Jungle jangleresse

Publié le 6 Février 2015

Jungle jangleresse
J'ai trouvé ce mot « jangleresse » chez Villon, dans la première strophe de la Ballade pour prier Notre-Dame qui est une des « respirations » intercalées dans son très quantique Testament où il met en scène ici, sa propre mère, la pauvre femme, comme il dit.
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Ce mot viendrait de l'italien « iocari » qui donna jangler, jangleur, janglerie, d'une part, puis jongler d'autre part, dans la mesure où nous passons du verbe au geste sachant que jangler signifiait discuter, radoter, disputer, injurier, diffamer, railler, insulter, jouer, tromper ou jongler avec les mots, et finalement bobarder grave, voire carrément mentir et que « (se) jongler (avec) quelqu'un » équivalait à « se (lui) foutre sur la gueule des tartines à cinq doigts ou autre batte de base-ball » (que notre bon poète portait toujours sur lui dans un Paris de 1450 plus que jungleux, car mutant, un peu comme aujourd’hui, œuf corse).
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Le mot jungle, lui, nous viendra bien plus tard, par l'anglais jungle, qui l'aura piqué à l'hindoustani « jangal » qui désignait un espace plus ou moins arboré, mais surtout un désert impénétrable ou vide de jangleur jongleur jungleux ou autre mauvais rimailleur, pendard ou pas, et plein de choses et d’êtres fort peu recommandables pour les bourgeois iphonés et bohèmes.
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Cela fait plus d'un mois maintenant que je suis plongé en apnée dans la vile vie et ville, mais surtout dans la langue (comme dit Jack — mais que devient-il ?) du vilain Villon (car villon est synonyme de vilain), et surtout dans l'œuvre de maitre François, qui n'était ni pape paumé, ni roi gâteux, ni président beurré, mais un pauvre petit écolier — et aussi un foutu jangleur hein !
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En effet, entre mes dévotions quotidiennes à saint Ter, saint Boss et saint Plumard, je virgule goulûment le bouquin de feu maitre Jean Favier consacré à ce damné, mais point maudit, François Villon qui est de longue date — c'est-à-dire, depuis ma plus tendre jeunesse où j'ai plus oncques, etc. — mon philosophe favori.
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J'ai du reste trouvé récemment une érudite, sagace et désormais irremplaçable édition bilingue (françois/français, eh oui, hein, tout fout le camp) des œuvres complètes de Villon que je vous recommande lupin : Villon, Œuvres Complètes, Éditions ARLEA, présentées et traduites par Claude Pinganaud.
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Cela étant et pour l'heure, je ne connais pas le prénom, ni même le nom de famille de la pauvre mère de notre François Villon national parisien, suburbain, superurbain, quantique, qui lui, par contre, avait bon nombre de dénominations et de pseudos.
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Un vrai mystère et un parfait loup-garou des jungles, ce garçon-là, mais en ce doute, je veux vivre et mourir.
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Dame du ciel, régente terrienne
Emperière des infernaux palus
Recevez-moi, votre humble chrétienne,
Que comprise sois, entre vos élus,
Ce nonobstant qu'onques rien ne valus.
Les biens de vous, ma Dame et ma Maîtresse,
Sont trop plus grands que ne suis pécheresse,
Sans lesquels biens âme ne peut mérir
N'avoir les cieux. Je n'en suis jangleresse :
En cette foi, je veux vivre et mourir.
 
Illustration : George Groslier, février 1887-juin 1945, Femme en prière (détail), vers 1910, huile sur toile, 80 x 64 cm, Musée du Loup, Tanière-Sur-Seine, Europe.
 
Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Le Dico, #François Villon, #Le manuel de survie

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