La mouche du pape

Publié le 12 Avril 2014

La mouche du pape

Le pape Adrien IV serait mort en 1158, étouffé par une mouche noyée dans son ultime breuvage.

C’est du moins ce que nous rapporte Patrick Mauriès dans son bouquin intitulé Fragments d’une Forêt, édité en avril 2013 par les encore grasses Éditons Grasset.

Je précise qu’il tirerait lui-même cette information d’une lecture des Worthies of England publiées en 1662 par le sieur Thomas Fuller (1608-1661).

Bon, je sais que c’est très vilain jaloux de ma part de se moquer ainsi du stupide destin des eux-disant grands couronnés ou mitrés de ce monde ou autres géants aux épaules trop larges à se hisser, mais ce n’est pas moi qui ai commencé.

Force me sera donc de faire remarquer que cet Adrien IV fut un très atypique bonhomme.

D’abord, c’est le seul pape anglais connu à ce jour, et toc. Il est né en effet vers 1100 à Abbots Langley, Hertfordshire, Angleterre sous le nom de Nicolas Breakspear ou Breakspeare — patronyme signifiant, selon moi, lance brisée, comme Shakespeare serait une lance agitée.

Il fut élu pape en 1154 sans que personne ne soit vraiment certain qu’il fût prêtre dans son quelque part de sa vie antérieure. Mais bon, en ces époques moyennes et âgées, c’était monnaie courante, voire pire de singe comme on dit à Giverny.

Par ailleurs, pendant les quatre ans de son règne pontifical, il ne fit que s’engueuler avec deux autres zozos primo-prédateurs pas piqués des vers non plus : rien moins que Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Frédéric Barberousse (1122–1190), empereur romain germanique, roi d'Allemagne, roi de Rome, roi d'Italie, duc de Souabe, d'Alsace et comte palatin de Bourgogne, d’une part ;

Et d’autre part : Guillaume Ier de Sicile, dit Guillaume le Mauvais, né Guillaume de Hauteville (Normandie) et incessant et lascif nabab à harem bysanto-musulman, prétendant jean-foutre à tous les trônes de l’univers, surtout italiens, du reste.

Quelques mois avant sa mort très accidentelle, ce pauvre pape Adrien dut ainsi choisir entre Charybde et Scylla en ne menaçant rien moins d’excommunication l’empereur d’Occident et en sacrant roi de Sicile, d’Apulie et de Campanie l’autre prince normand contre l’avis même de tous les barons siciliens, voire du reste du monde.

Comme quoi, les mouches, ces filles de Satan, ces éternelles emmerdeuses peuvent avoir trop bon dos quelquefois…

Ce fut la mouche du pape, ou du diable, probablement.

Enfin énigmatique, je précise que le mot forêt contenu dans le titre de l’ouvrage de Mauriès cité plus haut, ne concerne pas directement l’étendue d’arbres qu’il ne faut pas cesser de fréquenter malgré tout et tous, mais un concept littéraire dont je reparlerai bientôt [ou pas] – [Message personnel mode on] Thomas, ce ou pas ci est foutrement quantique, hein ! [Message personnel mode off]

Illustration : Osias Beert, Anvers, 1580-1624, Nature morte avec cerises, fraise et porcelaines chinoises (et insectes dont mouches obligées et venimeuses papales), 1608, huile sur cuivre, 50 x 66 cm, Staatliche Museen, Berlin, Europe.
 

Fin de loup

Rédigé par Martin-Lothar

Publié dans #Histoires d'Histoire, #Mouche, #Forêt

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Commenter cet article

Tippie 12/10/2014 15:13

ça c'est vrai la mouche c'est bon.

werewolf 12/04/2014 08:33

Comme quoi il ne faut jamais prendre la mouche, la colère étant mauvaise conseillère... (même si, parfois, c'est une sous-pape de sécurité)