Ne voyant pas très bien le rapport sémantique entre ces deux « bâcler », j’émet l’hypothèse que ce dernier a plutôt pour racine l’italien « basta » ou le français « baste » qui
signifient « suffire » mais bon, basta !
Notons aussi que si le mot « débâcle » est féminin ; son contraire « l’embâcle » est masculin et ne me demandez surtout pas pourquoi !
Le substantif « Banquise » proviendrait de l’ancien scandinave « pakkis ou pakki » (tas ou paquet de glace) sachant que le suffixe « -ise » ou « -isse » se retrouve dans «
l’iceberg » (montagne de glace) ou « l’Islande » (pays des glaces)
J’ai entendu dire que l‘Iceberg, ce monstre marin, cet animal en voie de disparition craque autant qu’il chante d’une longue plainte fascinante et inquiétante telles les légendaires ou homériques
sirènes.
Quant au mot « glace » il vient du bas latin « glacia » ou « glaciés » (glace, glaçon, dureté, rigidité)
C’est sans doute un embâcle puissant et glaçant qui chassât les Viking de leurs terres nordiques pour le faire rappliquer vers le grand sud anglais, irlandais, allemand, frison ou normand entre
l’an zéro et l’an mille.
C’est éventuellement, une belle débâcle qui leur permit de se porter vers le grand Ouest et d’y découvrir leur « Vinland » légendaire, mythique ou pas !
Le Vinland fut un peu pour les Nordiques ce que l’Atlantide fut aux Grecs ou aux Romains : Un autre monde sinon un nouveau monde.
Il y a une forte probabilité pour que ce nom de « Vinland » (terre des vignes – sauvages) désigne toutes les nouvelles terres découvertes à la fois par la glace comme par les Vikings d’Erik le
Rouge telle Terre-Neuve, le Canada, le Groenland, l’Island ou d’autres îles septentrionale à jamais englouties par les eaux ou cachées par les glaces.
Notre bon malouin malin Jacques Cartier n’aura donc pas été le premier ni le derniers des Européens à construire sa cabane au « village des cabanes » alias « Canada » ou encore « Stadaconé
» et enfin « Québec »
Tiens à propos, notre bonne ville de Québec fêtera le 3 juillet prochain le quadri centenaire de sa fondation : Il faudra jeudi que je me fende d’un ICul de circonstances, pour ne pas dire d’un
ice-cul !
Illustration : Carte (contestée) de 1434 faisant apparaître pour la première fois à l'Ouest le «Vinland » et donc probablement l‘Amérique. (Source
Wikipedia)
Fin de loup
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Vendredi 20 juin 2008
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Le savez-vous les gens de la France profonde de tout âge, sexe, poil et papier (faux ou pas), nos bons princes parisiens de tous bords et de tout anus s’exténuent en ces jours à changer réformer ripoliner taguer graphiter (1)
leur constitution.
J’écris « leur » constitution » parce que depuis l’an (dix neuf cent) quarante au moins, toute la France du camembert au pastis en passant par la moule frites, le tripoux et la chocolatine sait
que ce truc à la con n’intéresse visiblement que ceux qui en profitent, c’est-à-dire les susdits princes en HLM dorée de mes deux. (Parisiens, tête de chien ; parigots tête de veau !)
Mais bon, le Français moyen contribuable mort ou né subventionné sait si bien faire un fromage de tout hein !
Et le bon Français est si mauvaise langue en fait.
Tiens à propos de langue, certains de ces princes députés ont proposé un amendement à la loi constitutionnelle visant à « intégrer au patrimoine de la France » nos braves langues régionales
parlées ou écrites depuis la nuit des temps et même avant. Ces langues provinciales et paysannes de la franchouille en diable qui traînent encore dans certaines bouches cul-terreuses et en plus
sans papier et sans académie, les nulles !
Je pense que ces députés de notre belle assemblée « Nationale » (alias jacobino-parisienne & HLM réunis) ont leurs raisons de proposer ça et comme ils ont été élus démocratiquement médiatiquement, ils ont forcément raison de nos jours.
Entendant cela, nos bons vieux académiciens français ont subséquemment frisé la crise cardiaque pour ne pas dire l’embolie cérébrale et ont, d’un seul homme en quarantaine et en toute diligence
adressé une missive véhémente à notre insouciant parlement en l’enjoignant de ne pas tripoter avec une telle audace juvénile leurs vieille couilles de républicains royaux et académiques qui sont,
non seulement les seules choses qui leur pendent encore au nez, mais qui de plus restent leur plates-bandes poilues vérolées ou pas jusqu’à leur retraite perpétuelle pour ne pas dire éternelle et
même pas imposable.
Je rappelle aux cancres las du fond de la blogosphère qui ne se servent de leur dictionnaire que pour écraser les mouches vrombissant autour de leur slip caleçon kangourou ou d’autre marsupial que l’Académie Française est une « institution » créée en l’an de grâce 1635 sous le règne du bon et benêt
ci-devant roi Louis XIII à l’instigation de son énarque et ignoble conseiller le cardinal de Richelieu qui étaient prêtre comme moi je suis roi marxiste du Népal.
Mais bon, chacun sait qu’en France, les payeurs sont toujours de mauvais conseil et que les conseilleurs sont toujours bien payés et s’ils ne le sont pas, ils sauront toujours se payer sur la
première bête venue, foi d’animal.
Elle fut toutefois fondée cent cinq ans après le Collège de France (qui est un ramassis de cancres las banlieusards évidemment), mais elle était déjà inutile, prétentieuse et coûteuse cent seize
ans avant l’encyclopédie de Diderot, d’Alembert, Montesquieu, Rousseau, Voltaire et d’autres pignoufs de banlieue réunis hein !
Cette noble institution a donc aujourd’hui trois cents soixante treize ans et elle sait forcément de quoi et de qui elle parle.
Je pense que ces académiciens ont leurs raisons de défendre ainsi leur fromage pasteurisé, leur club et leur retraite.
Sur ce, un barde breton, bretonnant pour ne pas dire bretonneux émit l’idée sotte et grenue de dissoudre l’Académie Française.
Je pense que ce druide techno celtisant a toutes les raisons de parler ainsi, même s’il est aussi ringard et pitoyable que ces vieux qu’ont de l’âge académique.
Enfin, nos bons sénateurs qui ne ratent jamais un train et surtout leur première place de TGS (Train Grand Sénatorial) ou de TGV (Toujours Gras Vénéneux) ont signifié à nos héroïques députés
qu’ils pouvaient se foutre leur amendement linguistique et régional avec les épinards et le beurre des nouilles qu’ils auront toujours au cul.
C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité hein !
Il faut dire que ces sénateurs de la cinquième sont élus on ne sait trop comment par on ne sait trop qui et qu’ils font fort cher on ne sait trop quoi pour on sait trop qui !
Je ne saurai jamais à qui ils parlent et dans quelle langue.
Pendant ce temps, quelques uns de nos loupiots, prétendants bacheliers, planchent en option sur des langues extraterrestres ou exomartiennes tel que l’Occitan, le Corse, le Latin, le Basque, le
Picard, le Breton, le Grec ou l’Alsacien.
Ces braves jeunes sont vraiment déjantés hein !
Ils sont vraiment trop cons et trop jeunes pour ne pas comprendre que tous ces patois de merde n’ont absolument rien à voir ni à foutre d’Eve ou du vert Adam avec le beau, le grand, le noble
Français de l’Académie étatique, parlementaire, nationale, républicaine, laïque, démocratique, chrétien, médiatique et constitutionnel de pute et du même bois itou.
Qu’on les foute au chômage, privés d’IPod pendant cinq ans, na !
Ça leur apprendra à apprendre à taxer comme il faut en bon responsable français et à imposer tous les loups, les chiens, les ours et tous les moutons d’Europe, de France et de Navarre.
Qu’ils ne taxent surtout pas nos bergers princiers, les gens car ces êtres télévisuels sont intouchables comme la peste et en plus ils savent si bien tuer les ours préhistoriques (après avoir
taxé à mort leur peau vendue depuis des lustres à on ne saura jamais qui)
Ces guignols sycophantes, people, bling-bling et lucides savent aussi bien pisser et chier sur l’Europe qu’ils savent avec bravitude nous demander d’aérer et de parfumer après leur passage aux
chiottes de l’Histoire.
Je rappelle que la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (ou European Charter for Regional or Minority Languages en anglais) fut adoptée avec la convention européenne (ETS 148)
de 1992 (16 ans !) sous les auspices du Conseil de l'Europe.
A priori, à Paris, on ne l’a pas reçue cette Charte et même que le Conseil Constitutionnel de chez France a émis sans la lire (car pas reçue ou écrite en barbare) un avis défavorable à sa
ratification qui n’est donc pas votée à ce jour.
Ce conseil con et suprême français de mes deux à pleurer saura t’il exhorter nos beaux princes parisiens de mettre tout en œuvre pour nettoyer enfin le sous-sol breton de tant de saloperies
porcines et communautaires franchouillardes ?
L’Afrique a son SIDA comme l’Europe a sa France constitutionnelle.
Mais il n’y a plus de sou les gens : Ces cochons princiers démagogues et leur journaleux maffieux et syndicaux ont tout bouffé et ils faut bien payer la retraite des académiciens, des députés,
des conseillers d’état et des sénateurs maintenant et à l’heure de notre mort.
Et tant pis pour le thon rouge : Il peut crever ce con !
D’ailleurs, il ne parle même pas français ; c’est tout dire…
Je t’aime l’Europe et je ne t’oublierai jamais. (2)
(1) Tout le monde dit « taguer » au lieu de graphiter, mais il ne faut pas l’écrire sur votre blogue, vous risqueriez une taxe académique et
citoyenne aussi incompréhensible que le mot « graphiter »
(2) J’invite mes lecteurs à m’envoyer par commentaire la translation de cette phrase dans toutes les langues, patois, idiomes, jargons qu’ils pourraient connaître. (même dans
des dialectes exo européens hein !)
Illustration : Claude Gellée dit le Lorrain (1600-1682) Paysage côtier avec l’enlèvement d’Europe (1667) Huile sur toile (134,6 X 101,6) Collection royale, Londres.
Fin de loup
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Mercredi 28 mai 2008
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Pour icelles et iceux qui ne connaissent pas mes contes des spectres, je précise qu'il s'agit de nouvelles relatant les petites
histoires de petites gens filant dans les dédales de la grande Histoire.
Ce sont des textes intéressants (ou pas) qu'il convient de lire calmement, en les sirotant et surtout, en se gardant de commencer par la fin où apparaît la clé, la révélation de l'histoire :
sachez jouir de votre plaisir de lire.
Vous trouverez tous les autres spectres par un lien dans la colonne de gauche, tout en haut.
Vingt-cinquième Spectre (L’ami obscur)
Ce qu'on demande à un ami c'est son amitié et tout le reste on laisse à ses pires ennemis le soin de l'inventer. (Henri Laborit, Éloge de la fuite)
Les garçons n'arrivent pas tous au but parce qu'ils ont commencé trop jeunes. Alors il vient une heure qui est comme un immense désert entre le passé et demain. Il y a beaucoup qui sont perdus
dans le désert. Ils sont très malheureux, ils souffrent une abominable peine. (Francis Carco, Les Innocents)
Nous n’avions pas même dix ans quand nous nous rencontrâmes lui et moi.
Ce matin-là, nous nous assîmes au premier rang, côte à côte, sur le même banc de notre école où nous devions conserver cette place pendant deux années consécutives.
Dans le trouble de la rentrée, nous avons sans doute instinctivement suivi le vieil adage voulant que « qui se ressemblent s’assemblent » et en moins d’un jour nous étions devenus les meilleurs
amis du monde.
Car nous nous ressemblions comme des jumeaux tant de corps que d’esprit : Grands pour notre âge, mince, le visage pointu, intelligent et avenant, la même peau très blanche, la même coiffure en
cheveux plats et longs comme celle d’une fille.
J’étais aussi fort en thème, en Histoire et en poésie qu’il l’était en géométrie, en calcul ou en géographie et s’il me trouvait une faiblesse en Grec, j’avais quelques avantages sur lui en
sciences naturelles.
Bref, nous nous ressemblions en tout, pour tout et envers le monde entier !
Bien que nous habitions deux quartiers opposés de la ville, lui chez les bourgeois, moi chez les ouvriers, nous fîmes ce soir-là quelques pas de conserve dans une direction opposée à nos deux
domiciles pour échanger le plus de paroles possibles tant nous étions fervents et heureux de notre rencontre.
Les retrouvailles du lendemain furent radieuses et nous nous baptisâmes alors de surnoms que nous cessâmes d’employer : Moi, j’étais « éminence » car il me voyait plus tard en évêque ou en un
cardinal tonitruant des sermons grandioses et implacables dans toutes les cathédrales d’Occident ; lui était « le général » car il ne pouvait que mourir Maréchal de France, couvert de sang,
d’honneurs et de médailles.
Au fil du temps, notre amitié s’endurcit à tel point que nous avions beaucoup de mal à nous séparer ne fut-ce qu’une heure.
Quand nous n’avions pas école, nous tannions les adultes pour qu’ils nous autorisent à nous retrouver tout deux en chef d’une bande nombreuse de joyeux drilles dans quelque terrain vague des
faubourgs pour passer des journées entières à machiner des jeux épuisants ou des plans sur des comètes que seuls les enfants peuvent concevoir ou imaginer.
Et ce n’était alors que courses haletantes et effrénées dans les taillis ou les sous-bois par tous les temps et par toutes les lumières ; ce n’était que des comédies improvisées sur des thèmes de
fortune ou d’idéaux enfantins ; ce ne fut que des chasses incroyables pour des trésors de quatre sous ou de bouts de ficelles aussi vite perdus que retrouvés dans des rires complices et éclatants
de plaisir, explosant aux larmes du plus grand bonheur qui jamais plus ne sera.
La seconde année, on me permit souvent d’aller déjeuner chez le « général » et ce fut alors pour moi, quelque peu pauvre orphelin, tant un honneur, une joie qu’un étonnement de découvrir la vie
agitée, compliquée et profuse d’une grande famille soudée et comblée.
Je fus aussi invité parfois à dormir dans la chambre même de mon ami et si pour l’occasion on installait pour moi un petit lit d’appoint, nous nous endormions souvent dans les mêmes draps,
enlacés comme des amoureux, ivres de sommeil, de rêves, de futur, de lectures et d’aventures.
Hélas, notre monde ne se nourrit pas que d’enfance, d’îles au trésor ou d’eau douce et un matin de juin, ce fut le drame…
Mon ami m’annonça en effet qu’il devait quitter dans quelques jours notre ville avec armes et bagages pour s’installer à Paris où sa famille jugeait qu’il y avait là-bas une plus belle forge pour
son destin et pour celui de ses frères.
Je me souviendrai toute ma vie de cette journée où, au pied des remparts, assis sur une pierre au soleil, nous restâmes des heures l’un à côté de l’autre, à soupirer ; à pleurer ; à rire jaune ;
à sourire inquiétés et accablés et surtout, à pressentir l’effroyable silence de la séparation, de la solitude, de l’ennui, du vide abyssale de notre amitié à jamais dissoute et bientôt
oubliée.
Bien sûr nous promîmes, nous jurâmes de nous écrire tous le jours que Dieu fasse pendant des siècles et des siècles, et nous nous engageâmes à nous revoir le plus tôt et le plus souvent possible
tout en devinant un peu quand même que nos vies respectives ne seraient désormais plus toujours d’accords avec l’ardeur de nos jeunes rêves ou de nos projets amicaux.
Ce jour-là, à l‘angélus, sous le vol sombre et lent des corneilles, nous restâmes plusieurs minutes, de bien trop courtes secondes, l’un contre l’autre, enlacés, joue contre joue en tâchant de
mélanger au mieux nos esprits, nos souvenirs, nos espoirs, nos âmes, notre peine et nos larmes.
Je ne devais plus jamais le revoir.
Dans les mois qui suivirent nous échangeâmes une ardente correspondance qui bientôt devint sporadique et lapidaire pour s’éteindre enfin dans l’indifférence et la différence de nos destins et de
nos préoccupations quotidiennes.
L’éloignement comme l’adolescence dissout dans une négligence plus ou moins consciente les plus belles âmes et les affections les plus profondes.
Jusqu’à ma mort cependant, je n’aurai entendu parler que de lui : Il devint dans la gloire et la célébrité ce que je fus dans la médiocrité et l’anonymat.
Il fut un héros national, un père spirituel de son époque et de son pays, un gardien universel de la pensée et un enfant chéri de sa cité natale alors que je n’aurais été toute ma vie dans cette
même ville qu’un pauvre vers, mais pas luisant ni même reluisant.
On peut bien rêver son destin tant que l’on veut ; on aura tout au plus celui que l’on se forgera et que l’on mérite somme toute, jusqu’au dernier souffle, jusqu’à la dernière grimace ou l’ultime
sourire.
Après de bonnes études, je décidai de faire le séminaire pour entrer dans les ordres.
Quelques semaines n’auront suffi qu’à enterrer mes rêves de prélat et d’autre « éminence » et je fus affecté alors dans un collège lugubre et sale et tant que professeur chahuté d’un Latin que
l’alcool me fit bientôt plus ou moins perdre.
J’avais toujours gardé cependant le goût de la poésie et je composai des odes et encore des odes à la gloire de l’enfance et bel et bien toutes inondées des souvenirs de mon amitié avec le
désormais si célèbre et si glorieux « général »
Un jour, excité par le vin, j’envoyai à ce même « général » d’ami d’enfance un manuscrit de mes œuvres éternelles et sublimes afin qu’il se remémore de ma pauvre personne, mais surtout qu’il les
fasse connaître à tous les grands esprits qu’il fréquentait peu ou prou.
J’appris plus tard qu’à ce moment précis, la politique carnassière exilait mon grand homme d’ami dans une île étrangère et je n’ai jamais su du coup où mon colis parvînt ni dans quel caniveau il
fut jeté.
Le scribe du Labyrinthe m’apprendra que le « général » et moi-même mourûmes le même jour et pratiquement à la même heure.
Ceci fut le combat du jour et de la nuit…
Nos vies, nos destins comme le sort de nos deux cadavres auront été encore plus que différents : Alors que pleuré par une immense foule, il entrait pour l’éternité dans un glorieux tombeau, je
fus jeté comme une merde et en catimini dans une fosse commune de Besançon après que mes fossoyeurs aient empoché l’argent de ma concession.
Ceci étant, maintenant, tout ce que j’espère en spectre que je suis, c’est qu’un jour je puisse encore une fois, ne serait-ce qu’une minute seulement, un toute petite seconde, délirer d’amitié et
de bonheur avec le général, mon ami le « général », mon pote Victor Hugo.
Note : Notre Victor Hugo national, dont toute bonne ville française qui se respecte a une voie qui en porte le nom ; Totor comme je l’appelle était très doué pour
les maths et pensa même à 18 ans faire une carrière dans ce domaine.
Comme quoi nos plus grands rêves percent souvent des avenues dans les avenirs les plus inattendus.
La phrase que j’ai reprise plus haut : « Ceci est le combat du jour et de la nuit » furent les derniers mots de Victor, fils du « général » d’empire Joseph Hugo.
Martin Lothar, le 26 mai 2OO8
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Samedi 10 mai 2008
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16:45
Notre vie d’humain est une course trop brève et trop palpitante dans une sombre forêt d’adages, de proverbes, de maximes, de devises,
de dictons et d’autres sentences séculaires et ancestrales.
Le cancre las, techno ou pas et bien des érudits de banlieues confondront souvent les unes avec les autres et vice-vertu et
déclareront émettre un grand proverbe alors qu’ils n’éructeront en fait qu’un piteux dicton de nul terroir.
Car si à priori tous ces mots sont des synonymes cousinant comme une nichée de lapins duveteux, notre belle et riche langue française
les a pourvus chacun des nuances et des emplois les plus particuliers et distingués qui soient.
Or donc les gens, il sera temps et il sera juste ici et maintenant, aujourd’hui et sur ce blogue, de mettre enfin de la lumière dans
l’obscurité abyssale et de l’ordre dans la confusion débile et sidérale.
Telle est ma tâche et à cet effet, je pourvoirai ces nobles substantifs d’un ordre, d’une hiérarchie qui me plaît, parce qu’en mai où
je suis avec vous, je fais ce qui me plaît et vous n’en pourrez mais, ah mais !
L’adage
Si l’adage est le plus jeune de ces mots français car né vers l’an 1500, il est le plus grand, le plus haut de tous.
L’adage est foutrement civilisateur ; l’adage est constitutionnel en diable ; l’adage est d’un principe absolu et magistral sur tous
les actes vils ou braves, les coutumes, les droits et les devoirs des sociétés humaines ; l’adage est parole d’évangile, biblique, juridique, légiférant et de la plus haute justice.
L’adage est toujours antique et ancestral et il est bien souvent romain de la Rome du plus haut empire car sa racine est le mot latin
« adagium » (Qui veut dire adage, trop forts les Romains !)
Ainsi, l’adage : « Nemo censitur ignorare legem » (nul n’est censé ignorer la loi) ou « Nulla poena sine lege » (Pas
de punition sans loi) ou encore « Aucune loi n’est rétroactive » a permis pendant des siècles et des siècles aux justes de faire une nique grave aux affreux princes qui nous saignaient
de leurs corvées, de leurs impôts et de leur vanité sans fond.
Ces paroles de sagesse ont calmé bien souvent des hordes et tribus barbares ou pas pillant nos campagnes, nos greniers et nos caves à
vins sans vergogne aucune.
L’adage est donc Père du droit, de la jurisprudence et des lois et il aura toujours le dernier mot et sera enfin l’ultime et le
meilleur des recours (Ah mais !)
Le proverbe
Vient ensuite le proverbe qui naquit vers 1200 du Latin « pro » (pour) et « verbium » (parole – Histoire de causer quoi !)
Si l’adage est de haute civilisation, le proverbe quant à lui est de bonne culture bien de chez nous ou d’ailleurs.
Le proverbe est maintenant bien souvent national, linguistique, continental voire provincial.
Les proverbes chinois ou africains sont très à la mode car tous très savoureux et quantiques aussi, c’est vrai.
Ainsi : « Ce n’est pas parce qu’on dort dans le même lit que l’on fait le même rêve » est plus chinois tu meurs, voire
prophétique, même si on pourrait dire qu’il s’agit d’une grande maxime (voir ci-après) une maxime que devraient méditer tous les dormeurs et tous les insomniaques de cette planète.
La maxime
La maxime est quant elle de haute morale et à la fois plus universelle et individuelle.
Le mot est né vers 1300 et vient du latin « maxima » (grand, haut, élevé) et elle est aussi lapidaire et aussi claire qu’un cristal ou
que le plus transparent des diamants.
La maxime est instructive, éducative, patente, ancestrale, fabuleuse, permanente, légendaire, éprouvée, magistrale, simple,
historique, collégienne, lycéenne, maternelle et primaire à la fois.
Elle est bien souvent aussi basique, triviale, élémentaire, naturelle, instinctive et de grande survie qu’une bitte ou un
couteau.
Ainsi « on fait son lit comme on se couche » ou « un homme averti en vaut deux » ou encore « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » sont des maximes de
haute volée comprise par tout esprit toute âme de tout sexe, âge et poil.
On l’aura comprise : la maxime est très proche par exemple de la moralité qui ponctue toute fable de notre trop bon poète, maître Jean
de la Fontaine.
Le dicton
Et maintenant voici notre bon vieux dicton des familles qui est paradoxalement de tous les hôtes de ce vocabulaire le plus jeune car
il ne naquit que vers l’an 1500 du latin « dictum » (chose dite).
En effet, ce substantif exprime des choses et des faits les plus archéologiques et météorologiques qui soient et pour être paysan
enraciné jusqu’au cou dans sa terre natale, nourricière et tombale, il est bien en ces temps technos, futiles, stressés le plus sympa et le plus indispensable de tous !
Le dicton est cul-terreux, champêtre, campagnard, rural, rustre, agreste, bucolique, et pastoral en diable et en bon dieu réunis avec
tous leurs saints Glinglin et autres suppôts du bon terroir des enfers et du paradis !
Le dicton est au pâtis, à la basse-cour, au verger, au champ, au prè, à la haie, à la marre aux canards et au potager ce que l’adage
est à une assemblée constituante ou à la Cour de Cassation : La règle suprême, fondamentale et incontournable.
Même s’il se trompe de temps en temps hein !
On s’en fout s’il se goure de guerre, c’est le pépé qui parle là, nom de dieu de fouchtra de bordel de merde !
« Neige en août, Noël en décembre »
Que voulez-vous répondre à ça les gens ?
Rien ! Jamais rien ! Car même le premier des philosophes comme le dernier des énarques ou des agrégés de droit, de médecine de
philosophie, de physique ou le plus fou des mathématiciens ne peut qu’être admiratif et enfin coi de chez « Ferme ta gueule mon pote et prie » devant une telle vérité sortant à poil et
toute vénusienne de son puît de pastis ou de chablis, premier cru.
La devise
Le dicton est au gueux et au serf ce que la devise est au seigneur, au chevalier, au prince, au soldat, au clerc, au roi, à la cité,
au drapeau, à la cause, à la patrie, et enfin aux nations unies ou pas.
C’est vrai qu’une devise peut être aussi rigolote, aussi vraie et aussi stupide qu’un dicton, mais elle est toujours la justification,
la réclame, l’expression d’une marque, d’une fabrique, d’un honneur, d’un bonheur, d’un blason, d’une famille, d’une valeur, d’une cause, d’une volonté de vivre enfin et advienne que pourra
!
Le mot « devise » a des origines héraldiques des plus profondes racines qui soient dans nos terres ensanglantées.
Tous les dictionnaires les plus à jours vous diront que ce terme viendrait du mot « diviser » (en latin dividere) en rapport
d’ailleurs avec les divisions (fasces) de l’écu ou du blason, mais je pense qu’ils se trompent tous car pour moi la vraie étymologie est l’expression latine « de visu » (en voyant, en se voyant,
en allant se faire voir chez les Grecs ou autres) !
Verra toujours celui qui vivra !
La devise de la France est « Liberté, égalité et fraternité » ; celle de son drapeau bleu, blanc et rouge « Honneur et
patrie »
La devise de l’Europe est « In varietate concordia » (Unis dans la diversité – pas n’importe laquelle non plus hein, merde
quoi !)
La devise très quantique en diable du roi Louis XIV fut : « Nec pluribus impar » (non inégal à plusieurs) Trop fort, trop
européen et définitivement trop français ce mec !
Etc…
Tous ces mots ont d’autres synonymes sur lesquels je ne m’étendrai pas (Je vous sens bayer aux corneilles comme à Racine depuis
longtemps hein !) : Précepte, théorie, axiome, hypothèse, sentence, postulat, aphorisme, règle, loi, principe, théorème et le Verbe enfin !
Oui le gens, le Verbe ! Car si l’être est beau ; l’avoir est bien, le verbe agir est quand même vital voire de survie en toutes les
époques et en toutes les circonstances !
Enfin, je vous livre ma devise qui sera pour moi tout autant un adage, un proverbe, une maxime, un dicton, ma vie et mon verbe enfin
:
D’un vieux loup, qui a toujours faim,
On en verra la queue sans fin.
Fin de loup
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Samedi 3 mai 2008
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14:35
Pour icelles et iceux qui ne connaissent pas mes contes des spectres, je précise qu'il s'agit de nouvelles relatant les petites
histoires de petites gens filant dans les dédales de la grande Histoire.
Ce sont des textes intéressants (ou pas) qu'il convient de lire calmement, en les sirotant et surtout, en se gardant de commencer par la fin où apparaît la clé, la révélation de l'histoire :
sachez jouir de votre plaisir de lire.
Vous trouverez tous les autres spectres par un lien dans la colonne de gauche, tout en haut.
Avertissement
Ce spectre fut un maudit et un damné, une horreur enfin. Les lecteurs réputés d’âme sensible sont priés de bien vouloir
accrocher leurs lunettes comme leur cœur.
Je les aurai prévenus hein !
Vingt-quatrième Spectre (Un bourreau)
Tous les pouvoirs sont invités à confesser leur impuissance. (Patrice de la Tour du Pin, Une Lutte pour la Vie.)
Le plaisir d’obéir pousse l’homme à faire des rois et le plaisir de changer, à leur couper la tête. (Alexandre Vialatte, Dernières nouvelles de l’homme)
Mes parents étaient des gueux aussi stupides et aussi sales que les poules qu’ils s’acharnaient à élever entre deux disputes ou deux soûleries. Je les méprisais autant qu’ils me haïssaient et dès
que j’eus un poil au menton, je les abandonnai à leur crasse merdeuse pour les oublier à jamais.
Sur le chemin de ma fugue, je rencontrai un recruteur qui m’engagea aussitôt dans une armée en partance pour l’étranger.
Moins de deux jour plus tard, je tuai mon premier homme en le décapitant d’un seul coup d’épée.
J’avoue qu’après la surprise, j’eus une belle joie de voir ce corps sans tête basculer dans le néant en gerbant tout son jus de réséda.
Le sang humain est comme un jeune vin dont l’ivresse aigre-douce fait de l’agneau le plus doux le pire des bouchers.
En quelques semaines à peine en effet, je devins une bête de guerre qui n’eut de cesse toute la journée que de trucider en menus morceaux tout ce qui se dressait en face d’elle et même au soir,
j’avais beaucoup de peine à calmer ces ardeurs meurtrières à tel point que mes camarades me prirent vite en grippe après m’avoir surnommé « l’exterminateur » ou encore « le tripier »
Après cette guerre sévère, mais victorieuse nos chefs nous offrirent en prime un séjour dans notre capitale où pendant dix jours et dix nuits, je fis une rude bombance au frais de la
république.
Cent fois au moins je remis mon dépucelage sur le métier puis, après ces bons coups, j’explorai les antres et les bas-fonds les plus interlopes de cette cité pour m’enivrer à la vie et à la mort
avec la pire des racailles qui fut.
Bientôt je repartis en campagne dans un pays plus lointain où la sournoiserie et lâchetés des guerriers ennemis nous firent nous déchaîner comme des diables contre la population civile de tout
sexe et de tout âge.
Pendant six mois, ce ne fut que sacs, pillages, tortures, supplices, viols, et massacres impitoyables.
Je mis tant de zèle dans cette boucherie qu’un jour je fis même dégueuler un officier en lui montrant ce qui restait du corps d’un adolescent.
Mais on se lasse de tout, du pire comme du meilleur et me sentant quelque peu en quarantaine et donc en danger dans ce régiment, je demandai enfin ma mutation dans une unité moins «
opérationnelle » comme on dit dans l’armée.
C’est ainsi que je devins un sous-officier dans la garnison qui gardait la prison centrale de notre capitale.
Pour tout dire, je passais alors d’un enfer à un autre, mais ce dernier était plus subtil, plus calme, mais combien plus terrifiant aussi.
Cette prison était divisée en deux : Les sous-sols étaient réservés à la misérable lie de la criminalité tandis que les étages supérieurs enfermaient les délinquants dits « sensibles », riches,
intellectuels, renommés ou politiques.
J’étais affecté avec ma compagnie à la surveillance de ces bourgeois et autres personnalités bien intéressantes et divertissantes et qui décuplaient au moins notre solde minable en nous
gratifiant largement, sonnant et trébuchant, des maigres services que nous leur rendions pour agrémenter « leur séjour »
Je me fis ainsi vite une petite fortune avec des poignées d’herbes pourries à jeter dans une soupe infecte et je n’étais pas le dernier à exercer notre droit de cuissage sur leurs visiteuses de
filles, d’épouses voire de mères !
Les étages inférieurs étaient « sous la responsabilité » de l’être le plus ignoble que ce monde n’ait jamais engendré !
On le surnommait « la Gangrène » : Un personnage difforme, tordu, laid, gras, puant, verruqueux, velu, borgne, boiteux, pervers, cruel, stupide et insensible total qui régnait en maître absolu et
béat sur tout un peuple d’éternels suppliciés !
Quelque fut le sexe, l’âge ou le délit du malheureux prisonnier qui tombait dans les pattes dégueulasses de la Gangrène, il n’en remontait jamais vivant et en un seul morceau après avoir hurlé de
douleurs pendant des jours et des jours.
Pour l’avoir rencontré quelques minutes et pour avoir entendu toutes les rumeurs terrifiantes qui l’entouraient, j’avoue que moi-même, salopard d’entre les damnés, j’ai encore la nausée d’un tel
monstre.
Il y avait donc bien pire que moi sur cette terre et somme toute, j’étais heureux de ma condition jusqu’à ce qu’un jour, un officier général nous apporte un ordre d’exécution.
Il s’agissait d’éliminer le moins discrètement possible (je souligne) le prisonnier de la cellule n° 50 qui y croupissaient, malade et comateux, depuis plusieurs années.
Il faut dire que ce n’était pas n’importe qui : Il fut le général en chef d’un des plus grands ennemis que nous n’ayons jamais vaincu et soumis et, en dépit de sa maladie et de sa faiblesse, on
l’accusait encore de toutes les séditions et insurrections imaginables dans notre bonne vieille république corrompue et pourrie jusqu’à l’os.
C’est vrai que plus d’un des bourgeois de notre cité (prisonnier ou non) aurait élu roi voire empereur cet étranger moribond, rien que pour se débarrasser un temps de tous les rats puants et gras
à chier qui faisaient semblant de les gouverner en s’en foutant plein les poches depuis des décennies !
Le sujet était donc très sensible !
Surtout que parmi mes camarades gardes-chiourmes, beaucoup étaient de la race de ce prisonnier n° 50 qu’ils vénéraient et soignaient comme un dieu !
Mon malheur fut que le général précisa que cet ordre d’exécution émanait du plus haut sommet de l’Etat, du généralissime, du Grand Commandeur lui-même et que compte tenu des mes états de service,
j’étais désigné d’office comme bourreau !
Un grand soldat ne peut être tué que par un grand soldat !
Cependant, il ne fallait surtout pas que cette exécution soit attribuée à un citoyen de notre république et il nous fallut alors trouver un bouc émissaire parmi le peuple du condamné.
Nous ne cherchâmes pas longtemps car nous avions depuis quelques jours une jeune recrue de cette origine, un gamin d’à peine seize ans sorti toute frais de sa cambrousse et qui parlait encore mal
notre langue : Il était le coupable idéal pour être facilement accusé d’avoir puni sans ancien chef de sa défaite ou de lui avoir ainsi réglé quelques comptes ancestraux.
J’exécutai l’ordre sur le champ en gagnant furtivement la cellule n°50 où j’étranglai sans peine avec mon ceinturon le prisonnier qui dormait : La mort ne l’aura pas même réveillé.
Je fis ensuite appeler notre jeune soldat que j’assommai aussitôt pour lui retirer sa ceinture que j’enroulai autour du cou du cadavre.
J’appelai la garde et le tour était joué.
Le corps du prisonnier n° 50 fut enlevé le lendemain à l’aube et jeté discrètement dans un trou perdu en périphérie de la ville.
L’interrogatoire musclé du jeune soldat commença par le fracassement de ses mâchoires afin qu’il parle le moins possible et vers midi, nous apprîmes que la nouvelle du crime s’était largement
répandue dans la cité au point même qu’une sédition agitait déjà le quartier où vivait en majorité une population de la race de la victime.
Pour calmer le peuple, il ne nous restait plus qu’à livrer l’accusé aux émeutiers et je m’en chargeai moi-même afin que rien ne nous échappe, mais je dus assister au supplice…
La mort de ce gamin innocent d’entre les innocents fut longue, très longue et abominable. Ecorché et coupé vif en petits morceaux pendant des heures et des heures, ce qui resta de son corps fut
empalé sur un pieu dressé à la hâte dans une rue. Je suis persuadé qu’il vivait encore quand le pic sanglant lui sortit de sa bouche…
Ce sacrifice calma aussitôt la sédition et quelques jours plus tard tout était rentré dans l’ordre : Notre Grand Commandeur avait encore effectué un coup de maître !
Je fus grassement rémunéré de ce crime et cette belle prime ajoutée à ma solde et mes ponctions sur le dos des prisonniers me permirent quelques mois plus tard d’acheter une petite maison de
campagne où je me retirai heureux et comblé jusqu’à la fin de mes très vieux jours.
A ce stade du récit, le Scribe du Labyrinthe décèle une obscurité dans le récit de ce spectre et après quelques hésitations, ce dernier complète sa relation de l’exécution du prisonnier n°
50.
En fait, ce soir-là ce n’est pas un général quelconque qui débarqua à la prison : Ce fut le Grand Commandeur lui-même qui répondait ainsi à la requête adressée quelques jours auparavant par le
fameux reclus.
J’accompagnai le Généralissime jusqu’à la geôle et sur son ordre, je le laissai y pénétrer seul. Les deux hommes discutèrent calmement plus de deux heures dans cette cellule et finalement, le
Commandeur m’appela pour m’informer que le prisonnier suppliait qu’on le tue pour en finir avec la vie de merde qu’il avait désormais.
Le prisonnier me confirma cette supplique par quelques mots malhabiles et me demanda de le faire mourir immédiatement et le Commandeur me dit qu’il acceptait cette demande non sans tristesse.
En vérité je vous le dis, ce soir-là, j’ai vu pleurer le généralissime, le chef d’état, le premier des Romains, l’imperator Julius Caius Caesar tenant la main du roi gaulois Vercingétorix que
j’étranglais en chialant aussi.
Martin Lothar, le samedi 3 mai 2008.
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Vendredi 25 avril 2008
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19:07
Pour icelles et iceux qui ne connaissent pas mes contes des spectres, je précise qu'il s'agit de nouvelles relatant les petites
histoires de petites gens filant dans les dédales de la grande Histoire.
Ce sont des textes intéressants (ou pas) qu'il convient de lire calmement, en les sirotant et surtout, en se gardant de commencer par la fin où apparaît la clé, la révélation de l'histoire :
sachez jouir de votre plaisir de lire.
Vous trouverez tous les autres spectres par un lien dans la colonne de gauche, tout en haut.
Vingt-troisième Spectre (Une femme de ménage)
Les fenêtres sont faites de verre comme les miroirs. Mais quand on y appose de l’argent dessus, on n’y voit que soi. C’est pourquoi les pauvres sont souvent plus
gentils que les riches. (Alexander Mitscherlich)
Aussi l’honnête homme est-il l’ennemi commun dans cette ville. L’honnête homme est celui qui se tait et refuse de partager. (Honoré de Balzac, le Père Goriot)
Betty Moran naquit en 1840 dans une petite ville minière du Pays de Galles.
Elle perdit sa mère alors qu’elle n’avait pas douze ans et la remplaça dès lors pour les travaux ménagers comme pour préparer les repas de ses deux frères et de son père, tous les trois mineurs
de fond.
Cela fut pourtant de courte durée car en avril 1856, à la suite d’un effondrement de galerie, ces trois hommes ne devaient plus jamais rentrer chez eux et Betty fut forcée d’abandonner la
minuscule maison que la compagnie leur avait louée.
Elle se réfugia au domicile de Kent Galloway, son ami d’enfance qu’elle épousera un an plus tard.
Kent ne voulant devenir mineur en aucun cas, le couple décida de s’installer à Londres où ils trouvèrent assez vite un emploi : Elle, de petite main chez un tailleur et lui, de docker.
Malgré des salaires de misère, Betty et Kent vécurent heureux pendant quelques années et ils s’offrirent même un enfant, Jack, qui naquit en 1860.
Le destin de Betty devait encore basculer trois ans plus tard quand Kent, lui aussi un soir, ne rentra pas et il disparut à jamais. On supposa qu’il se laissa recruter par quelque compagnie
maritime pour servir de matelot sur un navire au long cours et ce, sans trop résister compte tenu qu’il rêvait souvent de voyager et de connaître ces colonies dont ses collègues lui parlaient
trop souvent.
Betty désespéra des mois et des mois puis, réconfortée et soutenue par ses amis, ses voisins et même par son tailleur de patron, elle parvint à remettre du sens dans son existence et elle se
résolut enfin à s’en sortir toute seule, cette fois.
Pour cela, en plus de la couture, elle accepta de faire quelques heures de ménage, tôt le matin et tard le soir, au profit d’un consortium bancaire de la City.
C’était épuisant et ce supplément la privait quasiment de son fils six jours sur sept, mais ça lui permettait d’éviter la famine et de garder pour domicile et pour abri une petite pièce sordide
et sombre.
Un soir d’octobre 1864, alors que Betty nettoyait le sol du hall d’une agence financière internationale, la tête de son balai heurta quelque chose sous un comptoir.
Elle se baissa et remarqua un gros portefeuille en cuir qu’elle n’eut pas de peine à ramasser.
Prenant garde d’instinct que personne ne la remarque, elle inspecta l’objet et l’ayant ouvert, elle découvrit qu’il contenait une véritable fortune en billets. Il y en avait près d’une
cinquantaine en grosse coupure et Betty se dit alors qu’elle n’avait vu de sa vie autant d’argent en une seule fois et qu’elle tenait sans doute dans ses mains, l’équivalent d’au moins cent ans
de son salaire !
Elle eut alors un moment d’hésitation : Soit elle empochait discrètement le portefeuille pour aviser plus tard de la suite ; soit elle signalait cette trouvaille au chef d’équipe.
Elle n’eut pas de mal à supposer que ce brave chef après félicitations sinon remerciements, se garderait la chose pour lui tout seul et aussitôt convaincue, Betty coinça furtivement le trésor
sous sa chemisette.
Elle rentra presque en courant, tant elle était troublée, affolée, effarée d’une telle aubaine et bien qu’elle n’eut jamais aucune religion, l’idée d’en rendre grâce au premier dieu venu lui
traversa plusieurs fois l’esprit sur ce parcours devenu très irréel.
Une fois chez elle, elle cacha le portefeuille sous son matelas et après avoir récupéré son fils chez la voisine et l’avoir couché, elle se jeta tout habillée sur son lit et se mit à réfléchir
sur ce qu’elle allait faire le lendemain.
Betty Moran Galloway dormit bien peu cette nuit-là car après avoir tiré les plus grands plans sur les comètes les plus merveilleuses les doutes l’assaillirent bientôt.
Et si tout cela n’était qu’un piège ? Et si quelqu’un l’avait aperçue empocher ce portefeuille ? Et si une enquête remontait jusqu’à elle ?
Elle n’était pas seule dans le hall au moment de la découverte et elle savait qu’on s’épiait bien souvent entre collègues aussi misérables les unes que les autres et que toute information pouvait
permettre d’obtenir des chefs plus de confiance, moins de rigueur voire quelque libéralité de toute nature !
A l’aube, Betty tira le portefeuille de dessous le matelas et l’examina : C’était un large marocain bien usé et même déchiré par endroits. Il avait sur une de ses faces des initiales qui furent
dorées il y a très longtemps, mais ne sachant lire, Betty ne les décrypta pas plus d’ailleurs que les écritures de deux ou trois autres papiers accompagnant les billets.
A l’heure de se rendre de nouveau au travail lasse et quelque peu terrifiée par ses doutes, Betty décida de porter le portefeuille au poste de police le plus proche de la banque en déclarant
qu’elle l’avait trouvé sur le pavé dans une rue adjacente. Avec de la chance, le propriétaire la récompenserait largement de cette honnêteté et ce serait toujours ça de gagné en toute quiétude
pour elle et son enfant.
C’est un homme d’environ cinquante ans, grisonnant de poil et d’allure très modeste qui sortant du bureau de police, s’effaça devant Betty pour la laisser entrer. Malgré son trouble, elle le
remercia de son plus beau sourire et se dirigea timidement vers le guichet où elle fut accueillie par un Bobby tout aussi aimable.
Elle lui remit le portefeuille et débita l’histoire de la trouvaille qu’elle avait apprise par cœur tout le long du chemin.
A peine, le policier eut-il lu les papiers contenus qu’il héla son collègue en faction pour lui demander de rattraper l’homme si galant qu’elle avait croisé en entrant : Il expliqua alors à Betty
que ce monsieur était le propriétaire du portefeuille et qu’il venait tout juste d’en signaler la perte.
Quelques minutes plus tard, Betty se trouva dans la rue aux côtés de ce monsieur qui la remercia avec chaleur et émotion et qui lui expliqua combien il était soulagé d’avoir récupéré cet argent
qui constituait toute sa fortune.
Il était venu la veille à cette agence pour monnayer une lettre de change envoyée d’Allemagne et qui représentait l’héritage de son père qu’il réclamait à sa mère depuis des lustres et des
lustres.
Il ne s’était pas rendu compte avant d’arriver chez lui que le fond de la serviette dans lequel il avait glissé le portefeuille fût éclaté et que le magot n’y était pas resté pas longtemps !
Il confia à Betty qu’il était très pauvre, exilé de plus de cinq ans à Londres avec sa femme et son enfant et que cet argent était une délivrance car il était pour lui la dernière échappatoire à
la famine.
Betty en entendant cela fit dans son esprit une croix sur une éventuelle récompense, mais bientôt l’homme sortit un des billets du portefeuille et lui demanda de l’accepter.
Elle ne se fit pas priée à vrai dire et elle le remercia de ce don appréciable, somme toute.
Ils échangèrent leurs noms et leurs adresses et l’homme l’assura qu’en cas de malheur, il ferait tout ce qu’il pourrait pour l’aider, elle et son fils Jack.
Ils se serrèrent la main et ils se quittèrent pour ne plus se revoir car Betty Moran Galloway continua sa modeste vie sans plus de bonheur ni de malheur et elle ne demanda jamais le secours de ce
Monsieur Karl Marx.
Martin Lothar, le 24 avril 2008.
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