Pastis, tapenade, phare côtier, empereur romain et autres civilisations

Publié le 19 Août 2014

Pastis, tapenade, phare côtier, empereur romain et autres civilisations
A plus vraie date et selon les truanderies calendaires du bon pape Grégoire, il y aurait aujourd’hui deux mille ans que serait mort Octave, ou Caius Octavius Thurinus, alias Auguste, le premier empereur romain.
Bon, à part des archéologues poussiéreux, des latinistes à jamais muets, des historiens honnêtes, scrupuleux et clairement en voie d’extinction, et quelques vieux loups égarés et gâteux, cet Auguste-là qui fut tout sauf un clown, n’intéresse plus personne de vivant, de moribond ou de zombifiant moderne.
C’est pourtant cet Octave qui fit de Rome et de son empire, ce phare éternel qui attira tant de papillons barbares qui n’eurent en fait que la seule mauvaise idée de prendre son rôle, histoire d’avoir un jour leur statue ou leur mausolée bien placé sur une place touristique et hors de prix.
C’est cet Auguste Octavien qui, avec ses deux potes Agrippa et Mécène, imagina et réalisa les fondations d’un truc dont les vestiges bornent encore, peu ou prou, nos autoroutes, nos mœurs, nos lois, mais aussi, nos consciences, nos rêves, voire nos instincts.
On peut se demander aujourd’hui ce que ce vieil et antique empereur pouvait bien penser quelques heures avant sa mort de tout le machin qu’il avait créé. Je l’imagine assis un soir à la terrasse de sa villa balnéaire et mortuaire, loin des embarras de Rome, devant un verre de pastis romain et un tas de tartines dégoulinantes de tapenades (1), regardant le vague de la mer de chez Med et se demandant lequel de ce salopard de Tibère ou de cette brute de Germanicus donnera plus de baffes à l’autre pour asseoir enfin son auguste fessier pétant et merdeux sur un trône presque neuf.   
Et puis, à l’instar de ses meilleurs successeurs, Marc-Aurèle et Julien l’Apostat, il tenait peut-être un blogue à jamais perdu, dans lequel il aurait tenté de cerner un concept abscons, fuligineux et vide de sens dans son présent et que deux mille ans plus tard, de vieux barbons académiques, boursoufflés, madérisés, échaudés baptiseront « civilisation ».
Avant de signer « fin d’empereur », il aurait écrit : « in fine, (parce qu’Octave parlait et écrivait très bien le bas-picard), in fine, il n’y a de civilisation que disparue ».
Je pense quand même qu’une fois la faucheuse en vue, notre Auguste a dû se dire : « ave Roma morituri te salutant »
Et c’est ainsi que Google est grand (comme dirait Alexandre, Vialatte, pas Legrand).
On t’aime Auguste, reste avec nous.
 
  1. : Tapenade : bouillie de câpres, d’olives, d’ail, et d’anchois dont j’ai une recette secrète et que je vous livrerai bientôt, si vous êtes sages.
 
Note : je vous écris ce billet au pied du phare d’une autre ville balnéaire qui n’existait pas il y a cent ans et dont la devise est « fiat lux, fiat Urbs » (en bas-picard dans le texte)
 
Fin de loup (impérial)

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Histoires d'Histoire, #Angoisses

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