To be Shakespeare or not to be William (1/2)

Publié le 3 Mai 2016

To be Shakespeare or not to be William (1/2)
« Même la vertu n’échappe pas à la calomnie »
(William Shakespeare, Hamlet)
 
Si l’on doit détruire un jour l’Angleterre, il conviendra de garder ces trois poids lourds que sont Stonehenge, Isaac Newton et William Shakespeare, sachant qu’il n’est de bon whisky que d’Écosse, de bon thé que de Ceylan, de rugby que de Gales et de sale temps que d’Irlande.
Cela étant, sous les pierres de Stonehenge, on retrouvera le roi Arthur, la reine Élisabeth, la Rule Britania et toutes leurs traditions et leurs trains en gare de Waterloo ou d’autres lieux.
Dans l’ombre de Newton se cache sans gravité une foule de savants sachant, de philosophes philosophant et d’excentriques aussi sympathiques que déjantés.
Sur la scène du théâtre de Shakespeare, s’animeront ce crâneur d'Hamlet, Mowgli entouré d’animaux de ferme, Frankenstein version 1984, Alice et son lapin pressé, Robinson Crusoé (mais seulement le vendredi), Robin des Bois d’Arc, Sherlock Holmes et son élémentaire Watson, des Lilliputiens rapides, Harry Potter et ses potes empotés et d’autres géniaux Peter Pan des familles qui, dans une mise en scène de Greenaway et dans des décors de Turner, Gainsborough, Constable, Blake et d’autres Millais, se mettront à danser sur des musiques de Purcell, de Haendel, de Britten, de Nyman,  ou des airs de Pingouins à café, de Scarabées coupés en quatre, de pierres roulantes ou encore de Flamants roses.   
Bon, tout ça pour rappeler qu’il y a quatre-cents ans, un 3 mai 1616 (de chez Julien, pas de Grégoire qui ne connaît que le 23 avril pour ce jour-là), mourait, à l’âge de 52 ans, un certain Guillaume Remulance, alias William Shakespeare, en sa maison de New Place, dans sa ville natale et néanmoins anglaise de Stratford-upon-Avon (Warwickshire).
On ne sait pas trop de quoi est mort cet écrivaillon minable, vain et peu connu, ni quels furent ses derniers mots (en anglais, of course), mais à ce dernier égard, on pourrait suggérer un opportun « all's well that ends well » (tout est bien qui finit bien), voire un quantique « much ado about nothing » (beaucoup de bruit — agitation —  pour rien) ou encore un énigmatique « as you like it » (comme il vous plaira).
Quand William Shakespeare naquit en 1564, la même année que Galilée qui tournait déjà et quelques semaines après l'envol de Michel Ange, le chirurgien Ambroise Paré avait amputé sa vie de 55 ans ; le poète Ronsard, avait 40 ans aux roses ; les musiciens Palestrina, 39 ans sur le dos et Claude Le Jeune si vieux de 34 ans ; Montaigne essayait ses 31 ans ; Miguel Cervantès qui rotait ses 17 ans ; Giordano Bruno brûlait de ses 16 ans, et le philosophe des gens bons, Francis Bacon, avait fumé 3 ans.
Notons de suite aussi que William est né cent ans après la disparition d’un autre poète  et sale gosse, à la fois françois et François nommé Villon (1431-1463) — j'en reparlerai dans la seconde partie — et que de plus, le papa de Falstaff est venu au jour cent ans encore avant la fondation d’une célèbre brasserie alsacienne située à Kronenbourg. 
Quand, à 34 ans, William écrivit (sans doute vers 1598) son célébrissime Hamlet, le musicien Monteverdi avait 31 ans ; le peintre Caravage et l’astronome Kepler en avaient 27 ; Rubens, 21 ans ; le compositeur Heinrich Schütz, 13 ans ; Hobbes avait 10 ans ; Georges de La Tour, 5 ans de nuits et de jours ; Nicolas Poussin ne savait pas encore dessiner une poule à 4 ans ; quant à René Descartes, il était encore loin de l’âge de raison avec ses deux printemps aux fraises.
Quand Shakespeare expira en 1616, à 52 ans, Cervantès au sang chaud avait disparu depuis 10 jours de moulin, à peine ; les peintres Van Dyck et Velasquez avaient 17 ans, soit un an de plus que leur excellent et chaleureux confrère Claude Gellée dit Le Lorrain et sept ans plus vieux que ces deux galopins de Rembrandt van Rijn et de Pierre Corneille aux corps beaux de 10 ans.
Molière sans proser sur le Jourdain et Blaise Pascal sans penser à son improbable brouette, ne viendront au monde que 6 et 7 ans plus tard et Jean Racine était encore dans ses graines de choux pour 23 ans.
Notons aussi, que notre Billy est mort cent ans après un certain autre hétéroclite de Jérôme Bosch (mais j’en recauserai)
Pour parler des puissants et autres princes de ce monde de 1616, Shakespeare avait pour roi Jacques Ier d'Angleterre, fils de Marie Stuart, successeur d’Élisabeth Ire, la dernière des Tudor, et l'époux d’Anne de Danemark (sans nul doute une cousine de you know who
Louis XIII, Richelieu, d’Artagnan et Anne d'Autriche régnaient déjà sur la France, et Matthias Ier, empereur du Saint-Empire Romain Germanique et roi de Bohême, se tapait le reste de l’univers.
 
 
Illustration : Sir John Everett MILLAIS, 1829-1896, Ophelia, 1851-52, huile sur toile, 76 x 112 cm, Tate Gallery, London, Europe.

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Épitaphes, #Shakespeare, #Histoires d'Histoire, #Le manuel de survie

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