ICul du poète sain et sulpicien par dessus le marché

Publié le 10 Juin 2015

ICul du poète sain et sulpicien par dessus le marché
Frères humains qui avec moi vivez, en vérité je vous le dis : les poètes n'ont pas disparu et ils ont même leur marché comme l'or, le pétrole, les puces, les fleurs ou les pardessus.
Le marché de la poésie se tient en effet tous les ans, place Saint-Sulpice, en plein cœur du Quartier Latin de Paris (7-5, île de France, France, Europe, hémisphère nord, planète Terre, Système Solaire, Voie lactée, Univers et plus grand, je ne sais pas).
Le 33ème du nom et du genre se tiendra du mercredi 10 au dimanche 14 juin 2015.
Il est accessible à tout un chacun, même s'il n'est pas un poète saint, sulpicien ou Germain et il s'y agit surtout d'acheter et de vendre des livres de poésie.
Moi, je trouve que c'est une belle institution que ce marché voué à un art des plus anciens, vénérable, noble et difficile qui a trop tendance à se perdre et qui est souvent mal moqué, voire ridiculisé par nombre de ces modernes et médiatiques Trou-ducs techno-bidulés qui gavent nuit et jour nos cerveaux délavés de leurs sornettes à deux balles.
C'est la poésie — cette alchimie du verbe — qui fait et défait une langue et bien plus et bien mieux que la meilleure académie et si vous ne me croyez pas, demandez à François Villon que vous croiserez peut-être sur ce marché, sachant que toute sa vie, il habita pas très loin, rue Saint-Jacques, à deux pas de la Sorbonne, du Collège de France & de Navarre et donc de la place Saint-Sulpice.
Bon d'accord, le Villon n'était pas vraiment ni sain, ni saint (comme disait John Perse), ni sulpicien et il a eu toujours beaucoup de mal à vendre ses vers (même au cimetière des Innocents), mais comme Rimbaud et tant d'autres poètes, c'est bien lui qui continua à fixer le français tel qu'on le parle, qu'on l'écrit et qu'on l'entend de nos jours (de pire en plus mal diront les plus grincheux).
Bref, les poètes seront toujours d'avant garde, n'en déplaise à un trop grand nombre de nos jeunes romanciers de tout sexe et de maintenant tous aussi ringards que baudrucheux (ou baudru-chics ou encore baudru-chiques, chiquet comme on voudra)
...
Le mot « sulpicien » aurait été créé avec rage et mépris par le « charmant et doux » Léon Bloy pour désigner un style naïf et sans grand génie ou talent (pour l'ornement des églises surtout) et il peut parfaitement s'appliquer à mes iCuls ridi-cules.
Tiens à propos :
 
allons voir le poète à Saint-Sulpice
lui ne sent ni la pisse
ni l'hospice
 
 
 
Illustration : Henri FANTIN-LATOUR, 1836-1904, Un Coin de Table, 1872, huile sur toile, 160 x 225 cm, Musée d'Orsay, Paris, Europe.
Assis, de gauche à droite : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Léon Valade, Ernest d'Hervilly, Camille Pelletan. Debout, de gauche à droite : Pierre Elzéar, Émile Blémont, Jean Aicard.
 
 
Fin de loup
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Théophraste 13/02/2016 13:02

Vos textes, un savant mélange d'érudition littéraire, d'ironie mordante, de drôlerie, voire loufoquerie de qui ne se prend pas au sérieux tout en l'étant, me font rire, me renvoient à des références que seule aujourd'hui une petite "élite" (le mot est inconvenant) est encore en mesure d'apprécier. J'y reviendrai de temps en temps car ils parviennent (et le mot sera fort) à m'enchanter !

Memento Mouloud 12/06/2015 16:06

D'ailleurs il ne s'est pas entendu avec Charles d'Orléans le bon François où il y eut comme un malentendu

Martin-Lothar 13/06/2015 22:48

D’après ce que j’ai pu lire là-dessus (les sources sont rares hein) il y aurait eu plus qu’un malentendu : Villon (et Pet-Au-Diable & Cie) aurait été un militant très actif du parti anglo-bourguignon parisien et en sus, un peu hérétique sur les bords (Jean Huss n’est pas loin…) Et puis beaucoup de jalousie aussi. Quand on lit les poèmes du concours de Blois (y compris ceux du grand Charles) il est certain que notre pauvre petit écolier a niqué profond la galerie sur toute la ligne et il fut vite viré à coup de pied où vous savez. Après, entre quelques séjours en prison, il serait allé rejoindre la cour du duc d’Anjou où il aurait été pas mal reçu. Le problème est que là-bas, c’était du genre hippie-baba-cool Bisous & Berger-Bergère à pleurer d’ennui.
Il est alors rentré à Paris où ses puissants protecteurs avaient été déjà mis en prison par le roi de France qui, petit à petit et de loin, reprenait possession de sa capitale. N’oublions pas que François Villon est né (Paris ou à Pontoise) en pleine guerre de Cent-Ans et l’année même de la mort de Jeanne d’Arc. Forcément, ces circonstances ont marqué quelque part un esprit un peu plus éveillé que les autres…