Enfin de loup
Ce blogue (de sept ans n') est (pas encore) fermé.
Ce blogue (de sept ans n') est (pas encore) fermé.
Faut-il avoir la tête dans l’ECU pour péter l’euro ?
Note : Question tordue posée à des économistes d’expérience, sains, honnêtes, forts, souples, et sûrs d’eux, bref, à des économistes martiens. (Qui hélas, ne connaissent pas assez la langue du Frankistan pour apprécier mon ignoble et pervers calembour)
Fin de loup
« Le malheur véritable n’appartient pas à une famille ; ça n’appartient à personne ; personne ne peut s’en glorifier. S’il te tombait dessus, rien que d’en sentir le vent qui arrive, tu te mettrais à crier sans savoir si c’est toi qui cries ou une bête. Tandis que maintenant, tu parles tranquillement. Ah ! Les voilà les jeunes, avec le malheur, le malheur ! Attendez de savoir ce que c’est. » (Jean Giono, Deux Cavaliers de l’Orage)
Frères humains qui, par milliards, avec moi vivez, en vérité je vous le dis : ce matin, 11/11/2011 à onze heures, onze minutes et onze secondes,
j’étais à la fenêtre de ma tanière à guetter tout, sauf la fin du monde.
Je regardais au loin, comme tous les matins de mon petit monde, grignotant une tranche de pain d’épices au miel, et buvant un verre de lait, avant la première clope bien tassée et taxée.
Je ne guettais pas dans le ciel la descente de langues de feu, ni le surgissement de la terre des laves exterminatrices ou autres déluges.
Rien de cela.
Parce qu’à ouï-dire, ce moment précis, par ses signes numérologiques, aurait été le temps de la fin du monde, selon certains drôles d’oiseaux de tout augure, surtout publicitaire, sinon psychiatrique.
Rien de cela.
Que de la grisaille sur les toits : une fois de plus, les Cavaliers de l’Apocalypse seront tombés en panne sur l’autoroute…
Nous attendrons donc le 20 novembre (20/11/2011) sinon le 12/12/2012, le 20/12/2012 voire le 21/12/2012, mais ce sera déjà passé un très rude hiver, je vous le dis…
En vérité, je pensais à ces gamins d’Europe et d’ailleurs, qui, en 1911, regardèrent comme moi l’horizon d’un ciel et d’une terre plombés de tous les malheurs et de tous les bonheurs du monde.
À ces gosses, trop nombreux, échappés de leur campagne à jamais surpeuplée, qui dans des mégapoles encore et toujours en construction, ne savaient quoi faire de leurs deux bras désœuvrés.
Ces jeunes hommes vibrants vivants ne savaient pas encore que, trois ans plus tard, ils seraient jetés en tas, en masse, en grands troupeaux dans la plus infâme boucherie du monde.
En 1911, ces enfants de tout poil et de tout sang, ne faisaient qu’obéir bêtement à leurs seigneurs, leurs maîtres, leurs généreux généraux, leurs ministres, leurs gouvernants, qui étaient déjà les élites maffieuses, pourries, sycophantes, dispendieuses, traîne-savates, traîne-casseroles, démagogues, prévaricatrices, usurières, corrompues, fausses prophétesses, faignantes, fainéantes, simoniaques ; qui étaient déjà ces élites qui cent ans après, en 2011 de notre errance, ont toujours et à jamais, leur engeance, leurs patentes, leurs privilèges, leur place, leur fonction, et, in fine, tous les pouvoirs de vie, de loi, de justice, d’impôt et de mort.
Ces élites politiques ou intellectuelles, qui n’ont que le mot « démocratie » à la gueule et au micro et qui sont députés de père en fils, académiciens de mère en fille, sénateurs d’oncle en neveu, ministre de camarade en copain, bref, brigands de génération en génération et hélas, pour des cierges et des siècles, ah, mais.
Et ce seront ces enfoirés d’arrière-garde, mitrés, décorés qui, le 11 novembre 1918, signeront en toute gloriole un armistice qui, à la longue, se révèlera l’acte de décès de la France et quelque part, de l’Europe.
Et ce seront ces mêmes ordures de planqués qui, après de fausses pleurnicheries sur les millions de corps d’innocents ou pas, provoqueront, quelques années plus tard, par leur arrogance, leur mépris, et l’humiliation des vaincus (vae victis) le retour d’un nouvel holocauste dont ils ne cessent d’ailleurs de nous rebattre, en toute hypocrisie, en prime time et copyrights sonnants trébuchants de tiroir-caisse, les oreilles, les couilles et la foi, soixante ans après.
Pour preuve, lire ces Lettres Rhénanes, de l’indispensable Alexandre Vialatte, germanophile, traducteur de Kafka, véritable écrivain français, auvergnat s’il en fut, qui, trop jeune et imberbe pour avoir été poilu, participa à l’occupation de l’Allemagne de l’après 1918 où il perdit son âme et péta les plombs.
Comprenne qui pourra.
Et que l’icelle ou l’iceux qui aura visité un de ces cimetières de 14-18 et de la Somme, par exemple, et qui, en sortant, après avoir lu les noms, les origines et les âges sur les tombes n’aura ni remords de vivre ou du moins, des larmes aux yeux, aille se faire foutre.
Et que sont mes poètes devenus ? Pergaut, Péguy, tant d’autres ? Et Guillaume Apollinaire qui se sortit de ces infâmes tranchées, un trou dans la tête et qui ne sera jamais plus le même.
Et mon grand-père Henri, bouillant encore du sang bleu et vert des vignerons de Marly, de Charlemagne et de Guillaume le Conquérant et d’autres ducs de Bretagne et de Champagne, simple brancardier à Verdun, le meilleur des hommes m’a-t-on dit, qui revint indemne de cet enfer, sauf un tout petit point (poing ?) à l’estomac qui l’emportera enfin, doucement, très doucement, mais sûrement.
Frères humains qui, par milliards, avec moi vivez, en vérité je vous le dis : faisons tout désormais pour que notre monde ne devienne pas un enfer, à défaut d’un paradis maintes fois promis et auquel même nos morts ne croient plus.
En 2011, nous avons toute l’intelligence, la culture, l’expérience de nos ancêtres et les outils ad hoc pour gérer au mieux cet excédent de paires de fesses qui nous tombent sur la tête. La fessée (une vraie des familles hein !), d’accord, mais plus de guerre à la con. Promis ? (Oui, je sais, ce n’est pas dans la poche, je sais…)
Ce matin, 11/11/2011 à onze heures, onze minutes et onze secondes, j’espérais en fait qu’un de ces merveilleux rayons du jeune soleil d’hiver traversât cette grisaille automnale pour aller caresser la cime des arbres rougissants fiérots du bonheur d’avoir vécu jusque là, même tous nus de leurs feuilles, ou de ce cèdre pérenne, puissant des ses branches, des ses aiguilles et de sa sève, plus gros, plus vieux que la maison qu’il agrémente, ou encore, que notre star de Phébus vint s’accrocher aux sommets de pierres de quelque tour de Saint Maclou ou d’autre collégiale, fières de leurs neufs siècles toujours neufs.
Rien de cela. Hélas.
Ce sera pour la prochaine fois, sans doute, pour demain sans doute…
Illustration : Hieronymus Bosch (1450-1516 ?) Panneau central du triptyque de la tentation de Saint-Antoine (vers 1505)
Fin de loup
Je déteste le passé simple parce que le passé n’est jamais simple.
Le présent m’énerve, car je ne peux le maîtriser que lorsqu’il est déjà passé, vieilli, confit, décati, inutile enfin.
Le futur m’indiffère — surtout avec ses masques au subjonctif. Il n’existe pas. Le futur a toujours été un vieux con — comme moi.
Illustration : Francisco de GOYA Y LUCIENTES, 1746-1828, Les Vieilles (Que tal — Quoi de neuf ?), 1810-1812, huile sur toile,181 x 125 cm, Musée des Beaux-Arts, Lille, Europe.
Fin de loup
Le feu occulte de Charlie serait de l’hebdaube ?
Fin de loup
J’ai vin en canette ou amphore grecque ?
Fin de loup
Je continue ma saga sur l'art de faire l'œuf. Pour les cancres las qui se macdonaldisent obèses graves au fond de la blogosphère, je mets des liens au bas de ce billet vers les épisodes précédents qu'ils pourront ainsi consulter à leur aise et en toute rédemption, mais pas tout de suite, parce que je cause là de ma recette des œufs sur le plat.
Je ne sais plus dans quel roman de Simenon le commissaire Maigret, un midi, attentant sa commande, accoudé au comptoir de son bar-tabac préféré, sort brusque sa carte de policier pour intimer d’urgence au patron l'ordre de retirer illico la poêle du feu cuisant des œufs.
On voit par là qu'un flic peut avoir bon goût, car il n'est rien de plus dégueulasse gerbant que des œufs sur le plat trop cuits, trop frits, plâtreux du jaune et négrier du blanc sec cartonné.
Halte-là Patron : les œufs de tout poil, sexe, âge et horizon demandent toujours de la douceur, de la tendresse, bref, de la lenteur à la cuisson ! Ah, mais. Je vous aurai prévenus une fois de plus.
Toute bonne gastronomie exigeant des produits frais, votre premier geste sera d'aller chercher votre galline pondeuse professionnelle et pour ce faire, vous irez dans la salle de bains de votre appartement pour la dénicher de sa caisse paillée moelleuse. Vous en profiterez pour retirer la muselière de votre alligator préféré (le mien se nomme Nietzsche — c'est mon choix).
Notez bien que pour cette recette, je déconseille fortement les œufs de diplodocus. La raison principale étant que ces dinosaures sont très mal à l'aise dans nos baignoires modernes. De plus, les diplodocus s'entendent très mal avec les alligators, c'est de notoriété aussi publique et aussi antique que l'amour que portent les juifs aux Palestiniens et vice-vertu. Ils n'en démordront jamais, quoi.
Vous installerez la poule (ou le diplodocus, si vous y tenez) sur la table de votre cuisine et après lui avoir mis un petit panier sous le cul, vous mettrez devant ses yeux un tableau de maître (je conseille un Jérôme Bosch — une reproduction, même médiocre est amplement suffisante, ce n’est qu’une poule) ; vous mettrez ensuite une musique d’ambiance et de circonstance (je préconise « la Poule » de Jean-Philippe Rameau, mais attention, le morceau doit être joué au clavecin, car les gallinacés ne supportent pas le piano — ne me demandez pas pourquoi. Pour les dinosaures, je n’ai aucun avis.)
La poule étant une créatrice comme une autre, il est important que pendant son œuvre ovale elle soit émulée par d'autres beaux artistes. Si votre poule est jeune, il serait bon de lui déclamer en boucle, un poème d'Arthur Rimbaud : personnellement, je lui hurle le bateau ivre et elle adore.
Un conseil utile en passant, pour les heureux maîtres d’un alligator : par expérience, je sais que mon Nietzsche, quand, chaque soir, je le descends en laisse pour le faire pisser dans la rue, devient tout de suite et par magie plus tenable et convenable si je lui chante sur l’air de « viens Poupoule » des passages du Capital de Karl Marx (qui l’eut cru, hein ?)
En attendant la ponte d'autant d’œufs qu'il y aura de convives (deux œufs sont un minimum, sachant que ma grand-mère disait que plus de trois œufs attirent la mort, cette éternelle gourmande) vous pourrez graisser une poêle avec ce que vous voulez, mais que je déconseille celle de l’olive qui s’allie fort mal avec l’œuf — ce qui surprenant, car ils ont la même forme ou à peu près.
Puisque la cuisson sera lente, très lente, vous pourrez porter votre choix sur de l’huile de noix ou de noisettes et pourquoi pas, pour les plus en veines dégagées, sur de la graisse d’oie.
Une fois vos œufs pondus en nombre ad hoc, remettez votre poule à sa place dans la salle de bain en ayant soin, auparavant, de remettre la muselière de votre crocodile, car même s’il est encore rotant des reliefs gazeux du dernier voisins grincheux, cet animal ne pense qu’à se bâfrer de tout ce qui bouge ou pas (pour vous dire, un jour, même mon tube de dentifrice, pourtant zen parmi les zen, y est passé) Éteignez la lumière et fermez la porte après avoir relancé le CD des Pink Floyd (ma poule pondeuse comme mon reptile prédateur ne se lassent jamais d’écouter en boucle l’album « Atom Heart Mother », celui où il y a les vaches normandes sur la pochette et qui démarre par un bruit de moto sur fond de cuivres ténébreux)
Après avoir chauffé quatre ou cinq minutes la poêle, cassez y les œufs : rien ne doit grésiller hein ! Salez et poivrez mollo ; jetez une pincée de ciboulette et de persil ; ensuite, — très important — couvrez le tout et laissez cuire à feu très doux, mais pas trop, pendant quinze minutes au moins, selon vos ustensiles et la quantité d’œufs : surveillez et surveillez toujours les jaunes en soulevant le couvercle de temps en temps.
Il faut que les jaunes soient à la limite de la casse, encore un peu rosés et que les blancs, gonflés d’humidité, résistent à la spatule qui enlèvera le tout pour le porter dans votre assiette.
Il ne reste plus qu’à manger ce bonheur chaud en poussant à l’aide de morceaux d’une bonne baguette toute tiède des miches de la boulangère (ou d’ailleurs)
Variante paysanne
Les œufs adorent le riz ou mieux, la pomme de terre.
Vous pouvez déposer les œufs cuits sur le plat sur une galette de patates (frite dans son mélange aplati de pommes, de terre, de crème, d’herbes de tout poil et de champignons divers ou d’autres saisons). Râpez sur l’ensemble, de la truffe de chez Vrai et enfin, oubliez tout le reste en mangeant. (Un petit vin rouge, jeunet et clairet, de notre beau pays de Loire, par exemple, sera le plus savoureux compagnon d’une telle fortune.)
Variante bretono-savoyarde
Déposez les œufs sur une crêpe maculée de lardon et de fromage au lait cru, mais râpé. La bolée de cidre ou la grolle fera l’affaire,
en sus. N’oubliez pas avant de faire votre vaisselle, de signer la énième pétition demandant exigeant que le Mont Saint-Michel soit attribué à Mayotte (la Bretagne et la Normandie n’étant
plus ce qu’elles étaient, ma bonne d’âme).
Variante slave
Allongez les œufs sur un blinis de leur circonférence préalablement enduit d’une centaine de grammes de caviar béluga. Un bon champagne là-dessus et puis c’est marre (un Taittinger, Comtes de Champagne, Blanc de Blancs 1985 ne pourra jamais vous laisser indifférent, ne serait-ce d’emblée par son prix, mais c’est la fin du monde, oui ou merde ?)
Variante Martino-lotharingienne
Secret-défense impérial et lupin (Non, mais hein, oh !)
Quoi qu'il en soit, n’oubliez pas avant de vous coucher de dire à votre alligator de faire ses prières. (On ne sait jamais, des fois qu’il attrape la grâce…)
À lire ou à relire encore et en corps svelte :
Illustration : Diego Rodriguez de Silva y VELÁZQUEZ, 1599-1660, vieille femme cuisant des œuf, 1618, huile sur toile, 101 x 120 cm, National Gallery of Scotland, Edinburgh, Europe.
Fin de loup
Derniers Commentaires