La louve, Valentin, Pan, les vierges et les deux Esus

Publié le 14 Février 2015

La louve, Valentin, Pan, les vierges et les deux Esus
Je sacrifie à ma manière à la fête de Saint-Valentin (ou plus exactement des Lupercales), dans la mesure où je pense que c’est l’ultime reliquat, la seule tradition, la vraie fête de l’Occident — et n’en déplaise à feu maître Philippe (Muray, pas Lebel)
Je réédite en effet un billet de ce blogue, daté du 18 février 2008 (voir lien ci-dessous), concernant ces trop mal-fameuses Lupercales de nos deux.
J’ai changé le titre (le loup est devenu la louve, parce qu’une vénérable louve de ma meute vient de claquer hier, dans sa quatre-vingt-dix-septième année et qu’elle était chouette, spirituelle et belle et que j’en suis tout stressé du coup).
J’ai rajouté aussi ce sycophante de Valentin de sa race, et puis j’ai mis Esus à la place de Jésus parce qu’au bout du conte, voire du compte, c’est de la même géniale et divine foutaise.
Que tout cela ne vous empêche pas de bander et d’aimer (bande de cancres las !) :
 
En novembre 2007, des archéologues italiens firent une découverte fortuite sur le mont Palatin : une vaste cavité, manifestement oubliée de tous, se révéla sous le palais de l’empereur Auguste en plein cœur du « Germanum » la partie la plus sacrée du mont, et donc de Rome.
Après le percement de la maçonnerie constituant la voûte, une caméra fut introduite et l’on a pu apercevoir l’intérieur d’un hypogée de 6,56 mètres de diamètres et 7,13 mètres de haut.
lupercale.jpg
Les parois de cette chambre sont décorées de dessins de coquillages de mosaïques et de fresques géométriques avec un aigle blanc peint sur un ciel bleu au plafond.
D’après son ornementation, cette grotte à l’origine naturelle aurait été aménagée et embellie, pour la dernière fois du moins, sous Auguste, au premier siècle avant [après] Jésus-Christ [que cet homme ait existé ou pas]
Les archéologues pensent avoir enfin découvert le fameux « Lupercal », c'est-à-dire la tanière où, selon la légende, Romulus et Remus furent nourris et sauvés par une louve.
 
Je rappelle aux cancres las qui se rongent les ongles bêtement au fonds de la blogosphère que ces jumeaux qui fondèrent Rome étaient les fils d’un roi du Latium et de la vestale Rea Sylvia qui, pour les protéger des manigances de leur oncle, les livra tout bébé, tel Moïse, à la fortune du Tibre.
Le couffin s’échoua sur la rive du fleuve au pied du mont Palatin, dans les racines d’un figuier et fut découvert par une brave louve qui venait se désaltérer.
L’animal emporta les enfants dans cette grotte – une sorte de crèche hein ! — et les allaita jusqu’à ce qu’un couple de bergers (Lupa et Faustulus) les recueillent pour les élever en pâtres comme leurs propres enfants.
On connaît la suite : Romulus se baffa grave avec son frère Remus qu’il tua tout juste après avoir fondé la ville tout comme Caïn (le paysan sédentaire) tua Abel (le berger nomade) au sortir du paradis.
Ça, c’est la légende officielle hein !
 
Derrière ce conte à dormir debout sa cache toutefois un vrai mythe du tonnerre de Zeus qui traverse telle une lance spartiate plusieurs siècles de notre histoire, de la Grèce à Rome en passant par la Crète, pour scotcher aujourd’hui encore quelques traditions bien connues.
 
Car Remus et Romulus étaient les fils du dieu Mars (Arès) himself qui toutefois les laissa tomber dès leur naissance !
Si, si, je vous le dis comme je le sais de mémoire de loup patenté et authentique.
 
Leur destin fut brodé en fait par une autre divinité, hors du commun celle-là, que d’aucun sorcier, enchanteur, mage et autre prêtre de l’Obscur et de l’ésotérisme s’accorde à reconnaître pour le vrai Diis Pater (le père de tous les dieux), le dieu unique à multiples avatars, le plus ancien et lointain de tous : Le Grand Pan !
Waouh ! Notre histoire se complique là hein !
Surtout que quand on évoque le Grand Pan (le Grand Tout), il faut parler de l’Arcadie et du mont Lykaos (la montagne du loup), mais ça nous entraînerait un peu loin – et bien au-delà de la Grèce, savez-vous – et ça sera le sujet d’une autre note palpitante.
 
Toujours est-il que c’est bien le Grand Pan qui présida à la fondation de Rome à travers un dieu nommé Faunus (le faune) ou encore Lupercus !
Faunus ou Lupercus était le dieu des troupeaux, des foules et des bergers, un être mi-loup, mi-bouc, qui rendait les femmes fécondes et protégeait les maternités. C’était le dieu des générations en quelque sorte.
 
On ne sait pas très bien ce que signifiait « Lupercus » mais dans ce mot il y a évidemment la racine « lupa » (louve) et certains le traduisent par « celui qui écarte les loups » en lui donnant ainsi la même signification que « Lycurgue » (un des plus grands et étonnants rois de Sparte et d’ailleurs même, de toute l’Antiquité) (1)
 
Lupercus était le sujet d’un culte très primitif et particulier à Rome, dans la mesure où ses sectateurs n’étaient composés que des jeunes hommes rejetons des familles fondatrices de la ville et que l’on appelait « les Luperques »
Tous les ans, le 15 février (2) fête des Luperques ou des Lupercales, ils se réunissaient dans la grotte de la louve mère des jumeaux (le Lupercale enfin retrouvé ?) pour se purifier selon un rite ultra secret, cela va sans dire ; pour enfin s’éparpiller dans les rues de Rome, tous nus et tous bronzés, armés de lanières de cuir avec lesquelles, ils poursuivaient et fouettaient toute jeune vierge qu’ils pouvaient rencontrer.
C’était là une manière de favoriser la fécondation des jouvencelles qui incontinent, le soir même « passaient à la casserole » en faisant des galipettes sans dessous dessus avec les garçons lors d’une orgie mémorable présidée par Bacchus (un fils ou un avatar de Pan, lui aussi)
Le lendemain matin, tout le monde devait remettre ses vêtements, se recoiffer et se serrer la ceinture jusqu’à nouvel ordre : les garçons repartaient en guerre pour se faire les pieds ou encore ils allaient casser des cailloux et les filles commençaient à compter jusqu’à neuf en regardant leur ventre…
Après la lubrification et la bacchanale, venait la purification, l’ascèse à respecter mordicus jusqu’au moins l’équinoxe du printemps : un carême avant la lettre en quelque sorte !
 
Ces lupercales perdurèrent à Rome jusqu’en 496 (apr. J.-C.), date à laquelle le pape Gélase 1er interdit ce « carnaval » païen et il le remplaça par la fête plus stricte et plus triste d’un saint nommé Valentin de Terni, le saint patron des fiancés et des amoureux !
 
C’est ainsi les gens, que ces lupercales sont à la fois à l’origine du Mardi Gras, du carnaval, du carême et de la Saint Valentin et quelque part, pour les Romains, c’était aussi une sorte de « Noël » et de 14 juillet…
Étonnant non ?
 
Trop forts les loups hein !
 
(1) Certaines thèses affirment d’ailleurs que ce Lycurgue chassé de Sparte se serait réfugié – devinez où ? – En Italie…
 
(2) Le 15 février à partir de Jules César. Avant la réforme du calendrier par Jules, les lupercales se situaient au quinzième jour du dernier et dixième mois de l’année (soit le 15 décembre)
 
 
Illustration : photo du « lupercale » découvert en novembre 2007.
 
Fin de loup
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Martin-Lothar 17/02/2015 03:18

Dans Esus, voir aussi Janus et puis les deux Jean bons des solstices d'hiver et d'été. Aux équinoxes, il y a encore d'autres figures, mais c'est plus compliqué et surtout, plus lointain. Voilà... Les loups n'ont jamais eu de prophète.